Pour JEUDI
- Apprendre PAR COEUR le vocabulaire du cours n°7 (disponible dans la partie VOCABULAIREdu blog)
- petit QUIZ oral en début de cours!
- Reformulez la citation d'Irène Théry (Prélude) en termes simples.
- Synthétiser PAR ÉCRIT la vidéo "Mariage pour tous: un vote historique et une France partagée" + faire l'exercice proposé sur l'extrait de La Sociologue et l'Ourson.
- Merci d'accorder une attention particulière aux raisons évoquées pour expliquer la violence particulière de ce débat en France.
- Merci de TAPER et d'IMPRIMER ce document, que je ramasserai.
- Piste de réflexion: Quel que soit votre point de vue sur le Mariage pour Tous: quelles seraient les conditions nécessaires pour avoir une conversation dépassionnée, respectueuse et raisonnable sur ce sujet, avec quelqu'un qui n'est pas d'accord avec vous?
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PRÉLUDE:
"SOLUTIONS SOCIALES"
"SOLUTIONS SOCIALES"
Si on remonte au Moyen-Âge, quand un
couple n’arrivait pas à faire un enfant, Il y a toujours eu des
solutions sociales, qui étaient secrètes mais qui étaient quand même
connues, qui consistaient à avoir un enfant d’un autre homme en le
faisant passer pour un enfant du mari. De même des dons d’enfants se
faisaient, parce qu’il y avait beaucoup d’enfants non voulus dans le
passé. On avait 8 enfants et le 9e on le donnait à une sœur, à une
voisine qui elle était en mal d’enfants, comme on disait. Alors tout ça
était tout à fait interdit, mais ça se faisait dans le secret. (Irène Théry)
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LEÇON: L'OPPOSITION
AU MARIAGE POUR TOUS
VIDÉO N°1: Pourquoi certaines personnes sont contre Le mariage pour tous?
(1jour, 1 question, Mai 2015)
VIDÉO N°2: Mariage pour tous: un vote historique et une France partagée
AU MARIAGE POUR TOUS
(1jour, 1 question, Mai 2015)
- Le mariage des couples de personnes de même sexe, également appelé « mariage homosexuel » ou « mariage pour tous », est rendu possible en France, par la loi no 2013-404 du 17 mai 2013.
- Le projet de loi a été déposé au Parlement le 7 novembre 2012 et la loi a été définitivement adoptée le 23 avril 2013 puis validée par le Conseil constitutionnel et promulguée le 17 mai 2013.
- Le premier mariage homosexuel a été célébré le 29 mai 2013 à Montpellier.
- La loi a fait l'objet de débats importants et a connu une opposition plus forte en France que dans d'autres pays européens.
- Depuis 1999, les couples homosexuels ou hétérosexuels avaient la possibilité de signer un pacte civil de solidarité (PACS) ou de s'établir en concubinage. Cependant, l'un et l'autre n'offrent pas les mêmes garanties juridiques que le mariage civil.
(Euronews, Avril 2013)
- EXERCICE: Synthétiser PAR ÉCRIT la vidéo "Mariage pour tous: un vote historique et une France partagée".
- + faire une liste de vocabulaire
- Merci d'accorder une attention particulière:
- aux arguments contre le Mariage pour tous
- aux raisons évoquées pour expliquer la violence particulière de ce débat en France.
- Merci de TAPER et d'IMPRIMER ce document, que je ramasserai.
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GROS PLAN:
LES ARGUMENTS EN PRÉSENCE
GROS PLAN:
LES ARGUMENTS EN PRÉSENCE
LA SOCIOLOGUE ET L'OURSON, extrait
(Etienne Chaillou et Mathias Théry, 2016)
(Etienne Chaillou et Mathias Théry, 2016)
TRANSCRIPTION:
Irène Théry: Je suis un petit peu déprimée, mais par la situation, hein. Ces gens qui sont sûrs de leur bon droit euh… alors que moi j'arrive pas à faire passer mes idées euh… Enfin aujourd'hui j'ai un petit coup de barre, mais c'est peut-être parce que j'ai beaucoup beaucoup fait de choses. En plus chaque fois des trucs tendus quoi: à Assas avec les gens d'extrême droite, chez les notaires, c'était pas gagné d'avance. On se rend compte qu'il y a un énorme chemin à faire.
Mathias Théry: Oui c'est surtout Barjot, elle explique toujours le même truc que… elle dit: l'amour homosexuel pas de problème, les enfants pour les homosexuels pas de problème, le seul problème, c'est qu'il y ait marqué: "de papa + papa", c'est qu'on dise qu'un enfant est né de deux hommes.
IT: Mais de ce point de vue là, elle exprime le coeur de l'opposition, parce que pour eux, les vrais parents, c'est les parents biologiques, tu comprends? C'est pour ça qu'ils veulent mettre leurs noms dans l'Etat Civil de l'enfant. Tu vois?
MT: Oui mais si tu… enfin, il y a aussi une solution euh…
IT: Mais je ne suis pas pour ça! Je ne suis pas… parce que eux, ils veulent dire au fond… mais c'est très important que tu comprennes ça Mathias!
MT: Ben je sais, mais tu crois pas qu'on peut faire un truc où on est un peu transparents, où on assume tout, c'est-à-dire on dit: "Les vrais parents c'est ceux qui ont voulu l'enfant, ils ont fait appel à un donneur, le donneur a sa place de donneur". Et ça ça peut pas être écrit?
IT: Ben c'est, mais bien sûr que si, c'est ce que je dis, c'est ce que j'ai défendu à la fin de Des Humains Comme les Autres, j'ai même montré la formule, mais mais…
MT: Donc ça veut dire juste: transparence!
IT: Non!
MT: Ben pourquoi?
IT: Parce que il y a deux façons de concevoir la transparence, il faut trancher: la transparence c'est pas la transparence de Barjot, qui va vouloir dire que Madame Machin est la donneuse, et donc c'est la vraie mère, que le donneur de sperme est le vrai père. Pour eux les vrais parents c'est les biologiques, et puis il y a les éducateurs, c'est comme des sortes de beaux-parents. C'est ça qu'ils disent! Et moi ce que je dis c'est que les parents c'est le couple d'intention en quelque sorte, et c'est pas le donneur. Le donneur c'est un donneur, point barre.
MT: Ben alors, qu'est-ce qu'on écrit? Dans l'acte de naissance?
IT: Les noms des parents intentionnels. Ceux qui ont voulu l'enfant, qui vont l'élever. L'identité des donneurs elle reste dans le dossier médical, et on mentionne qu'il y a eu un don d'engendrement pour arrêter de le cacher.
MT: Ben alors il suffit d'expliquer à Barjot que…
IT: Mais il suffit pas Mathias, c'est un… c'est pas qu'ils ont pas compris, c'est pas une question… c'est une bagarre! C'est une énorme bagarre!
Vocabulaire:
- être déprimé.e: depressed
- le bon droit:
- Un truc*: a thing
- avoir un coup de barre: to feel drained, shattered
- Assas: law school (located "rue d'Assas" in Paris, know for its far right activist groups)
- C'est pas gagné d'avance: it's not a walk in the park
- Il y a un énorme chemin à faire: we still have a lot of progress to make
- Un acte de l'Etat Civil: birth (marriage or death) certificate
- Un acte de naissance: birth certificate
- Un donneur, une donneuse: donor
- Madame Machin: Mrs. Whatchamacallit
- Donneur, donneuse:
- Beaux Parents: 1) step parents 2) in laws
- Point barre*: full stop/end of story
- élever un enfant: to raise a child
- Une bagarre: scuffle, brawl
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DEVOIRS POUR VENDREDI
POUR VENDREDI
- Apprendre PAR COEUR le vocabulaire des cours n°6 et 7
- disponible dans la partie VOCABULAIRE du blog!
- + (si besoin) travailler la conjugaison des verbes avoir et être dans la partie CONJUGAISON
- QUIZ écrit n°3 lundi…
- Reformulez la citation de Christiane Taubira (Prélude) en termes simples.
- Synthèse: qui est Christiane Taubira?
- Exercice:
- Regardez et synthétisez brièvement les deux premières vidéos
- Discours sur le discours (voir méthodologie ci-dessous)
- Merci de TAPER et d'IMPRIMER ce document, que je ramasserai.
- Piste de réflexion: L'égalité est-elle possible?
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PRÉLUDE
Le combat féministe peut entraîner avec lui tous les autres combats car son essence est la revendication qu’aucune différence de traitement n’est acceptable sur la simple base d’une différence physique ou de choix de vie. Si nous nous accordons sur cette valeur de base, alors tous les autres types de discrimination tomberont. (Christiane Taubira)
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CHRISTIANE TAUBIRA
"Je comprends bien que je bouscule des représentations qui font que des gens, dans un réflexe de survie, se montrent violents à mon encontre, ou sont dans une telle frayeur qu'ils se disent: il faut l'abattre. Et puis évidemment vient se greffer à tout ça toute une série de parasites qui sont dans des calculs partisans, malsains, qui sont racistes, qui sont sexistes. Voilà" (Christiane Taubira, "A Voix Nue" 4/5, Septembre 2014)
Portrait de Christiane Taubira
(Émission "Stupéfiant", France 2, Février 2017)
(Émission "Stupéfiant", France 2, Février 2017)
Christiane Taubira en action
Le 19 décembre 2012, pendant la séance des questions au gouvernement, Christiane Taubira a
répondu avec fermeté à un député UMP interrogeant le gouvernement sur
son intention de "détruire le mariage " "Monsieur le député, je
vous rappelle que vous disposez du texte de loi du gouvernement. Vous
connaissez le projet de loi. Vous savez que les termes 'père' et 'mère'
ne disparaissent pas du code civil. Ils sont maintenant en l'état.
Monsieur le député, vous n'allez pas nous faire croire que vous vivez
dans un igloo et que vous n'avez aucune connaissance de la diversité des
familles dans ce pays que vous ignorez complètement qu'il y a des
familles homoparentales dans ce pays, que vous ne savez pas qu'il y a
autant d'amour dans des couples hétérosexuels que dans des couples
homosexuels, qu'il y a autant d'amour vis-à-vis de ces enfants et que
tous ces enfants sont les enfants de la France"
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EXERCICE:
EXERCICE:
DISCOURS SUR UN DISCOURS
REMARQUES LIMINAIRES: votre discours sur ce discours doit lui-même viser à plaire, instruire et convaincre: je vous invite à soigner tout particulièrement:
- votre EXORDE et votre NARRATION (qui posent le thème, la thèse et le contexte): ne supposez pas que l'auditoire sait de quoi vous parlez: en quelques phrases, il faut rappeler tous les éléments importants + capter l'attention ET la bienveillance!
- votre CONFIRMATION (argumentation/réfutation): dans ce cas précis, vos arguments sont les EXEMPLES tirés du discours de Christiane Taubira: ne restez pas dans le vague, CITEZ des exemples, multipliez les exemples tirés du texte.
- votre PÉRORAISON, qui résume l'essentiel et conclut sur une note claire, sans ambiguïté.
- Le CONTEXTE du discours: présenter
- l'orateur.e: son profil, sa fonction sociale (personnalité politique? intellectuel.le? avocat.e? autre?)
- Sa situation au moment où il/elle prononce le discours (dans l'opposition? Au pouvoir? défendant la cause de telle ou telle personne? en position de force ou de faiblesse?)
- Les destinataires du discours: la parole varie en fonction du public (physiquement présent ou pas, sympathisants vs public hostile, grande foule ou petit groupe, auditoire profane ou averti des questions évoquées)
- Le but du discours (pourquoi l'orateur.e prononce ce discours? De quoi veut-il/elle persuader l'auditoire? quel bénéfice, quels risques ce discours implique-t-il?)
- Le CONTENU du discours
- Quel est le PLAN du discours?
- Structure classique (exorde, narration, démonstration, réfutation, péroraison) ou pas?
- Quelles sont les articulations, transitions, etc?
- Quels sont les arguments mobilisés?
- Dans quel ordre (les plus forts avant, après, de part et d'autre?)
- Ces arguments sont-ils plutôt rationnels ou sentimentaux (exaltant la peur, la haine, la fierté)?
- Faites particulièrement attention à l'exorde et à la péroraison!
- La TONALITÉ du discours
- Dramatique? drôle? lyrique? technique?
- Le registre de langage est-il soutenu? relâché?
- Les FIGURES mobilisées
- Essayez de repérer la figure ou le procédé dominant (questions rhétoriques? anaphores? métaphores? jeux de sonorités?)
- Le STYLE de l'orateur.e:
- phrases courtes ou longues? rythmes ternaires?
- Vos IMPRESSIONS PERSONNELLES sur le discours:
- êtes-vous convaincu.e? ému.e? Agacé.e?
- En quoi ce discours fonctionne (ou pas) en ce qui vous concerne?
- Merci de TAPER et d'IMPRIMER ce document, que je ramasserai.
- VOIR l'intégralité de ce discours sur Youtube ICI
- ÉCOUTER ce discours dans le dossier Google Drive du cours ICI
- Explorer une série d'émissions radiophoniques autour du Mariage Pour Tous, d'Irène Théry et de Christiane Taubira ICI
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Discours de Christiane Taubira
le 29 janvier 2013
à l’Assemblée nationale
Le discours en intégralité
M. le président. La parole est à Mme la garde des sceaux, ministre de la justice.
Mme Christiane Taubira, garde des sceaux, ministre de la justice.
Monsieur le président, monsieur le président de la commission des lois, madame la présidente de la commission des affaires sociales, monsieur le rapporteur, madame la rapporteure pour avis, mesdames, messieurs les députés, nous avons l’honneur et le privilège, Dominique Bertinotti, ministre déléguée chargée de la famille, et moi-même, de vous présenter, au nom du Gouvernement, un projet de loi traduisant l’engagement du Président de la République d’ouvrir le mariage et l’adoption aux couples de même sexe.
S’agissant de l’état des personnes, ce sont donc principalement des dispositions du code civil relatives au mariage, à l’adoption et à l’attribution du nom de famille qui seront adaptées.
Dominique Bertinotti et moi-même avons tenu à participer activement, dans le respect des prérogatives des parlementaires, aux deux séances de la commission des lois, puisque, à la suite des modifications du règlement de l’Assemblée nationale, c’est sur le texte issu des travaux de la commission que nous allons débattre pendant ces deux semaines, week-ends compris.
Nous n’avons jamais sous-estimé l’importance de cette réforme. C’est pourquoi nous avons accueilli avec le plus grand respect toutes les personnes qui ont accepté d’être auditionnées. Nous savons à quel point les travaux de la commission sont utiles. Ils ont amélioré le texte, et les dispositions qui y ont été introduites seront présentées par vos rapporteurs.
Je voudrais m’arrêter un instant sur l’évolution du mariage, pour que nous comprenions mieux ce que nous sommes en train de faire.
Dans une maison qui aime tant à citer le doyen Jean Carbonnier, je ne vais pas déroger à la règle. En 1989, à l’occasion des travaux de réflexion sur le bicentenaire de la Révolution française, il définissait le mariage civil comme la « gloire cachée » de celle-ci. Il faisait évidemment allusion aux vifs débats qui ont accompagné l’instauration de ce mariage civil, sa dimension contractuelle, sa durée, c’est-à-dire la possibilité de divorcer. À cette époque, deux religions reconnaissent le divorce, la religion protestante et la religion juive, tandis que la religion catholique, majoritaire, déclare le mariage indissoluble. Le doyen Carbonnier considère donc que le constituant de 1791 a bien accompli une véritable révolution en instaurant le mariage civil. La sécularisation de ce mariage est ainsi consacrée dans la Constitution de 1791.
Le mariage civil porte l’empreinte de l’égalité. Il s’agit d’une véritable conquête fondatrice de la République, dans un mouvement général de laïcisation de la société.
Une telle conquête était importante essentiellement pour ceux qui étaient exclus du mariage à cette époque. Après la révocation de l’édit de tolérance, dit édit de Nantes, en 1685, les protestants ne pouvaient se marier qu’en procédant secrètement avec leurs pasteurs. Ils ne pouvaient pas constituer une famille et leurs enfants étaient considérés comme des bâtards. À partir de 1787, l’édit de tolérance autorise de nouveau les prêtres et les juges à prononcer ces mariages en tant qu’officiers de l’état-civil. Il y a donc une première ouverture, deux ans avant la Révolution, avec cette reconnaissance du pluralisme religieux et la possibilité d’inclure dans le mariage ceux qui en étaient exclus, à savoir les protestants et les juifs. Mais le mariage n’inclut encore que les croyants.
Il exclut aussi des professions, et notamment les comédiens, parce que la religion proclame qu’elle ne saurait reconnaître les pratiques infâmes des acteurs de théâtre. C’est d’ailleurs le comédien Talma qui va saisir la Constituante parce que le curé de Saint-Sulpice refuse de publier les bans de son mariage avec une « mondaine », comme on disait à l’époque. (Sourires.)
Les constituants décident donc d’instaurer un mariage civil et inscrivent dans l’article 7 du titre II de la Constitution de septembre 1791 que le mariage n’est que contractuel et que le pouvoir législatif établira pour tous les habitants, sans distinction, le mode par lequel les naissances, mariages et décès seront constatés et désignera les officiers chargés de constater et d’enregistrer ces actes.
Le mariage civil permet d’inclure des croyants non catholiques, mais il est élargi à tous, c’est-à-dire que tous ceux qui souhaitent se marier peuvent disposer des mêmes droits et doivent respecter les mêmes obligations.
Cette conception du mariage civil, qui porte l’empreinte de l’égalité, est en fait essentiellement une liberté, parce que, dès l’instauration du mariage, le divorce sera également reconnu. Il est écrit dans l’exposé des motifs de la loi de 1792 que le divorce résulte d’une liberté individuelle, dont un engagement indissoluble serait la perte. Puisque le mariage est la liberté des parties et non la sacralisation d’une volonté divine, cette liberté de se marier ne se conçoit qu’avec la liberté de divorcer, et, parce que le mariage va se détacher du sacrement qui l’avait précédé, il pourra représenter les valeurs républicaines et intégrer progressivement les évolutions de la société.
La meilleure manifestation de cette liberté s’exprime par l’article 146 du code civil, qui n’a pas changé depuis son origine, et selon lequel il n’y a pas de mariage sans consentement. Cet article établit donc la pleine liberté de l’un et de l’autre conjoint dans le mariage.
Si l’on se souvient que le mariage a d’abord été une union de patrimoines, d’héritages, de lignées, que l’on passait chez le notaire avant de passer chez le prêtre,… le fait de reconnaître la liberté de chacun des conjoints est un progrès considérable, aujourd’hui encore inscrit dans le code civil.
Le divorce va donc accompagner très vite le mariage. Il sera prohibé en 1816, dans une ambiance où les courants conservateurs sont dominants et où les libertés, notamment celles des femmes, sont en régression. Il sera rétabli en 1884 par la loi Naquet, là encore dans un mouvement général contraire de laïcisation de la société. L’évolution du mariage porte en effet très fortement la marque de la laïcité, de l’égalité et de la liberté telles que ces valeurs ont évolué dans notre droit et dans notre société (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, RRDP et GDR), dans une relation diachronique qui a connu parfois de très vives tensions.
C’est donc dans un mouvement de laïcisation de l’état-civil, des libertés individuelles, de la société en général que le divorce sera restauré en 1884. C’est en effet au cours de cette décennie que d’autres lois de liberté individuelle, telles que la loi sur la presse, les lois relatives à la liberté d’association ou à la liberté syndicale, et bientôt la loi de séparation des églises et de l’État, vont intervenir. Le divorce sera consolidé en 1975 par le rétablissement du consentement mutuel, qui était déjà reconnu en 1792, comme d’ailleurs l’incompatibilité d’humeur.
Le mariage, accompagné du divorce, reconnaît donc la liberté, y compris celle de ne pas se marier, et c’est la raison pour laquelle la loi reconnaît les familles en dehors du mariage et va progressivement reconnaître les enfants de ces familles. Le mariage, qui a réussi à se détacher du sacrement, va en effet se détacher également d’un ordre social fondé sur une conception patriarcale de la société (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SRC), conception qui fait du mari et du père le propriétaire, le possesseur du patrimoine, bien entendu, mais aussi de l’épouse et des enfants.
Cette évolution du mariage et du divorce, qui permettra dorénavant aux couples de choisir librement l’organisation de leur vie, sera inscrite dans la loi parce que, depuis deux siècles, l’institution du mariage connaît une évolution vers l’égalité, et c’est bien ce que nous sommes en train de faire aujourd’hui : parachever l’évolution vers l’égalité de cette institution née avec la laïcisation de la société et du mariage. (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes SRC, écologiste, RRDP et GDR.)
Cette évolution va concerner d’abord les femmes, avec la suppression de la référence au chef de famille, la reconnaissance de la communauté de vie, la loi de 1970 puis celle de 1975, qui va réintroduire le consentement mutuel. La reconnaissance des droits des femmes sera inscrite progressivement dans la loi. L’année 1970, c’était il y a à peine une quarantaine d’années, c’est-à-dire que vivent encore aujourd’hui des femmes qui ont eu besoin de l’autorisation de leur époux pour ouvrir un compte bancaire, souscrire un contrat, disposer de leur salaire et donc être reconnue comme sujet de droit.(Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, GDR et RRDP.)
Cette évolution vers l’égalité, qui va moderniser notre institution du mariage en reconnaissant la femme comme sujet de droit, va reconnaître aussi progressivement les droits des enfants. Par la loi de 1972, le législateur cessera d’établir une différence entre les enfants légitimes et les enfants naturels. Il procédera donc à une refonte de la filiation, de façon à reconnaître une égalité des droits pour les enfants, que leur filiation soit légitime ou naturelle.
En 2000, c’est un arrêt de la Cour européenne des droits de l’Homme, l’arrêt Mazurek, qui contraindra la France à mettre un terme aux discriminations imposées aux enfants adultérins, et c’est seulement par une ordonnance de 2005, ratifiée par une loi de 2009, que les notions d’enfant légitime et d’enfant naturel vont disparaître de notre code civil. L’enfant devient donc également un sujet de droit.
En vous présentant aujourd’hui ce projet de loi, qui contient des dispositions ouvrant le mariage et l’adoption à droit constant aux couples homosexuels, le Gouvernement choisit de permettre aux couples de même sexe d’entrer dans cette institution et de composer une famille comme les couples hétérosexuels, soit par une union de fait, que l’on appelle le concubinage, soit par un contrat, le PACS, soit par le mariage. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, RRDP et GDR.)
C’est bien cette institution que le Gouvernement a décidé d’ouvrir aux couples de même sexe.
C’est un acte d’égalité. (« Non ! » sur les bancs du groupe UMP.)
Il s’agit du mariage tel qu’il est institué actuellement dans notre code civil. Il ne s’agit pas d’un mariage au rabais, il ne s’agit pas d’une union civile prétendument aménagée. Il ne s’agit pas non plus d’une ruse, d’une entourloupe (« Si ! » sur les bancs du groupe UMP.), il s’agit du mariage en tant que contrat entre deux personnes (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, RRDP et GDR), en tant qu’institution produisant des règles d’ordre public.
Oui, c’est bien le mariage, avec toute sa charge symbolique et toutes ses règles d’ordre public, que le Gouvernement ouvre aux couples de même sexe, dans les mêmes conditions d’âge et de consentement de la part de chacun des conjoints, avec les mêmes interdits, les mêmes prohibitions, sur l’inceste, sur la polygamie, avec les mêmes obligations d’assistance, de fidélité (Exclamations sur de nombreux bancs du groupe UMP), de respect, instaurées par la loi de 2006, avec les mêmes obligations pour chaque conjoint vis-à-vis l’un de l’autre, les mêmes devoirs des enfants vis-à-vis de leurs parents et des parents vis-à-vis de leurs enfants.
Oui, c’est bien ce mariage que nous ouvrons aux couples de même sexe. Que l’on nous explique pourquoi deux personnes qui se sont rencontrées, qui se sont aimées (Exclamations sur les bancs du groupe UMP), qui ont vieilli ensemble devraient consentir à la précarité, à une fragilité, voire à une injustice, du seul fait que la loi ne leur reconnaît pas les mêmes droits qu’à un autre couple aussi stable qui a choisi de construire sa vie.
Qu’est-ce que le mariage homosexuel va enlever aux couples hétérosexuels ? (« Rien ! » et applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, RRDP et GDR. – Exclamations sur de nombreux bancs du groupe UMP.) S’il n’enlève rien, nous allons oser poser des mots sur des sentiments et des comportements. Nous allons oser parler de mensonges à l’occasion de cette campagne de panique (Exclamations sur les bancs du groupe UMP), sur la pseudo-suppression des mots de « père » et de « mère » du code civil et du livret de famille. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, RRDP et GDR. – Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)
Nous posons les mots et nous parlons d’hypocrisie pour ceux qui refusent de voir ces familles homoparentales et ces enfants, exposés aux aléas de la vie. Nous posons les mots et nous parlons d’égoïsme pour ceux qui s’imaginent qu’une institution de la République pourrait être réservée à une catégorie de citoyens. (Vifs applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, RRDP et GDR. – Protestations sur de nombreux bancs du groupe UMP.)
Nous disons que le mariage ouvert aux couples de même sexe illustre bien la devise de la République. Il illustre la liberté de se choisir, la liberté de décider de vivre ensemble.
Nous proclamons par ce texte l’égalité de tous les couples, de toutes les familles.
Enfin, nous disons aussi qu’il y a dans cet acte une démarche de fraternité, parce qu’aucune différence ne peut servir de prétexte à des discriminations d’État. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, RRDP et GDR. – Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)
M. le président. S’il vous plaît, chers collègues ! Écoutez les arguments de Mme la garde des sceaux. Vous aurez l’occasion de vous exprimer par la suite.
Mme Christiane Taubira, garde des sceaux. Au nom d’un prétendu droit à l’enfant (Exclamations sur les bancs du groupe UMP) qui n’existe pas, vous protestez parce que le mariage et l’adoption sont ouverts aux couples de même sexe dans exactement les mêmes conditions que pour les couples hétérosexuels. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, RRDP et GDR.) Autrement dit, ou bien vous nous affirmez que les couples hétérosexuels ont un droit à l’enfant inscrit dans le code civil, ou bien ce droit à l’enfant n’existe pas – et de fait il n’existe pas – et les couples homosexuels auront le droit d’adopter dans les mêmes conditions que les couples hétérosexuels. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, RRDP et GDR.)
Au nom d’un prétendu droit à l’enfant (Exclamations sur les bancs du groupe UMP), vous refusez des droits à des enfants que vous choisissez de ne pas voir. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SRC.) Le texte que nous vous présentons n’a rien de contraire à la Convention internationale des droits de l’enfant.
Au contraire, il protège des enfants que vous refusez de voir. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, GDR et RRDP. – Exclamations sur plusieurs bancs du groupe UMP.)
Les couples homosexuels pourront adopter dans les mêmes conditions que les couples hétérosexuels, selon les mêmes procédures : l’agrément sera accordé dans les mêmes conditions par les conseils généraux, l’adoption prononcée dans les mêmes conditions par le juge, conformément à l’article 353 du code civil, qui dispose que l’adoption est prononcée si elle est conforme aux droits de l’enfant. Par conséquent, vos objections n’ont pas de fondement (Exclamations sur les bancs du groupe UMP), si ce n’est une réelle difficulté à inclure dans vos représentations la légitimité de ces couples de même sexe. Or vos enfants et petits-enfants les incluent déjà et les incluront de plus en plus. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, RRDP et GDR.) Et vous serez bien mal à l’aise lorsque, par curiosité, ils liront les comptes rendus de nos débats !(Mêmes mouvements. – Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)
Nous avons donc décidé d’ouvrir le mariage et l’adoption aux couples de même sexe. Le mariage, comme je l’ai montré références historiques et juridiques à l’appui, a été une institution de propriété puisqu’il a d’abord servi à marier des patrimoines, des héritages et des lignées.
Il a été une institution de possession puisque le mari et père avait une autorité absolue sur l’épouse et les enfants. Il a été une institution d’exclusion, nous l’avons vu : le mariage civil a mis un terme à l’exclusion des croyants non catholiques et de certaines professions, donc de toute une série de citoyens. Ce mariage, qui a été une institution d’exclusion, va enfin devenir, par l’inclusion des couples de même sexe, une institution universelle. Enfin, le mariage devient une institution universelle !
Vous pouvez continuer à refuser de voir, à refuser de regarder autour de vous, à refuser de tolérer la présence, y compris près de vous, y compris, peut-être, dans vos familles, de couples homosexuels. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)
Vous pouvez conserver le regard obstinément rivé sur le passé (Exclamations sur les bancs du groupe UMP), et encore, en regardant bien le passé, y trouverez-vous des traces durables de la reconnaissance officielle, y compris par l’Église, de couples homosexuels. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SRC.)
Vous avez choisi de protester contre la reconnaissance des droits de ces couples ; c’est votre affaire. Nous, nous sommes fiers de ce que nous faisons.(Applaudissements sur les bancs des groupes SRC, écologiste, RRDP et GDR.)
Nous en sommes si fiers que je voudrais le définir par les mots du poète Léon-Gontran Damas : l’acte que nous allons accomplir est « beau comme une rose dont la tour Eiffel assiégée à l’aube voit s’épanouir enfin les pétales ». Il est « grand comme un besoin de changer d’air ».
Il est « fort comme le cri aigu d’un accent dans la nuit longue ». (Les députés des groupes SRC, écologiste, RRDP et GDR se lèvent et applaudissent longuement. – Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)
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POUR ALLER PLUS LOIN:
Christiane Taubira sur le mariage homo : les 4 clés d'un discours qui fera date
(Le Nouvel Observateur, Publié le 30-01-201)
(Le Nouvel Observateur, Publié le 30-01-201)
Par Béatrice Toulon, Chroniqueuse rhétorique
Ceux qui l'ont vu le retiendront. Le discours de Christiane Taubira marquant le début de la bataille parlementaire pour l'adoption du projet de loi sur le mariage pour tous fait partie des grands. Mais qu'est-ce qui a tant touché l'auditoire ? Réponse avec Béatrice Toulon, formatrice en média-training.

Christiane Taubira à l'Assemblée nationale le 29 janvier 2013 lors du débat sur le mariage pour tous (WITT/SIPA)
En France, on n’enseigne plus la rhétorique mais on vénère toujours les beaux discours. Tout le monde l’a vu, senti : Christiane Taubira, ministre de la Justice et, à ce titre, chargée de présenter mardi 28 janvier à l’Assemblée le projet de loi sur le mariage pour tous, a fait ce qu’on appelle un beau discours.
Un discours convaincant, galvanisant, un discours qui s’est fréquemment hissé vers la haute sphère des valeurs (égalité, liberté, justice…), cet azur que nous citons beaucoup et fréquentons si peu.
Un discours qui, enfin, a exécuté l’adversaire, tel Cyrano terrassant Valvert : "Et à la fin de l’envoi, je touche !"
Entendant Christian Jacob qualifier le discours de la ministre de "sans talent" sur BFMTV, j’ai pensé à ce coquin d’inconscient capable de nous faire dire le strict opposé de ce que nous pensons. Le patron du groupe UMP à l’Assemblée aurait eu meilleur compte à rappeler que les grands sujets de société se prêtent plus facilement aux envolée lyriques que les lois modificatrices du code des impôts.
Mariage homo : le discours de Taubira en moins... par LeNouvelObservateur
Tout de même. Christiane Taubira, triplement périphérique dans la psyché politique française parce que femme, noire et venue d’un département d’outre-mer, s’est placée au centre en osant s’emparer du verbe dont la Bible rappelle qu’il est au commencement de tout.
À vrai dire, cela fait longtemps que l’ancienne élue de Guyane et candidate à l’élection présidentielle manie la rhétorique avec brio, dans la forme comme dans le fond, l’un n’allant jamais sans l’autre, comme aimait le rappeler Cicéron. Mais l’exposition dont elle bénéficie aujourd’hui par le sujet lui-même (qui l’inscrit dans la continuité des discours sur l’abolition de la peine de mort ou le droit à l’avortement) et par son statut de ministre permet de penser qu’elle ne sera plus tout à fait considérée de la même manière.
Voici quelques-unes des raisons d’un succès rhétorique et, donc, politique :
1. Un discours sans note
Tout le monde l’aura remarqué. Parler sans note est de loin préférable à toute autre solution. À moins d’être exceptionnellement brillant et accoutumé à l’exercice, cela implique d’avoir appris par cœur son discours, du moins en grande partie. Ce fut le cas de Christiane Taubira, qui y a gagné quatre atouts majeurs
- Impressionner l’assistance. Un discours sans note est associé au brio, à la maîtrise, à l’aisance. La personne donne la sensation de dominer son sujet. Elle est d’emblée placée dans le cercle étroit et révéré des orateurs.
- Crédibiliser le discours. C’est en réalité l’atout principal d’un discours sans note. Parler sans note, c’est dire : ce que je vous livre vient de l’intérieur, je suis sincère, authentique. Des vertus rarement prêtées aux politiques, en général.
- Fluidifier le discours. Souvent les notes sont perçues comme une béquille pour orateur boiteux. En réalité, c’est lire, passer du texte à l’assistance, qui fait buter sur les mots. Parler en vivant l’instant, libéré de la lecture, bien connecté à son public est le meilleur moyen de parler sans accros.
- Créer un lien direct avec l’assistance. C’est essentiel. Libérée de son papier ou de son écran, la ministre regarde tour à tour les rangs de l’opposition – pour l’accuser d’hypocrisie ou de manque de citoyenneté – et de la majorité – pour s’unir à elle dans la fierté. Preuve ultime qu’elle sut créer ce lien, la standing-ovation à peine son dernier mot prononcé.
2. Une diction lente
Comme Christiane Taubira aime les phrases un peu longues et sophistiquées, elle opte pour un débit assez lent, ponctué de silences, qui nous permet de les assimiler. D’en saisir le poids. Les silences et le rythme des phrases sont les deux atouts majeurs de l’expression orale.
"Au nom d’un prétendu droit à l’enfant… (long silence)… vous refusez… (silence)… vous refusez des droits à des enfants que vous choisissez de ne pas voir."
Elle en complète la forme par une articulation impeccable, fruit d’un évident travail. Dommage qu’elle module si peu ses phrases, il y a là une petite marge de progrès.
3. La sobriété gestuelle
La ministre aime le verbe flamboyant, qu’elle sert par une exceptionnelle sobriété de geste, signe de l’autorité et de la maîtrise de soi. C’est précieux chez les femmes tellement vite accusées d’être victime de leur hubris (émotions).
4. Un discours équilibré
Une argumentation bien articulée entre faits, valeurs et émotions. Ce sont des règles connues depuis l’Antiquité. Il n’empêche, un discours puissant se doit de convaincre, entraîner et émouvoir. Christiane Taubira y a veillé.
- Convaincre. C’est le logos, l’énonciation de faits qui permettent de justifier la décision. En l’occurrence, la ministre choisit d’inscrire la décision dans une logique historique, celle de la reconnaissance des droits de tous : femmes (1975), enfants (1972) et aujourd’hui homosexuels. Le talent est ici de rendre cette association cohérente et donc acceptable. Logos, encore, en reprenant les propos (choisis, évidemment) de l’opposition pour les démonter et les sortir du mouvement de l’histoire : "Vous n’incluez pas les homosexuels mais vos enfants et vos petits-enfants les incluent." Les faits encore, en citant le Code civil pour rappeler que les mentions de mère et de père y demeurent. Et d’accuser de "mensonges" les propos contraires.
- Entraîner. Pour nous faire adhérer à son point de vue, l’oratrice nous montre où elle se situe et où veut nous emmener. Vers une France d’amour, d’amour pour tous, où l’amour entre homosexuels est le même que celui des hétérosexuels. Ses premiers mots sont posés comme un acte de foi : "Pourquoi deux personnes qui se sont rencontrées, qui se sont aimées, qui ont vieilli ensemble devraient consentir à la précarité ?"
Elle n’hésite pas à emprunter à l’imagerie de l’amour éternel qui, avouons-le, n’a plus beaucoup de réalité… Marine Le Pen – très bonne oratrice au demeurant – recourt volontiers à ce procédé en évoquant la paysannerie française.
Plus on avance dans le discours, plus les éléments d’ethos, de valeurs, prennent de l’importance. "C’est un acte d’égalité. Il s’agit du mariage dans notre Code civil. Il ne s’agit pas d’un mariage au rabais, il ne s'agit pas d'une ruse, il ne s'agit pas d'une entourloupe !" Christiane Taubira a fait le choix de situer le sujet du mariage homosexuel dans le champ des valeurs : liberté, égalité, amour… Et de prendre à revers, sans les nommer, les craintes de décadence, de perversion… Le mariage homosexuel est dans le camp du Bien.
- Émouvoir. Cette sensation en fin de discours d’être transporté, heureux, si vous êtes partisan ; en colère, abattu, si vous êtes opposant, c’est le pathos qui l'a suscitée. Mal vu aujourd’hui, le pathos est en réalité très honorable s’il sert une cause sincère. En l’occurrence, je fais le pari que Christiane Taubira est sincère parce qu’elle associe la discrimination envers les homosexuels à la discrimination envers tous ceux qui ne sont pas les hommes blancs hétérosexuels âgés.
L’oratrice n’a pas oublié d’orner son discours de quelques éléments de rhétorique, classiques mais efficaces, comme l’interpellation : "Qu’est-ce que le mariage va enlever aux couples hétérosexuels ?" Tous les députés de gauche de répondre "Rien !" tandis que ceux de droite protestent. On est dans Shakespeare ("Jules César").
Quand je l’ai entendu se lancer dans la citation finale (de Léon-Gontran Damas), je me suis dit que l’histoire avançait sans doute avec la loi bientôt adoptée, mais aussi un peu, par l’arrivée de femmes éloquentes à la tribune.
Olympe de Gouges écrivait : "La femme a le droit de monter sur l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la Tribune." J’ajouterai, d’y briller.



