POUR JEUDI
- Revoir le vocabulaire de la semaine 8
- Quiz de vocabulaire mardi
- Reformulez les idées abordées dans le Prélude en termes simples
- Conseil d'ami: profitez-en pour constituer une liste de vocabulaire utile pour suivre l'intrigue du film
- Regarder attentivement le film Cherchez la Femme (disponible avec sous-titres dans Google drive ICI) en suivant les recommandations proposées en bas de page.
- Avant le film
- Recherche personnelle: qui est Sou Abadi?
- Lire les critiques du film (+ petite liste de voc personnelle)
- Pendant le film:
- Constituez une liste de vocabulaire personnalisée (min: 25 à 30 mots/expressions)
- Merci de taper et d'imprimer cette liste, que je ramasserai
- Après le film: Réflexion personnelle
- Que pensez-vous du choix de réaliser une comédie pour traiter un tel sujet?
- Quels sont les dangers potentiels d'un tel choix?
- Trouvez-vous ce film réussi? Pourquoi, ou pourquoi pas?
- Quel personnage, quelle scène vous touche particulièrement? Pourquoi?
- Notez trois citations particulièrement frappantes à votre avis.
- Comparez vos impressions aux critiques très positives proposées ci-dessus? Êtes-vous d'accord avec ces évaluations? Totalement? A quelques exceptions près (lesquelles?)? Pas du tout? Pourquoi?
- Les choix musicaux effectués par la réalisatrice vous semblent-ils judicieux?
- Repérez les différents discours tenus sur le voile dans ce film. Qu'en pensez-vous?
- A votre avis, y a-t-il un message d'ensemble sur le voile? Lequel?
- LISEZ les critiques proposées en bas de page: de quel côté penchez-vous dans votre interprétation du film?
- "Cherchez la femme: Le film le plus raciste et islamophobe de tous les temps" + "Cherchez la femme: le retour"
- ou: "Cherchez la femme", un film si "Charlie", par Caroline Fourest
- Lire les critiques du film (+ petite liste de voc personnelle)
NB: COMME D'HABITUDE, LES DEVOIRS POUR LES COURS SUIVANTS SONT DISPONIBLES EN BAS DE PAGE
*
PRÉLUDE:
LAÏCITÉ ET RADICALISATION

Caroline Fourest
[…] LLB: Malgré vos arguments, la laïcité ne fait pas l’unanimité. Qui sont ses détracteurs ?
CF: Si la laïcité n’avait pour ennemis que les intégristes religieux, ce serait très simple. Mais, outre ses adversaires, elle a aussi de faux amis. Notamment des faux amis identitaires. Issus d’une droite cléricale qui a toujours combattu la laïcité en France, ils font semblant de s’y être convertis mais, en fait, ils la considèrent comme un glaive à brandir uniquement contre l’islam. C’est une trahison totale de l’esprit de la laïcité, qui entend justement traiter tous les citoyens à égalité. Il existe, par ailleurs, d’autres faux amis, moins faciles à repérer, du côté des partisans d’un nouveau pacte laïc. On les retrouve à l’université, où d’éminents chercheurs écrivent depuis trente ans que le danger, ce n’est pas l’intégrisme religieux, mais le "laïcisme" ou le "fondamentalisme laïc". C’est un renversement de sens et de priorité inouï. Depuis 30 ans, ces universitaire, très complaisants envers l’islamisme, empêchent qu’on donne l’alerte et décrivent un monde à l’envers…
Qui? : Caroline Fourest est essayiste, éditorialiste, journaliste, scénariste, réalisatrice, cofondatrice de la revue "ProChoix" (féministe, antiraciste et laïque). Elle a écrit des essais sur l’extrême droite, l’intégrisme, le multiculturalisme et l’universalisme.
Charlie Hebdo : Ancienne collaboratrice de "Charlie Hebdo" de 2004 à 2009, elle écrivait sur l’intégrisme et la question du blasphème. Après l’attentat du 7 janvier 2015, Caroline Fourest n’a pas cessé d’exprimer sa solidarité. Lors d’une interview pour la chaîne britannique Sky News, elle a montré la fameuse une du journal "Tout est pardonné" et a été censurée. Elle a par ailleurs publié un plaidoyer en faveur de la liberté d’expression, "Eloge du blasphème" (Grasset).
Débat à l’Université Libre de Belgique (UBL) : En février 2012, Caroline Fourest devait participer à un débat autour de l’extrême droite à l’ULB mais la rencontre a été sabotée par un groupe d’intégristes musulmans, dont l’un a, depuis, fait l’aller-retour en Syrie. "J’étais attaquée par des islamistes ultra-virulents, se souvient l’essayiste. A l’université libre de Bruxelles, temple du libre examen, les radicaux sont arrivés à terroriser tout le monde. Il y a eu des sanctions, mais quand l’ULB devient un lieu où on a peur pendant que les islamistes, les radicaux, les pro-violents ont la parole dans toutes les universités d’Amérique et d’Europe sans inquiétude ni besoin de protection, on est en train de perdre des lieux pour défendre la démocratie. La démocratie peut-elle tolérer les intolérants ? Au point de permettre la mort de la démocratie ?"
Polémiques : La polémiste a récemment réagi à un billet d’Edwy Plenel sur le burkini intitulé "Un vêtement comme les autres" en affirmant que " soutenir le fait de couvrir les corps des femmes comme s’il s’agissait d’une ‘liberté’ et non d’un retour en arrière témoigne d’un esprit profondément réactionnaire ".
*
CHERCHEZ LA FEMME
(Sou Abadi, 2017)
"Je ne me moque d'aucune religion dans ce film,
je ne me moque que de l'intégrisme"
PRÉLUDE:
LAÏCITÉ ET RADICALISATION
Caroline Fourest
Dans
son dernier livre, l'essayiste française répond à bon nombre de procès intentés à
la laïcité française. Pas question pour elle de renoncer à la "seule
lumière réellement capable de nous éloigner de l'obscurité". Quitte à
batailler contre les "démocrates" qui parlent plus volontiers de
diversité que d'égalité.
La libre Belgique: Pourquoi faites-vous l’apologie de la laïcité française ?
Caroline Fourest: Face à la tyrannie croissante de certains intégrismes minoritaires, on a le choix entre deux options. Soit on affirme la domination de la culture chrétienne, avec pour conséquences la fin de la sécularisation, le recul de nos acquis progressistes, des droits des femmes et des minorités. Soit on affirme une séparation mettant à distance les religions de la chose publique, avec cette fois pour conséquence de réinvestir l’Etat et la citoyenneté. C’est évidemment cette seconde solution que je prône, parce qu’à mes yeux, elle reste le meilleur moyen pour éviter à la fois la montée de l’intégrisme et du racisme.
Caroline Fourest: Face à la tyrannie croissante de certains intégrismes minoritaires, on a le choix entre deux options. Soit on affirme la domination de la culture chrétienne, avec pour conséquences la fin de la sécularisation, le recul de nos acquis progressistes, des droits des femmes et des minorités. Soit on affirme une séparation mettant à distance les religions de la chose publique, avec cette fois pour conséquence de réinvestir l’Etat et la citoyenneté. C’est évidemment cette seconde solution que je prône, parce qu’à mes yeux, elle reste le meilleur moyen pour éviter à la fois la montée de l’intégrisme et du racisme.
[…] LLB: Malgré vos arguments, la laïcité ne fait pas l’unanimité. Qui sont ses détracteurs ?
CF: Si la laïcité n’avait pour ennemis que les intégristes religieux, ce serait très simple. Mais, outre ses adversaires, elle a aussi de faux amis. Notamment des faux amis identitaires. Issus d’une droite cléricale qui a toujours combattu la laïcité en France, ils font semblant de s’y être convertis mais, en fait, ils la considèrent comme un glaive à brandir uniquement contre l’islam. C’est une trahison totale de l’esprit de la laïcité, qui entend justement traiter tous les citoyens à égalité. Il existe, par ailleurs, d’autres faux amis, moins faciles à repérer, du côté des partisans d’un nouveau pacte laïc. On les retrouve à l’université, où d’éminents chercheurs écrivent depuis trente ans que le danger, ce n’est pas l’intégrisme religieux, mais le "laïcisme" ou le "fondamentalisme laïc". C’est un renversement de sens et de priorité inouï. Depuis 30 ans, ces universitaire, très complaisants envers l’islamisme, empêchent qu’on donne l’alerte et décrivent un monde à l’envers…
LLB: Un monde à l’envers ? C’est-à-dire ?
CF: En France particulièrement, mais je sais que c’est aussi le cas en Belgique, depuis les premiers attentats qui nous ont frappés en 1995, nous n’avons cessé d’entendre des sociologues expliquer que tout était de la faute de la société et, essentiellement, une question de discriminations. Je ne dis pas qu’il ne faut pas lutter contre la pauvreté et les discriminations, bien sûr qu’il le faut, mais ce n’est qu’un aspect de la radicalisation. Les extrémistes religieux viennent de toutes classes sociales. Je pense notamment aux stratèges et aux cerveaux des attentats qui sont plutôt des gens éduqués ou qui viennent de pays musulmans où ils n’ont évidemment subi aucune discrimination. Même si on se concentre sur les petites mains du djihad, ceux qui se font exploser, la question sociale est rarement la meilleure des explications. Le moteur de la radicalisation, c’est avant tout une quête idéologique. Les radicaux cherchent à combler un vide dans leur vie. Ils ont besoin de vibrer et de trouver un sens à leur existence. Ce sens, depuis la fin proclamée des idéologies, c’est parfois l’extrémisme religieux. Surtout s’il va de pair, comme dans le cas de l’organisation Etat islamique, avec la promesse de voyager, d’occuper des maisons gratuitement, de tirer à la carabine, d’avoir un salaire et de posséder des esclaves sexuelles. C’est une aventure qui peut tenter bien des jeunes, surtout si, en face, on leur trouve des excuses et on leur oppose le vide de la compassion.
LLB: Un vide qu’on pourrait combler avec la laïcité ?
CF: Il faut dire, haut et fort, que nous croyons nous aussi à quelque chose de très puissant et juste : la démocratie laïque. Il faut célébrer la beauté et la chance de vivre dans une société où la loi divine ne fait pas la loi des hommes. C’est le meilleur moyen de faire revenir ces radicaux en quête d’ordre et de sens.
CF: En France particulièrement, mais je sais que c’est aussi le cas en Belgique, depuis les premiers attentats qui nous ont frappés en 1995, nous n’avons cessé d’entendre des sociologues expliquer que tout était de la faute de la société et, essentiellement, une question de discriminations. Je ne dis pas qu’il ne faut pas lutter contre la pauvreté et les discriminations, bien sûr qu’il le faut, mais ce n’est qu’un aspect de la radicalisation. Les extrémistes religieux viennent de toutes classes sociales. Je pense notamment aux stratèges et aux cerveaux des attentats qui sont plutôt des gens éduqués ou qui viennent de pays musulmans où ils n’ont évidemment subi aucune discrimination. Même si on se concentre sur les petites mains du djihad, ceux qui se font exploser, la question sociale est rarement la meilleure des explications. Le moteur de la radicalisation, c’est avant tout une quête idéologique. Les radicaux cherchent à combler un vide dans leur vie. Ils ont besoin de vibrer et de trouver un sens à leur existence. Ce sens, depuis la fin proclamée des idéologies, c’est parfois l’extrémisme religieux. Surtout s’il va de pair, comme dans le cas de l’organisation Etat islamique, avec la promesse de voyager, d’occuper des maisons gratuitement, de tirer à la carabine, d’avoir un salaire et de posséder des esclaves sexuelles. C’est une aventure qui peut tenter bien des jeunes, surtout si, en face, on leur trouve des excuses et on leur oppose le vide de la compassion.
LLB: Un vide qu’on pourrait combler avec la laïcité ?
CF: Il faut dire, haut et fort, que nous croyons nous aussi à quelque chose de très puissant et juste : la démocratie laïque. Il faut célébrer la beauté et la chance de vivre dans une société où la loi divine ne fait pas la loi des hommes. C’est le meilleur moyen de faire revenir ces radicaux en quête d’ordre et de sens.
Source: La Libre Belgique, Baptiste Erpicum & Camille de Marcilly, 29 octobre 2016
*
Contexte
Qui? : Caroline Fourest est essayiste, éditorialiste, journaliste, scénariste, réalisatrice, cofondatrice de la revue "ProChoix" (féministe, antiraciste et laïque). Elle a écrit des essais sur l’extrême droite, l’intégrisme, le multiculturalisme et l’universalisme.
Charlie Hebdo : Ancienne collaboratrice de "Charlie Hebdo" de 2004 à 2009, elle écrivait sur l’intégrisme et la question du blasphème. Après l’attentat du 7 janvier 2015, Caroline Fourest n’a pas cessé d’exprimer sa solidarité. Lors d’une interview pour la chaîne britannique Sky News, elle a montré la fameuse une du journal "Tout est pardonné" et a été censurée. Elle a par ailleurs publié un plaidoyer en faveur de la liberté d’expression, "Eloge du blasphème" (Grasset).
Débat à l’Université Libre de Belgique (UBL) : En février 2012, Caroline Fourest devait participer à un débat autour de l’extrême droite à l’ULB mais la rencontre a été sabotée par un groupe d’intégristes musulmans, dont l’un a, depuis, fait l’aller-retour en Syrie. "J’étais attaquée par des islamistes ultra-virulents, se souvient l’essayiste. A l’université libre de Bruxelles, temple du libre examen, les radicaux sont arrivés à terroriser tout le monde. Il y a eu des sanctions, mais quand l’ULB devient un lieu où on a peur pendant que les islamistes, les radicaux, les pro-violents ont la parole dans toutes les universités d’Amérique et d’Europe sans inquiétude ni besoin de protection, on est en train de perdre des lieux pour défendre la démocratie. La démocratie peut-elle tolérer les intolérants ? Au point de permettre la mort de la démocratie ?"
Polémiques : La polémiste a récemment réagi à un billet d’Edwy Plenel sur le burkini intitulé "Un vêtement comme les autres" en affirmant que " soutenir le fait de couvrir les corps des femmes comme s’il s’agissait d’une ‘liberté’ et non d’un retour en arrière témoigne d’un esprit profondément réactionnaire ".
*
CHERCHEZ LA FEMME
(Sou Abadi, 2017)
je ne me moque que de l'intégrisme"
(Sou Abadi, réalisatrice de Cherchez la Femme)
A) AVANT LE FILM:
- Recherche personnelle: qui est Sou Abadi?
- Préparez vous à voir ce film en regardant attentivement la bande annonce et en lisant les critiques parues dans la presses à l'occasion de sa sortie.
- Profitez-en pour constituer une petite liste de vocabulaire utile pour suivre l'intrigue du film…
*
Critiques parues lors de la sortie du film en salle
1 Télérama
Armand et Leila sont étudiants à Sciences-Po et ils s'aiment. Même si
les parents du jeune homme, d'anciens opposants iraniens au régime de
Khomeini exilés en France (et toujours aussi militants), sont un peu
envahissants, tout sourit aux tourtereaux, qui s'apprêtent à partir
faire un stage aux Nations unies. Cela se gâte quand Mahmoud, le grand
frère de Leila, revient d'un long séjour au Yémen : radicalisé, il
déchire photos de famille et posters de cinéma, s'oppose à la relation
de sa soeur et l'enferme dans leur appartement de banlieue en
confisquant son passeport. Armand ne trouve qu'une solution pour visiter
Leila au nez et à la barbe du grand frère : il enfile un voile intégral
et devient Schéhérazade, jeune femme très pieuse, qui, c'est le
bouquet, ne laisse pas Mahmoud indifférent...
Il fallait oser
transformer le niqab en tenue de camouflage amoureux ! Et c'est une
jeune réalisatrice d'origine iranienne qui ose, quitte à faire grincer
des dents, avec ce premier long métrage en forme de vaudeville
réconciliateur. Sou Abadi assume fièrement des références ambitieuses.
Cyrano de Bergerac, d'abord : pris pour quelqu'un d'autre, Armand, voix
douce et yeux de biche, fait peu à peu baisser la fièvre intégriste de
Mahmoud en lui citant du Victor Hugo et même le Coran, que le jeune
radicalisé n'a jamais lu. Le rythme échevelé du cache-cache et de la
course-poursuite burlesque évoque aussi le sommet de la comédie de
travestissement, Certains l'aiment chaud, de Billy Wilder. Belle image
que la silhouette insolite de Félix Moati (épatant, comme tous ses
partenaires) trottinant en niqab, avec petit sac à main, dans les rues
de Paris. Et tout s'emballera avec une galopade entre barbus, femmes
voilées et vieux dissidents iraniens en plein aéroport Orly Sud...
Bien
sûr, on pourra reprocher à Sou Abadi sa légèreté farceuse sur un sujet
tel que la radicalisation, mais le film montre aussi, et sans rire cette
fois, l'origine de la rage de Mahmoud : l'abandon par la République des
jeunes de son ancienne cité, la mosquée s'imposant à eux comme le
dernier espoir de sociabilité.
Guillemette Odicino, Juillet 2017
2) Le Monde
Etudiants à Sciences Po, Armand (Félix Moati) et Leila (Camélia Jordana) filent le parfait amour et prévoient de partir à New York pour faire leur stage de fin d’études. Mais Mahmoud (William Lebghil), le frère de Leila, revient d’un voyage au Yémen où il a fréquenté les Frères musulmans. Le jeune homme, désormais radicalisé, veut imposer son idéologie à sa sœur.
Leila n’a plus le droit de sortir de chez elle. Fini les petites tenues, Armand et ses études, elle doit devenir une musulmane exemplaire. Pour libérer son amoureuse, Armand enfile le voile intégral et se fait passer pour une jeune musulmane qui a besoin de Leila pour ses cours de français.
Plus ridicules qu’inquiétants
Premier film de la réalisatrice Sou Abadi, Cherchez la femme traite d’un sujet d’actualité, la radicalisation religieuse, qui s’avère être un défi pour qui veut s’en emparer, de surcroît si c’est pour en faire une comédie. La réalisatrice évite savamment tous les écueils liés à son sujet par la profonde connaissance qu’elle en possède : elle le maîtrise suffisamment pour ne s’embarrasser d’aucune précaution qui viendrait jouer contre la drôlerie du film. C’est même le contraire, le film semble s’amuser d’être à ce point sur la corde raide, et par un savant jeu d’équilibriste, évite la caricature autant que le simplisme moralisateur.
Toute une galerie de personnages s’agence autour du couple principal, chacun ayant un rapport particulier à l’islam, qui vient étoffer le propos de la réalisatrice : les parents d’Armand, militants politiques iraniens, les amis radicalisés de Mahmoud, plus ridicules qu’inquiétants, les réfugiés qui enseignent les dogmes de l’islam à un Armand de plus en plus convaincant dans le rôle de la musulmane exemplaire. Il l’est tellement que Mahmoud, séduit par cette jeune femme pieuse, aimerait lui demander sa main. Le dénouement, burlesque et ingénieux, confirme la qualité d’écriture de cet étonnant vaudeville politique.
Leila n’a plus le droit de sortir de chez elle. Fini les petites tenues, Armand et ses études, elle doit devenir une musulmane exemplaire. Pour libérer son amoureuse, Armand enfile le voile intégral et se fait passer pour une jeune musulmane qui a besoin de Leila pour ses cours de français.
Plus ridicules qu’inquiétants
Premier film de la réalisatrice Sou Abadi, Cherchez la femme traite d’un sujet d’actualité, la radicalisation religieuse, qui s’avère être un défi pour qui veut s’en emparer, de surcroît si c’est pour en faire une comédie. La réalisatrice évite savamment tous les écueils liés à son sujet par la profonde connaissance qu’elle en possède : elle le maîtrise suffisamment pour ne s’embarrasser d’aucune précaution qui viendrait jouer contre la drôlerie du film. C’est même le contraire, le film semble s’amuser d’être à ce point sur la corde raide, et par un savant jeu d’équilibriste, évite la caricature autant que le simplisme moralisateur.
Toute une galerie de personnages s’agence autour du couple principal, chacun ayant un rapport particulier à l’islam, qui vient étoffer le propos de la réalisatrice : les parents d’Armand, militants politiques iraniens, les amis radicalisés de Mahmoud, plus ridicules qu’inquiétants, les réfugiés qui enseignent les dogmes de l’islam à un Armand de plus en plus convaincant dans le rôle de la musulmane exemplaire. Il l’est tellement que Mahmoud, séduit par cette jeune femme pieuse, aimerait lui demander sa main. Le dénouement, burlesque et ingénieux, confirme la qualité d’écriture de cet étonnant vaudeville politique.
Murielle Joudet, 26 juin 2017
3) Culture Box
"Cherchez la femme", le premier
long métrage de la réalisatrice franco-iranienne Sou Abadi, est une
comédie qui assume clairement sa position contre la radicalisation, sans
aucune arrière-pensée islamophobe. Toute une galerie de
personnages font vivre cette comédie insolente. A l'affiche de ce
vaudeville rafraîchissant : Camélia Jordana et Felix Moati.
L'humour
permet-il d'aborder tous les sujets d'actualité ? Le premier film de la
réalisatrice d'origine iranienne Sou Abadi, répond à cette question
sans ménagement : oui c'est possible de rire de l'islamisme radical.
"Cherchez la femme" confronte le comique de situation aux idées
étroites.
Pour la cinéaste née en Iran, méler l'humour et le
drame est quasiment génétique. Son père horticulteur et communiste, a
connu les geôles iraniennes alors que sa mère enseignante en littérature
persane vote à droite. Partie d'Iran avec ses parents quand les mollahs
sont arrivés au pouvoir, Sou Abadi connait la force du rire contre
l'obscurantisme.
Après quasiment quarante ans de dictature religieuse, les blagues sur les islamistes sont récurrentes dans les soirées branchées de Téhéran. "Le peuple iranien tient grâce à l’humour et grâce aux blagues. J’ai envie que le public passe un bon moment, qu’il rie, et ensuite, en sortant, qu’il réfléchisse aussi", explique-t-elle à France Info.
Céline Pina, ex-élue PS et auteure de nombreux ouvrages sur la question des fondamentalismes, rappelle à cet égard que le film prend tout le monde en considération et qu'il est utile pour engager des discussions. "Si certains sont gênés il faut en parler", assure-t-elle.
Camélia Jordana incarne dans "Cherchez la femme", une jeune fille parfaitement intégrée dont le grand frère Mahmoud revient métamorphosé d'un séjour au Yemen. "A la sortie de la bande annonce, de nombreuses personnes n'ont pas compris qu'il s'agissait d'une comédie, se souvient la comédienne avant d'ajouter, "J’espère qu’ils vont avoir l’audace d’aller voir le film en salle et ils comprendront qu’à aucun moment c’est un film islamophobe, bien au contraire".
Odile Morain, 28 juin 2017
B) PENDANT LE FILM
- Constituez une liste de vocabulaire personnalisée (min: 25 à 30 mots/expressions)
- Merci d'intituler de taper et d'imprimer cette liste
C) APRÈS LE FILM:
Réflexion personnelle: pistes pour discuter en classe.
- Que pensez-vous du choix de réaliser une comédie pour traiter un tel sujet?
- Quels sont les dangers potentiels d'un tel choix?
- Trouvez-vous ce film réussi? Pourquoi, ou pourquoi pas?
- Quel personnage, quelle scène vous touche particulièrement? Pourquoi?
- Notez trois citations particulièrement frappantes à votre avis.
- Comparez vos impressions aux critiques très positives proposées ci-dessus? Êtes-vous d'accord avec ces évaluations? Totalement? A quelques exceptions près (lesquelles?)? Pas du tout? Pourquoi?
- Les choix musicaux effectués par la réalisatrice vous semblent-ils judicieux?
- Repérez les différents discours tenus sur le voile dans ce film. Qu'en pensez-vous?
- A votre avis, y a-t-il un message d'ensemble sur le voile? Lequel?
- LISEZ les critiques ci-dessous: de quel côté penchez-vous dans votre interprétation du film?
*
CRITIQUES DU FILM, POUR ET CONTRE
CRITIQUES DU FILM, POUR ET CONTRE
Cherchez la femme: Le film le plus raciste et islamophobe de tous les temps
- Par Geneviève Sellier, 2 juillet 2017
- SOURCE: Le genre et l'écran, pour une critique féministe des fictions audiovisuelles.
Après
avoir vu Cherchez la femme, je ne peux que reprendre à mon compte
l’avis du « Réseau Classe/Genre/Race » posté le 10 mai dernier sur leur
site :
Le film le plus raciste et islamophobe de tous les temps va bientôt sortir. C’est un film français. Il s’agit de "Cherchez la femme", prévu pour juin.
Le teaser : ça se passe en banlieue. Une Arabe sort avec un Blanc. Elle l’aime. Mais son frère revient du Yémen. Il s’y est radicalisé. Dorénavant il a une barbe et il prie. Il surprend sa sœur et le Blanc ensemble, frappe le Blanc et interdit à sa sœur de le revoir. Le Blanc a l’idée de se cacher sous un voile intégral pour rendre visite à la sœur. A cette occasion, le frère va tomber amoureux du Blanc caché sous le voile, qu’il pense être la femme de sa vie. Humour.
Plusieurs choses :
On croyait avoir vu le pire, mais à côté de ce vomi, ça va paraitre du miel.
Le cinéma français ne nous lâchera jamais avec le coup du sauveur blanc qui nous libère du frère arabe. Jamais.
Le cinéma français continue à se faire des films sur ce qui se cache
sous le voile des Musulmanes (en vrai c’est des braqueuses, en vrai
c’est des prostituées, en vrai c’est des hommes, etc.), mobilisant là
encore l’imaginaire colonial et orientaliste associé aux femmes arabes.
La réalisatrice du film est une femme non-blanche. Le cinéma français
confirme sa tendance récente à faire fabriquer ses déchets racistes par
des femmes non-blanches, c’est d’autant plus inattaquable quand
c’est-une-des-leurs-qui-le-dit...
La représentation de l’Islam et des hommes arabo-musulmans dans le
cinéma français, c’est devenu open bar, tu veux leur cracher dessus ?
Vas-y je te fais un chèque
À ce propos, « Cherchez la femme » a bien évidemment été soutenu par
les pouvoirs publics, par exemple par le Conseil régional Ile de France à
hauteur de 320 000 euros s’il-vous-plait.
Ce film sera sûrement valorisé au titre de "la diversité au cinéma",
c’est à dire qu’on te crache dessus, et en plus faut dire merci le
cinéma français de mettre plus de Noir-es et d’Arabes à l’écran.
La révolution antiraciste ne viendra pas du cinéma français. Il participe à plein et plus que jamais à la reproduction des représentations coloniales. C’est un espace politique blanc et bourgeois tellement verrouillé qu’il n’y a rien à en attendre.
Plus nous existerons politiquement, et plus il nous sera possible de produire nous-mêmes des récits qui ne soient pas racistes, du moins d’imposer que les récits qui prétendent nous raconter ne le soient pas.
Plus nous existerons politiquement, plus il nous sera possible d’imposer dans le débat public que le "sauveur blanc" est une douille coloniale, et d’y affirmer que notre libération passe par la mise hors d’état de nuire du système raciste, qu’incarne notamment cette vieille figure du « sauveur blanc ».
Organisons-nous, politiquement.
Le film le plus raciste et islamophobe de tous les temps va bientôt sortir. C’est un film français. Il s’agit de "Cherchez la femme", prévu pour juin.
Le teaser : ça se passe en banlieue. Une Arabe sort avec un Blanc. Elle l’aime. Mais son frère revient du Yémen. Il s’y est radicalisé. Dorénavant il a une barbe et il prie. Il surprend sa sœur et le Blanc ensemble, frappe le Blanc et interdit à sa sœur de le revoir. Le Blanc a l’idée de se cacher sous un voile intégral pour rendre visite à la sœur. A cette occasion, le frère va tomber amoureux du Blanc caché sous le voile, qu’il pense être la femme de sa vie. Humour.
Plusieurs choses :
On croyait avoir vu le pire, mais à côté de ce vomi, ça va paraitre du miel.
Le cinéma français ne nous lâchera jamais avec le coup du sauveur blanc qui nous libère du frère arabe. Jamais.
Le cinéma français continue à se faire des films sur ce qui se cache
sous le voile des Musulmanes (en vrai c’est des braqueuses, en vrai
c’est des prostituées, en vrai c’est des hommes, etc.), mobilisant là
encore l’imaginaire colonial et orientaliste associé aux femmes arabes.
La réalisatrice du film est une femme non-blanche. Le cinéma français
confirme sa tendance récente à faire fabriquer ses déchets racistes par
des femmes non-blanches, c’est d’autant plus inattaquable quand
c’est-une-des-leurs-qui-le-dit...
La représentation de l’Islam et des hommes arabo-musulmans dans le
cinéma français, c’est devenu open bar, tu veux leur cracher dessus ?
Vas-y je te fais un chèque
À ce propos, « Cherchez la femme » a bien évidemment été soutenu par
les pouvoirs publics, par exemple par le Conseil régional Ile de France à
hauteur de 320 000 euros s’il-vous-plait.
Ce film sera sûrement valorisé au titre de "la diversité au cinéma",
c’est à dire qu’on te crache dessus, et en plus faut dire merci le
cinéma français de mettre plus de Noir-es et d’Arabes à l’écran.La révolution antiraciste ne viendra pas du cinéma français. Il participe à plein et plus que jamais à la reproduction des représentations coloniales. C’est un espace politique blanc et bourgeois tellement verrouillé qu’il n’y a rien à en attendre.
Plus nous existerons politiquement, et plus il nous sera possible de produire nous-mêmes des récits qui ne soient pas racistes, du moins d’imposer que les récits qui prétendent nous raconter ne le soient pas.
Plus nous existerons politiquement, plus il nous sera possible d’imposer dans le débat public que le "sauveur blanc" est une douille coloniale, et d’y affirmer que notre libération passe par la mise hors d’état de nuire du système raciste, qu’incarne notamment cette vieille figure du « sauveur blanc ».
Organisons-nous, politiquement.
*
Cherchez la femme, le retour
>> Geneviève Sellier, 5 juillet 2017
Pourquoi ce film est-il raciste et islamophobe ?
Armand et Leila sont étudiant.e.s à Sciences Po : elle est d’une famille maghrébine, lui d’une famille iranienne : ils incarnent la seconde génération dûment « intégrée » (la preuve, ils font Sciences Po !). Ils doivent partir aux États-Unis où ils ont obtenu une bourse d’études (seconde preuve de leur intégration : ils réalisent leur rêve américain, et apparemment, aucun des deux n’a le moindre problème d’argent : pourtant Leïla vit en HLM avec son frère lycéen, les parents étant morts…).
Mais passons… Mahmoud, le frère aîné de Leila, rentre du Yémen où il s’est radicalisé : il débarque à l’aéroport avec la barbe, la chéchia et la djellabah de rigueur (à quoi s’ajoutera le keffieh, bien sûr !)
Dès son retour, il interdit à sa sœur de sortir et lui supprime son téléphone portable ; il vide manu militari l’amoureux et force son petit frère à préparer son départ au Yémen.
L’astuce du film est d’inventer que l’amoureux transi est lui-même le fils de réfugiés iraniens, sauf qu’ils représentent l’élite laïque qui a fui la révolution islamique. Anne Alvaro est particulièrement pénible dans le rôle de la mère abusive (mais parfaitement émancipée) qui essaie de protéger son fils contre les islamistes.
L’amoureux imagine de se déguiser en burqa pour venir voir sa dulcinée. Et le frère est tellement con (et sexuellement frustré, comme nous le rappelle le film) qu’il tombe amoureux de la personne en burqa qui dit s’appeler Shéhérazade et a suffisamment potassé le Coran pour donner des leçons au plus jeune frère.
Mahmoud poursuit (littéralement) « Shéhérazade » de ses assiduités pendant que la mère d’Armand, ayant vu une jeune fille en burqa rentrer dans leur immeuble (cossu) alerte les renseignements généraux (c’est forcément une terroriste).
Le frère est entouré dans son HLM d’une bande d’islamistes d’opérette qui lui reprochent de négliger sa foi parce qu’il est amoureux, et vont tenter de mettre la main sur la fille qui perturbe leur copain. Nouvelles poursuites…
Leila (Camélia Jordana) censée être au centre de l’intrigue est totalement instrumentalisée : elle n’existe pas, ni comme française, ni comme arabo-musulmane, ni comme fille (les parents sont morts opportunément), ni comme étudiante (on ne la verra jamais étudier), ni comme amoureuse.
On peut en dire autant de son partenaire, incarné par Félix Moati, qui est réduit à l’entreprise de travestissement qui est censée fournir les ressorts comiques du film.
Le frère n’existe pas davantage, il est une caricature grotesque de ce que les médias français ont construit comme figure de l’intégrisme, le comique en plus : le clou étant la fausse cérémonie de fiançailles organisée par les parents d’Armand pour faire diversion pendant que les deux amoureux vont prendre l’avion pour les États-Unis.
Pour bien indiquer qu’on est dans un film burlesque, on a droit à une dernière course poursuite vers l’aéroport, où le pot aux roses est enfin découvert.
Tout le film est d’ailleurs dans la bande annonce : il manque seulement la mère (Anne Alvaro), la bobo iranienne qui a fui la révolution islamique et incarne la figure de la « bonne immigrée », celle qui a totalement assimilé les « valeurs occidentales » (la preuve : elle a appelé son fils Armand !) et est à l’avant-garde de la lutte contre l’islam : c’est elle qui organise avec ses ami.e.s réfugié.e.s iranien.ne.s les fausses fiançailles.
Mais c’est Leila (encore une femme) à qui revient l’honneur de tirer la morale de l’histoire, en tant que porte-parole des « valeurs de la République », en faisant la leçon à son frère et à ses copains intégristes, avant de prendre l’avion pour les États-Unis avec son copain.
Dans ce film, la stigmatisation des musulmans se double d’une stigmatisation des couches populaires, assimilées aux immigrés maghrébins (le Fabrice qui a tant de mal à se fait appeler Farid est là pour témoigner de l’influence néfaste des islamistes sur les « jeunes de banlieue »).
En revanche, les réfugiés « politiques » iraniens, intellectuels et bourgeois, sont le fer de lance des valeurs de la République. La bataille des valeurs se joue donc entre immigrés, ce qui prouve à quel point elles sont universelles !
On retrouve aussi dans ce film la vieille habitude raciste qui consiste à faire jouer les « autres » ethniques par des « blancs » : de même que D.W. Griffith faisait grimer ses acteurs pour jouer les Noirs dans Naissance d’une nation (1914), ou qu’Annabella jouait une Berbère dans La Bandera (Duvivier, 1935), ici Anne Alvaro joue une Iranienne, et Félix Moati son fils. Quant à Camélia Jordana, plus connue comme chanteuse, elle a opportunément évacué son patronyme à consonance arabe (Riad-Alioune).
Un autre ressort comique du film est évidemment que l’intégriste tombe amoureux d’un garçon ! Le sous-texte est ici l’homophobie supposée des « garçons arabes ».
Quant à la réalisatrice, Sou Abadi, d’origine iranienne, arrivée en France à 15 ans avec ses parents, elle « fait le job » au-delà des espérances ! Même en ces temps d’islamophobie institutionnelle, un.e réalisateur/trice franco-française n’aurait sans doute pas osé faire une caricature aussi grossière…
*
"Cherchez la femme", un film si "Charlie", par Caroline Fourest
(Marianne, 25/06/2017)
L'avant-première s'est tenue aux Champs-Elysées, quelques heures après un attentat raciste à Londres et un nouvel attentat islamiste à Paris. Les voitures de police bloquaient encore le bas de la plus belle avenue du monde. Pourtant, en ressortant de la salle, les spectateurs affichaient tous d'immenses sourires. De ceux qui soignent et sauvent de la colère.
C'est tout le charme de Cherchez la femme. Un film jouissif et thérapeutique où Félix Moati confirme son talent et Camélia Jordana prouve qu'elle est aussi douée pour jouer que pour chanter. Après avoir joint sa voix bouleversante aux cérémonies du 13 novembre, posé seins nus en Marianne, voilà qu'elle nous fait rire. Quel trait d'union.
Dans ce film, elle joue une jeune étudiante de Sciences-Po d'origine maghrébine atterrée par la dérive sectaire de son frère, qui a décidé de l'enfermer chez elle pour l'empêcher de faire son stage à l'ONU au retour d'un voyage au Yémen.
Son petit ami a d'autres problèmes. Ses parents iraniens, activement laïques, frôlent l'AVC en découvrant que leur fils se renseigne sur l'islam. Il ne fait que travailler sa ruse : rendre visite à sa petite amie en se faisant passer pour une « bonne musulmane » portant le niqab. Une « sœur » fantôme si calée en citations du Coran ou de Victor Hugo qu'elle en vient à faire chavirer le cœur du frère fanatique. Ah si Cyrano de Bergerac avait connu le voile intégral !
La suite n'est qu'une série de malentendus tragiquement drôles, parfois dignes de Tootsie ou Certains l'aiment chaud, la référence de Sou Abadi, dont c'est le premier long-métrage.
L'humour politico-mordant du film doit beaucoup au parcours de la réalisatrice iranienne. Après quasiment quarante ans de dictature religieuse, c'est à Téhéran qu'on blague le plus sur les islamistes. Question d'hygiène mentale. L'un des plus beaux atouts de ce film est d'ailleurs de transmettre - via les personnages des parents - l'accablement ressenti par cette génération de réfugiés politiques iraniens face à une génération d'enfants d'immigrés prête à répéter toutes leurs erreurs. « C'est notre faute », dit le père à un moment. Un marxiste qui se mord les doigts de ne pas avoir su s'opposer à la révolution islamique par anti-impérialisme. Ah, si tous les sociologues d'extrême gauche pouvaient avoir grandi sous la République islamique d'Iran.
L'idée du « voile camouflage », elle aussi, est venue des mollahs, décidément sur Terre pour inspirer le cinéma burlesque. La réalisatrice s'est souvenue d'un entretien où Rafsandjani, l'un des dirigeants de la République islamique, racontait s'être fait passer pour une femme portant le voile intégral pour échapper à la police du Shah. C'était avant la révolution. Depuis, ce voile est devenu obligatoire et un ancien président iranien a dû user du même stratagème pour échapper à la police islamique. Il a fui vers la France. Désormais, même à Paris, les exilés craignent de mourir à cause des islamistes. Avouez que c'est un exploit de garder le sens de l'humour.
« Après le 7 janvier et l'attaque contre Charlie, j'avais peur que mon producteur veuille annuler le projet », confiait Sou Abadi juste avant la projection. Michaël Gentile, son producteur, a tenu bon, plus déterminé que jamais à combattre la folie par l'humour. France 3 Cinéma et Mars Distribution ont suivi, ainsi que la région Ile-de-France. Enfin une belle concrétisation du fameux « Je suis Charlie ». Grâce à eux, on peut donc savourer ce petit moment de répit en salles, mais loin du monde obscur.
Bien sûr, on s'attend aux rabat-joie habituels. Les censeurs mondains qui trouveront qu'on ne rit pas de ces choses-là, dans les pages de journaux qui ne savent ni rire ni enquêter sur « ces choses-là ». Une responsable web-culture d'un magazine féminin, sans doute culpabilisée d'être imprimée sur papier blanc, a déjà trouvé le moyen d'y voir du « racisme ». Bientôt suivront les autodafés habituels en « islamophobie » proférés par d'indigestes indigénistes. Comme à chaque fois, aucun de ces tristes sires n'ira voir ce film, doux et tendre, parfois même un peu trop. Les analphabètes du second degré préféreront toujours cracher sur des dessins ou sur des films que sur les fanatiques du premier degré. Ce sont pourtant eux les alliés de la haine. Pas ceux qui arrivent, par miracle, à en rire. Sortie le 26 juin.
*
DEVOIRS POUR VENDREDI
LA LAÏCITÉ, UNE PASSION FRANÇAISE
Couverture d'un numéro spécial de Charlie Hebdo sur la laïcité,
Septembre 2013
- Synthétiser
- le prélude
- la leçon
- et les trois vidéos!
- OBJECTIF: pouvoir parler de la laïcité en connaissance de cause…
*
PRÉLUDE
"La laïcité ne nous a pas été donnée comme une révélation. Elle n'est sortie de la tête d'aucun prophète; elle n'est exprimée dans aucun catéchisme. Aucun texte sacré n'en contient les secrets, elle n'en a pas. Elle se cherche, s'exprime, se discute, s'exerce et, s'il faut, se corrige et se répand."
(Claude Nicolet )
(Claude Nicolet )
*
LA LAÏCITÉ,
UNE PASSION FRANÇAISE
Affiche pour une conférence sur la Laïcité, 2015
- Pour commencer: deux vidéos pédagogiques qui posent la notion en termes simples. Merci de bien vouloir
- synthétiser les idées principales de chaque document
- constituer une liste de vocabulaire détaillée qui vous aidera à trouver les mots lors de la conversation en classe, et surtout, lors du débat de jeudi.
"C'est quoi, la laïcité?" (Un jour une question, 2015)
Qu'est-ce que la laïcité en 5 mn
(Union des Familles Laïques, Sept 2017)
*
LEÇON: LA LAÏCITÉ
- Etymologie : du grec ancien laikos, peuple.
- Dans le langage chrétien, un laïc était au Moyen Age un "baptisé" qui n'appartenait pas au clergé. De nos jours, c'est une personne chargée de fonctions qui étaient autrefois dévolues au clergé, dans une institution catholique.
- Dans la seconde moitié du XIXe siècle, sous la IIIe République, la laïcité est devenue une conception de l'organisation de la société visant à la neutralité réciproque des pouvoirs spirituels et religieux par rapport aux pouvoirs politiques, civils, administratifs.
- Le but était de lutter contre le cléricalisme, c'est-à-dire l'influence des clergés et des mouvements ou partis religieux sur les affaires publiques.
- La laïcité est aussi une éthique basée sur la liberté de conscience visant à l'épanouissement de l'Homme en tant qu'individu et citoyen.
- Concrètement, la laïcité est fondée sur le principe de séparation juridique des Eglises et de l'Etat (loi de 1905 en France), en particulier en matière d'enseignement.
- Cette séparation a pour conséquence :
- la garantie apportée par l'Etat de la liberté de conscience et du droit de d'exprimer ses convictions (droit de croire ou de ne pas croire, de changer de religion, d'assister ou pas aux cérémonies religieuses).
- la neutralité de l'État en matière religieuse. Aucune religion n'est privilégiée; il n'y a pas de hiérarchie entre les croyances ou entre croyance et non-croyance.
- Historique de la laïcité
- La laïcité, en France, s'est mise progressivement en place pendant plus d'un siècle :
- 1789 : la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen institue la liberté religieuse "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses" (article X)
- 1791 : la Constitution établit la liberté des cultes et accorde des droits identiques aux religions présentes alors en France : catholique, judaïque et protestante.
- 1881-1882 : les Lois de Jules Ferry instituent l'école gratuite, l'instruction obligatoire et l'enseignement public laïque.
- 1905 : la Loi de séparation des Églises et de l'Etat : "La République ne reconnaît, ne finance ni ne subventionne aucun culte" (article 2). L'Alsace Moselle, du fait de son rattachement à l'Allemagne lors du vote de cette loi, bénéficie d'un statut dérogatoire fondé sur le Concordat de 1801 signé par le Consul Napoléon Bonaparte.
- 1946 : le principe de laïcité est inscrit dans le préambule de la Constitution (IVe République)
- 1959 : la Loi Debré accorde des subventions aux écoles privées qui sont sous contrat avec l'Etat.
- 1989 : la Loi Jospin de 1989 accorde aux élèves des collèges et des lycées, "dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité", la liberté d'information et d'expression (article 10). Cette loi va notamment provoquer l'apparition des foulards islamiques dans les établissements scolaires.
- 2004 : une loi réglementant le port des signes religieux à l'Ecole est mise en place pour résoudre les conflits liés au port du voile islamique.
- Cette dernière loi résulte de la confrontation de deux visions de la laïcité à l'Ecole quant aux signes religieux,
- l'une se limitant à l'absence de manifestation des croyances religieuses aux enseignants et autres personnels de la fonction publique,
- l'autre étendant ce principe aux élèves. A ce débat se sont greffés des problèmes d'intégration et d'identité de la communauté musulmane que la loi n'aborde pas.
*
Maintenant que vous êtes familiarisé.e.s avec le vocabulaire et les enjeux de la laïcité, merci d'analyser la vidéo ci-dessous en distinguant clairement les différents moments.
Laïcité, une histoire française (France 24, 2016)
*
DEVOIRS POUR MARDI PROCHAIN
Le voile comme signe bien français…
- Continuer à apprendre le vocabulaire de la semaine
- Reformuler les idées principales du prélude en termes simples
- Synthétiser les différentes thèses et arguments présentés dans le documentaire Ce que le Voile Dévoile (Négar Zoka, 2010) disponible dans Google Drive ICI).
- OBJECTIF: pouvoir débattre de cette question compliquée en maîtrisant
- les différentes thèses et arguments autour de la question du voile
- les objections et réponses aux arguments antagonistes
- + (si possible) votre propre position sur cet échiquier…
*
PRÉLUDE:
L'AFFAIRE DIAM'S
PRÉLUDE:
L'AFFAIRE DIAM'S
La rappeuse Diam's avant et après sa conversion à l'Islam
"Elle n'est pas laïque cette République,
Elle craint juste la contagion" (Diam's)
Contexte:
- Diam's, alias Mélanie Georgiades, est née à Nicosie sur l'île de Chypre en 1980. Après la séparation de ses parents, elle quitte son pays pour en adopter un autre, la France, avec sa mère. Elle n'a que 4 ans mais l'absence de son père provoque une blessure en elle qui transparaît encore à travers ses textes. Adolescente, elle se forge sa personnalité dans la banlieue du 91 et découvre le rap.
- Son talent explose dans les médias avec le tube DJ qui figure sur l'album Brut de femmes en 2003, son deuxième album. En 2006, Dans ma bulle fait aussi un carton et asseoit sa notoriété. Diam's est une figure réellement incontournable du rap français mais aussi des femmes. Engagée dans de nombreuses causes comme la violence conjugale ou pour Amnesty International, elle n'aime pas se taire et les paroles de ses chansons le montrent bien.
- Malgré le succès incontestable de ses oeuvres, Diam's vit difficilement la surexposition médiatique et le monde impitoyable du show-business. Après son troisième album, la chanteuse se retire loin des projecteurs. Souvenez-vous, en mars 2008, elle fondait en larmes sur le plateau des Victoires de la musique et quittait la scène. Elle avait déboulé dans un magazine people, folle de rage, elle s'était fait agresser en bas de chez elle en décembre 2007 (elle retirera sa plainte). Dans ce monde nouveau pour elle, rempli de faux amis, de relations compliquées, de mauvais conseillers, de surmédiatisation et d'argent qui coule à flots, son succès lui aurait fait perdre pied...
- En 2009, juste avant la sortie de son dernier album SOS, le magazine Paris-Match publie des photos de Diam's voilée, sortant de la mosquée de Genneviliers…
- Source: Article de 2009 sur http://www.purepeople.com/article/diam-s-la-chanteuse-est-desormais-mariee-et-voilee-reactualise_a41539/1
Exercice: Regardez les trois vidéos ci-dessous: à votre avis, comment peut-on expliquer le "choc" ressenti par une partie de la population française (et copieusement relayé dans les médias) à l'annonce de la conversion de Diam's?
Extrait du journal télévisé de France 2 (2009)
Diam's et l'Islam, un reportage de France 2 (2013)
POUR ALLER PLUS LOIN: écouter deux chansons de Diam's
*
LA QUESTION DU VOILE:
UNE OBSESSION FRANÇAISE
Négar Zoka,
réalisatrice du documentaire Ce que le voile dévoile (2010)
« Ce que le voile dévoile » est une enquête menée à la première personne
par la réalisatrice. Française et Iranienne, à la croisée des chemins
et des cultures, Negar Zoka tente de comprendre ce qui pousse, dans la
France d’aujourd’hui, quelques milliers de femmes à porter le niqab
(souvent confondu avec la burqa afghane), plus connu sous le nom de
voile intégral. Cette question l’amène aussi à se demander pourquoi la
République se sent à ce point menacée par une minorité d’individus
vivant en marge de la société. Membres de la mission parlementaire,
administrateur de site internet salafiste, femmes en niqab, étudiantes
d’école coranique ou militants de Ripostes laïque, ils ont accepté de
donner leur point de vue. Historiens et sociologues sont là pour nous
aider à entendre, comprendre, et mettre en perspective.
Exercice:
- Recherche: qu'est-ce que la Loi interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public?
- Synthétiser les différentes thèses et arguments présentés dans le documentaire Ce que le Voile Dévoile (Négar Zoka, 2010) dans Google Drive ICI).
- OBJECTIF: pouvoir débattre de cette question compliquée en maîtrisant
- les différentes thèses et arguments autour de la question du voile intégral
- les objections et réponses aux arguments antagonistes
- à votre avis: quelle est la position de la réalisatrice?
- + (si possible) votre propre position sur cet échiquier…
- Comme toujours: faire une liste de vocabulaire!
*
POUR ALLER PLUS LOIN:
LES DIFFÉRENTS TYPES DE VOILE
LES DIFFÉRENTS TYPES DE VOILE
Niqab, hidjab, burqa : des voiles et beaucoup de confusions
Les médias ont souvent tendance, dans leurs illustrations, à confondre les différents types de voile islamique. Ils ne sont pourtant pas porteurs des mêmes symboles.
LE MONDE | 11.06.2015 | Par Samuel Laurent
[…]
Beaucoup d’éléments distinguent niqab, hidjab, tchador et burqa, les quatre principaux types de voile islamique. Explications :
1. Que dit le Coran du voile ?
Le voile est antérieur au Coran : dès les Assyriens, la femme libre est obligée de porter le voile, sous peine de sanctions. Une pratique qu’on retrouve, avec divers degrés d’obligation, chez les Juifs ou les Romains.
Le Coran reprend cette pratique et la codifie, sans toutefois explicitement préconiser le port du voile. Néanmoins, plusieurs écrits évoquent cette pratique pour les épouses du prophète Mahomet, notamment au verset 31 de la sourate 24 :
« Et dis aux croyantes de baisser leur regard, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. »
Mais aussi au verset 59 de la sourate 33 :
« Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grandes voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Allah est pardonneur et miséricordieux. »
L’usage a ensuite différé, selon les pays et les époques, tendant parfois vers plus de souplesse, et d’autres fois, à l’inverse, vers une codification importante, qui a pu être érigée en loi par les régimes politiques des pays en question. On distingue à cet effet quatre types de voiles :
2. Le hidjab : le « voile » générique
« Hidjab » signifie en réalité « voile », « rideau » ou « écran ». Le terme désigne le voile dans son acception large, et donc toutes ses déclinaisons. Néanmoins, aujourd’hui, on l’emploie surtout pour parler du voile islamique le plus répandu, couvrant la tête et les cheveux, mais pas le visage.
Selon les régions du monde, le hidjab peut être porté autour du visage entier (notre photo, où il est porté par une Australienne), comme un simple voile couvrant la chevelure, ou en tant qu’élément d’un costume plus complet (Inde, Indonésie).
Le hidjab ne recouvre donc pas le visage, ni l’ensemble du corps, mais il en existe plusieurs types, qui peuvent être plus ou moins visibles.
3. Le niqab : le voile cachant le visage
En général de couleur noire, le niqab se distingue du hidjab car il masque aussi le visage, à l’exception des yeux. Son port est plutôt le fait de pratiquants d’un islam rigoriste, notamment les adeptes du salafisme. Le niqab s’accompagne parfois de gants destinés à cacher les mains (voire de lunettes de soleil ou d’un masque), et peut consister en un vêtement couvrant tout le corps.
Une controverse existe au sein de l’islam sur « l’obligation » ou non du port du niqab. Certains courants, rigoristes, estiment que c’est le cas, contre l’avis de la plupart des théologiens.
C’est le niqab qui a posé question en France, en 2011, et abouti à la loi interdisant le fait de se masquer le visage dans les lieux publics. C’est également le niqab qui est le plus souvent utilisé par la presse pour illustrer les questions de voile, alors même que son port est largement moins répandu que celui du hidjab.
Un autre vêtement se rapproche du niqab : le haik, une pièce de tissu attachée à la ceinture, que les femmes du Maghreb portaient avec un voile, parfois transparent, sur le visage. Il est aujourd’hui moins présent, mais existe encore dans certains villages.
4. Le jilbab saoudien, entre hidjab et niqab
Un autre vêtement, qui n’est cette fois pas limité aux cheveux et au visage mais englobe tout le corps, apparaît depuis quelques années : le jilbab, une longue robe, souvent noire mais pas exclusivement, et utilisée par les Saoudiennes. Contrairement au niqab il ne cache pas le visage, mais contrairement au hidjab, il couvre l’intégralité du corps, masquant les formes de ses porteuses, ce qui est vu comme « vertueux » par les défenseurs de ce vêtement.
Celui-ci, et son « équivalent » masculin (le qamis, une longue robe masculine de couleur unie, venue d’Arabie saoudite), sont parfois vécus comme étant eux aussi empreints d’une signification religieuse, voire les seuls vêtements « purs » pour de vrais croyants. Cette vision rigoriste est diffusée notamment dans l’islam salafiste.
Pourtant, de très nombreux théologiens refusent cette interprétation, rappelant qu’historiquement, les musulmans se sont habillés très différemment selon les pays et les époques, et que ces deux vêtements sont surtout originaires du golfe Persique.
5. Le tchador : vêtement iranien
Fréquemment employé pour « niqab », le tchador est en réalité un vêtement (de couleur bleue, noire ou plus rarement blanche) correspondant à une pratique précise : celle du chiisme iranien. Le tchador n’est pas seulement le voile (qui se porte, comme le hidjab, sans couvrir le visage), mais une pièce de tissu, sans manches, que les femmes iraniennes portaient avant l’avènement de l’islam.
Au départ porté durant la prière, le tchador est devenu obligatoire dans la rue au XVIIIe siècle. Le chah d’Iran l’a ensuite interdit en 1936, demandant aux policiers de faire la chasse aux femmes qui le portaient.
Dans les années 1970, les femmes iraniennes avaient adopté des voiles plus légers, laissant voir les cheveux. Mais, à partir de 1979 et l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny, le tchador a été remis à l’honneur. Néanmoins, son port n’est pas obligatoire dans l’Iran actuel, un foulard cachant les cheveux et des vêtements dissimulant les formes étant suffisants.
6. La burqa : vêtement imposé par les talibans afghans
Là aussi source de nombreuses confusions, la burqa n’est pas le niqab. Et ce vêtement n’existe que très peu en dehors de l’Afghanistan, où il est né. La burqa, souvent de couleur bleue, est un vêtement couvrant tout le corps, y compris le visage. Un voile ou une « grille » de tissu sont installés au niveau des yeux pour permettre de voir.
Ce vêtement, devenu un symbole de l’oppression subie par les femmes dans des pays aux mains d’islamistes radicaux, n’existerait que depuis quelques décennies sous cette forme, le vêtement traditionnel afghan étant plus proche du tchador iranien.
Ce sont les talibans, fanatiques islamistes, qui ont imposé la burqa lors de leur arrivée au pouvoir dans le pays, à la fin des années 1990. Leurs motifs pour le faire étaient différents de ceux évoqués dans le Coran : il ne s’agit pas de voiler la femme pour sa protection, mais bien pour éviter aux hommes la tentation.
Source: Le Monde, Les décodeurs (http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/06/11/niqab-hijab-burqa-des-voiles-et-beaucoup-de-confusions_4651970_4355770.html#meter_toaster)
*
POUR ALLER PLUS LOIN:
POUR ALLER PLUS LOIN:
FÉMINISME ET LAÏCITÉ
Avant
même que le terme ne soit inscrit dans le dictionnaire Littré (1877),
les féministes sont parties prenantes de la laïcisation entamée dès la
Révolution française. Tandis que l'Église catholique refuse l'égalité
des sexes, le féminisme lutte tout au long du XIXe siècle pour une
République laïque qui prenne en compte les droits des femmes. Contre
l'emprise de la religion sur la société, il s'agit de forger un cadre
pluraliste où la liberté de conscience — celle de croire comme celle de
ne pas croire — est pleinement garantie par la neutralité de l'espace
civil et politique et par un cadre institutionnel non confessionnel,
notamment scolaire, médical et social, qui devrait adopter le principe
de l'égalité des sexes.
[…] Les féministes laïques se divisent sur
une définition plus ou moins anticléricale de la laïcité. Au moment de
la loi de séparation des Églises et de l'État (1905), le degré de
liberté religieuse à accorder fait débat. Le conflit des "deux France"
oppose d'une part des groupes féministes catholiques minoritaires
hostiles à la laïcité mais favorables au droit de vote, et d'autre part
le mouvement pour les droits des femmes, neutre du point de vue
religieux, qui rassemble des personnalités athées, protestantes, juives
ou des catholiques en rupture de ban.
L'inscription en 1946 de la
laïcité et du principe d'égalité des sexes dans la Constitution marque
le début d'une période de reflux dans la rencontre entre féminisme et
combat laïque.
[…] Ce sont les "affaires du foulard" en 1989 et
les longs débats toujours en cours qui s'en sont suivis qui ont exacerbé
l'identité laïque de plusieurs groupes féministes, non sans remous.
Dès
lors, la laïcité est devenue une thématique conflictuelle face à la
présence de plus en plus visible de l'islam et son instrumentalisation
par l'extrême droite. Des courants féministes, eux-mêmes divisés,
interprètent le port du voile comme le signe d'un fondamentalisme
incompatible avec la laïcité en référence aux pays islamistes, jusqu'à,
pour certains, vouloir en étendre l'interdiction dans l'espace public. A
l'opposé, des féministes veulent concilier la laïcité et les droits des
femmes avec la lutte contre le racisme et l'islamophobie, en tenant
compte du contexte post-colonial et migratoire. Les groupes féministes
musulmans défendent quant à eux, une approche de la laïcité compatible
avec leur choix religieux et leur volonté d'affirmation identitaire.
Longtemps ciment au sein des féminismes, la laïcité y est devenue source
de profonds conflits.
(Dictionnaire des Féministes, dir. Christine Bard, PUF, 2017)






