COURS N°9: HISTOIRE D'UN SECRET



POUR MARDI
  • Apprendre PAR COEUR le vocabulaire des cours n°6 et 7
    • disponible dans la partie  VOCABULAIRE du blog!
    • + (si besoin) travailler la conjugaison des verbes avoir et être dans la partie CONJUGAISON
      • QUIZ écrit n°3 mardi…
  • Reformulez la citation de Mariana Otero (Prélude) en termes simples
  • Regarder attentivement le film Histoire d'un Secret (disponible dans Google Drive ICI) en suivant les recommandations proposées en bas de page.
NB: LES DEVOIRS POUR JEUDI ET VENDREDI SONT DISPONIBLES EN BAS DE PAGE
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    PRÉLUDE

     La réalisatrice du film, Mariana Otero

    Toute la force du cinéma documentaire, c’est que l’on ne rêve pas la scène à la place des gens qui sont en train de la vivre. On la rêve en même temps qu'ils la vivent. Sinon, on est dans un désir de fiction. Pour moi, avec Histoire d’un secret, j’étais dans un documentaire et en même temps je pouvais faire aller la scène où j’avais envie. Sans être machiavélique, c’est quand même moi qui pose les questions, c’est moi qui peux rétablir le dialogue... J’étais donc à la fois dans cette espèce de plaisir de savoir comment était la scène, […] je pouvais contrôler la scène et en même temps les scènes m'échappaient et allaient dans un sens que je n'avais pas imaginé. J’avais tout le plaisir du documentaire et en même temps tout le plaisir de la fiction, vraiment les deux à la fois, c’est ce qui a je crois bien fonctionné dans le film. (Mariana Otero)


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    HISTOIRE D'UN SECRET
    (Mariana Otero, 2003)

    A) AVANT LE FILM:
    • Recherche personnelle: qui est Mariana Otero?
    • Préparez vous à voir ce film en regardant attentivement la bande annonce. 
      • Attention: Cette oeuvre remue beaucoup d'émotions douloureuses. Ne vous sentez pas obligé.e de tout regarder, ou même de venir en classe pour la discussion, si cela vous affecte trop. Je comprendrai.


    TRANSCRIPTION

    Soeur: C'est toi là!
    Mariana Otero (MO): Voilà je suis réalisatrice, je fais un film sur ma mère et j'ai vu dans un article de presse un fait divers qui parlait d'un monsieur dont la femme était décédée de la même manière.
    Voix Off: Ne rappelez plus s'il vous plaît.
    MO: D'accord. Au revoir. 
    Soeur: Ça m'arrivait de penser qu'elle n'était pas morte
    MO: Moi aussi.
    Soeur: Oui, qu'elle était pas morte.
    MO: Qu'elle était partie en fait.
    Soeur: Oui. Et alors je regardais des femmes des fois dans le métro ou dans le bus…
    MO: C'est vrai? Moi aussi!
    Soeur: Ah bon? […] Et puis je lui ai dit euh… est-ce que c'est vrai que maman est morte? Et là elle m'a dit: oui, c'est vrai. Je me suis levée brusquement, et j'ai crié j'ai crié: "Maman est morte! Maman est morte!" en courant comme ça jusqu'à toi. Et comme toi c'est pareil, tu étais là, tu étais en train de jouer et que tu réagissais pas, eh ben je suis restée avec ce truc là toute la journée.
    Tante: Et je crois qu'à cette époque là c'était comme ça: on cachait. 
    Oncle: Top secret.
    Tante: On savait qu'il fallait pas en parler, donc on n'en parlait pas. 
    Soeur: On nous avait dit une phrase qui était un mensonge, mais il n'y avait aucune raison de nous mettre en doute.
    Docteure: Moi j'ai autour de moi même des amies hein, dont je… qui ont perdu leur mère et je pense que leur mère est morte de ça, mais personne ne leur dira jamais. Même maintenant alors qu'il y prescription.
    Voix Off 1: Je laisserais bien un voile se répandre là dessus.
    Voix Off 2: Est-ce que tu m'écoutes?
    MO: Oui je t'écoute là.
    Voix Off 2: Je ne te le dirai jamais. Jamais!

    Vocabulaire:
    • Un fait divers: short news item, trivial event
    • Rappeler qqn : to call so back
    • ne rappelez plus: don't call back
    • un mensonge: a lie
    • mentir (avoir menti): to lie
    • Il y a prescription: it's ancient history
    • Un voile: a veil (!!! ≠ UNE voile: a sail)
    • Dévoiler un secret: to unveil a secret
    • Le dévoilement: unveiling
    B) PENDANT LE FILM
    • Constituez une liste de vocabulaire personnalisée (min: 25 à 30 mots/expressions)
      • Indiquez systématiquement 
        • Le genre des noms par un article (le/la, un/une)
        • Le participe-passé et la construction des verbes (dir/indir, etc)
          • Ex: Pleuvoir: to rain (avoir plu)
        • la traduction anglaise
      • Merci de TAPER  et d'IMPRIMER ce document, que je ramasserai. 
    C) APRÈS LE FILM:
    • Réflexion personnelle: pistes pour discuter en classe.
      • Quels sont les grands thèmes abordés par le film?
      • Que pensez-vous du style de ce documentaire?
      • Quel personnage, quelle scène vous touche particulièrement? Pourquoi?
      • Notez une citation particulièrement frappante à votre avis.   
      • Quelles sont les trois idées majeures que vous retenez de ce film?  
      • Quelles questions aimeriez vous poser à la réalisatrice?  

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    DEVOIRS POUR JEUDI
      Gisèle Halimi et Marie-Claire Chevalier au procès de Bobigny (1972)

      POUR JEUDI
      • Commencer à apprendre le Vocabulaire du Cours précédent
        • !!! Essayez de mémoriser au moins trois citations tirées du film…
      • Synthétiser le Prélude
      • Synthétisez les documents ci-dessous pour pouvoir répondre de façon précise et détaillée aux questions suivantes:
        • Quels furent les grands moments du combat pour l'avortement?
        • Qu'est-ce que le Manifeste des 343?
        • Qui est Gisèle Halimi? 
        • Qu'est-ce que le Procès de Bobigny?
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      PRÉLUDE

      Simone de Beauvoir au travail

      Il est peu de sujets sur lesquels la société bourgeoise déploie plus d'hypocrisie: l'avortement est un crime répugnant auquel il est indécent de faire allusion. Qu'un écrivain décrive les joies et les souffrances d'une accouchée, c'est parfait. Qu'il parle d'une avortée, on l'accuse de se vautrer dans l'ordure et de décrire l'humanité sous un jour abject; or il y a en France chaque année autant d'avortements que de naissances. (Simone de Beauvoir, Le Deuxième Sexe, 1949)

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      LE LONG COMBAT POUR L'AVORTEMENT

      Un siècle de revendications autour de la contraception et de l'avortement
      (Journal Télévisé Antenne 2, le 23 octobre 1982 )
      (Sylvie Marion — Olga Baidar-Poliakof)

      Rétrospective sur la lutte des femmes pour obtenir le droit à l'avortement. Archives et banc titres rappellent les grands moments de ce combat (Images d'archive INA Institut National de l'Audiovisuel)
      • Exercice: regarder attentivement la vidéo et SYNTHÉTISER par écrit les grands moments du combat pour le droit à l'avortement.
        • Merci de TAPER  et d'IMPRIMER ce document, que je ramasserai.
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      GROS PLAN:  
      LE MANIFESTE DES 343
      (1971)

      Le Nouvel Observateur, 5 avril 1971 
      • Le manifeste des 343, est une pétition française parue le 5 avril 1971 dans le no 334 du magazine Le Nouvel Observateur. 
      • C'est, selon le titre paru en une du magazine, « la liste des 343 Françaises qui ont le courage de signer le manifeste “Je me suis fait avorter” », s'exposant ainsi à l'époque à des poursuites pénales pouvant aller jusqu'à l'emprisonnement, car l'avortement en France était illégal à l'époque. 
        • NB: La loi du 27 mars 1923 ne définissait plus l'avortement comme un crime mais comme un délit : quiconque aurait provoqué l’avortement d’une femme serait puni d’un à cinq ans de prison et d’une amende de 500 à 10 000 Francs. La femme avortée était passible, quant à elle, de six mois à deux ans de prison.
        • L'objectif de cette loi était de repeupler la France après les millions de morts de la Première Guerre Mondiale (1814-1918)
      • C'est un appel pour la dépénalisation et la légalisation de l'interruption volontaire de grossesse qui ouvre la voie à l'adoption de la loi Veil.
      • Le manifeste, rédigé par Simone de Beauvoir, commence par ces phrases :
        • « Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées, alors que cette opération, pratiquée sous contrôle médical, est des plus simples. On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l'une d'elles. Je déclare avoir avorté. De même que nous réclamons le libre accès aux moyens anticonceptionnels, nous réclamons l'avortement libre. »
        • Suivent les 343 signatures de célébrités
      Charlie Hebdo, 12 Avril 1971
      • La semaine suivant la parution du manifeste, l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo a fait sa une du 12 avril 1971 avec la question « Qui a engrossé les 343 salopes du manifeste sur l'avortement ? », et une caricature de Michel Debré (alors Premier Ministre) qui répond : « C'était pour la France ! », valant à cette pétition d'être appelée familièrement le « manifeste des 343 salopes », un titre qui n'est pas celui des signataires. 
        • Pour Maud Gelly, médecin hospitalier: « Que cette caricature, visant à ridiculiser un homme politique, ait au contraire laissé à la postérité une insulte machiste pour qualifier ces femmes, est assez significatif de l'anti-féminisme qui préside parfois à la réécriture de l'histoire de la lutte des femmes. » 
      • Le Manifeste des 343 est un exemple notable de désobéissance civile en France. Aucune des signataires n'est poursuivie. 
      • Il a inspiré en 1973 un manifeste de 331 médecins se déclarant pour la liberté de l'avortement.
      • Il a surtout contribué, avec le procès de Bobigny et la création et la mobilisation du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception, à l'adoption, en décembre 1974-janvier 1975, de la loi Veil qui dépénalisait l'interruption volontaire de grossesse (IVG) lors des dix premières semaines de grossesse, ce qui correspond à douze semaines d'aménorrhée, un délai porté depuis à 14 semaines d'aménorrhée, via la réforme de la loi de 1975 par Martine Aubry en 2001.
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      GROS PLAN: 
      GISÈLE HALIMI

      • Gisèle Halimi est née Zeiza Gisèle Élise Taïeb en 1927 en Tunisie dans une famille pauvre et traditionaliste. 
      • Elle est avocate, écrivaine, militante féministe et politique, à la double nationalité, française et tunisienne.
      • Dès son plus jeune âge en Tunisie, 12 ans plus précisément, Gisèle se rebelle contre sa famille et fait une grève de la faim durant plusieurs jours car elle refuse d’être la servante de ses frères, rôle que lui impose son éducation de “fille”.
      • Elle comprend très vite que le savoir et les études seront ses seules armes pour échapper à l’asservissement. Elle devient avocate pour lutter contre les injustices, se battra et se bat toujours pour changer les lois et faire évoluer les mentalités.
      • En 1949, elle entre au barreau de Tunis et en 1956 elle poursuit sa carrière à Paris.
      • En 1960, Gisèle Halimi plaide la cause de Djamila Boupacha, partisanne du Front de Libération National Algérien. 
        • Cette jeune femme de 22 ans, accusée d’avoir déposé une bombe à Alger est torturée, violée et emprisonnée par les militaires français. Son procès aura lieu en France Métropolitaine fin juin 1961. Elle sera amnistiée en 1962.
      • Gisèle Halimi est signataire en 1971 du “Manifeste des 343” parmi 343 femmes qui déclarent avoir avorté et réclament le libre accès aux moyens anticonceptionnels et à l’avortement libre.
      • Aux côtés de Simone de Beauvoir, elle fonde en 1971 le mouvement féministe “Choisir la cause des femmes” et milite en faveur de la dépénalisation de l’avortement.
      • En 1972, Gisèle Halimi défend l’adolescente Marie-Claire Chevalier au procès de Bobigny. Cette gamine de 16 ans, violée par un garçon de son lycée se fait avorter. Un procès politique s’ensuivra et contribuera grandement à la loi Veil de 1975 sur l’interruption volontaire de grossesse.
      • Gisèle Halimi est décédée le 28 juillet 2020
      • Source: http://mediamateur.fr/coup-doeil-sur-une-femme-dexception-gisele-halimi/
      Portrait de Gisèle Halimi (Brut, 2018)

      GROS PLAN: 
      LE PROCÈS DE BOBIGNY


      • le 8 novembre 1972, s'achevait à Bobigny un célèbre procès mené par l'avocate Gisèle Halimi et qui allait servir de prémices à la loi Veil de 1975 autorisant l'interruption volontaire de grossesse.
      • Une jeune fille, Marie-Claire Chevalier, avait avorté suite à un viol. Sa mère, Michèle Chevalier, l'avait aidée dans sa démarche malgré la législation en vigueur qui réprimait pénalement l'interruption volontaire de grossesse.
      • Dénoncée par l'auteur même de ce viol, la jeune Marie-Claire est alors « inculpée » pour avoir fait pratiquer un avortement illégal selon l'article 317 du code pénal. Sa mère et deux de ses collègues sont inculpées pour complicité, une quatrième est inculpée pour avoir effectué l'acte illégal.
      • Michèle Chevalier découvre alors le récit d'une jeune avocate au barreau de Paris, Gisèle Halimi, qui raconte dans son livre "Djamila Boupacha" l'histoire d'une femme torturée puis violée par des soldats français pendant la guerre d'Algérie. Contactée, Gisèle Halimi lui répond; "Je vous défendrai. Mais ça va être difficile. Il vous faudra du courage et de la détermination..."
      • L'avocate prendra le pari avec l’accord de ses clientes de transformer ce "fait divers" en véritable procès politique en faveur de la légalisation de l'avortement ; avec l'aide de son amie Simone de Beauvoir, elles écrivent à quatre mains le célèbre « Manifeste des 343 » du nombre des femmes signataires affirmant publiquement avoir déjà avorté malgré la loi du 31 juillet 1920 pénalisant cet acte.
      • L'audience se tient à huis clos. A l'extérieur, les associations "Mouvement de Libération Féminine" et "Choisir" hurlent leur colère : « L'Angleterre pour les riches, la prison pour les pauvres ! ». La société était en effet coupée en deux sur ce sujet : lorsque les femmes issues de milieux aisés pouvaient se faire avorter dans des pays européens limitrophes, les femmes issues de milieux modestes devaient se résoudre à la clandestinité.
      • Dès lors, l'écho du procès de Bobigny de 1972 allait résonner jusque dans les arcanes de l'Assemblée Nationale où l'interruption volontaire de grossesse, après le long et âpre combat de Simone Veil, fut finalement dépénalisée le 17 janvier 1975.

      Le procès de Bobigny: un procès politique


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      POUR ALLER PLUS LOIN:
      • Écouter attentivement l'émission de radio "L’Histoire en direct : Novembre 1974, l’avortement en question", par Patrice Gélinet
        • Méthode: essayez de prendre des notes pendant votre écoute et tentez de distinguer les grands moments du combat pour la légalisation de l'avortement.
      ÉCOUTER l'émission sur Google Drive ICI


      L’Histoire en direct : Novembre 1974, l’avortement en question, par Patrice Gélinet (première diffusion le 04 janvier 1988)
       
      Le 26 novembre 1974, dans le discours qu'elle prononça à l'Assemblée Nationale pour défendre la loi visant à dépénaliser l'avortement, Simone Veil citait Montesquieu : « La nature des lois humaines est d’être soumise à tous les accidents qui arrivent et de varier à mesure que les volontés des hommes changent. ». Qu'il fut âpre, pourtant, le combat qui conduisit au vote de cette loi. En 1988, Patrice Gélinet lui consacrait un volet de son émission « L'histoire en direct », et recueillait les témoignages de Lucien Neuwirth, auteur de la loi de 1967 sur la contraception ; de Gisèle Halimi, avocate et fondatrice de l’association Choisir ; de Simone Veil, Ministre de la Santé en 1974 ; de Jean Foyer, son prédécesseur à ce poste, mais également de Geneviève Poullot, co-fondatrice de l’association « Laissez-les vivre ». Il donnait ainsi à entendre le « climat de passion », pour reprendre l’expression de Simone Veil, qui fut celui de ce mois de novembre 1974, si décisif dans l'histoire du droit des femmes en France.

      Par Patrice Gélinet - Avec Lucien Neuwirth, Geneviève Poullot, Gisèle Halimi, Jean Foyer et Simone Veil - Réalisation Christine Bernard-Sugy

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      ÉCOUTER la chanson d'Anne Sylvestre 
      "Non, tu n'as pas de nom" (1974)


      Paroles

      Non non tu n'as pas de nom
      Non tu n'as pas d'existence
      Tu n'es que ce qu'on en pense
      Non non tu n'as pas de nom
      Oh non tu n'es pas un être
      Tu le deviendras peut-être
      Si je te donnais asile
      Si c'était moins difficile
      S'il me suffisait d'attendre
      De voir mon ventre se tendre
      Si ce n'était pas un piège
      Ou quel douteux sortilège

      Non non tu n'as pas de nom...

      Savent-ils que ça transforme
      L'esprit autant que la forme
      Qu'on te porte dans la tête
      Que jamais ça ne s'arrête
      Tu ne seras pas mon centre
      Pensent-ils qu'on en dispose
      Quand je suis tant d'autres choses

      Non non tu n'as pas de nom...

      Déjà tu me mobilises
      Je sens que je m'amenuise
      Et d'instinct je te résiste
      Depuis si longtemps j'existe
      Depuis si longtemps je t'aime
      Mais je te veux sans problème
      Aujourd'hui je te refuse
      Qui sont-ils ceux qui m'accusent

      Non non tu n'as pas de nom...

      A supposer que tu vives
      Tu n'es rien sans ta captive
      Mais as-tu plus d'importance
      Plus de poids qu'une semence
      Oh ce n'est pas une fête
      C'est plutôt une défaite
      Mais c'est la mienne et j'estime
      Qu'il y a bien deux victimes

      Non non tu n'as pas de nom...

      Ils en ont bien de la chance
      Ceux qui croient que ça se pense
      Ça se hurle ça se souffre
      C'est la mort et c'est le gouffre
      C'est la solitude blanche
      C'est la chute l'avalanche
      C'est le désert qui s'égrène
      Larme à larme peine à peine

      Non non tu n'as pas de nom...

      Quiconque se mettra entre
      Mon existence et mon ventre
      N'aura que mépris ou haine
      Me mettra au rang des chiennes
      C'est une bataille lasse
      Qui me laissera des traces
      Mais de traces je suis faite
      Et de coups et de défaites

      Non non tu n'as pas de nom
      Non tu n'as pas d'existence
      Tu n'es que ce qu'on en pense
      Non non tu n'as pas de nom

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      DEVOIRS POUR VENDREDI

       Simone Veil

      POUR VENDREDI
      • Apprendre PAR COEUR le vocabulaire des cours précédents
        • disponible dans la partie VOCABULAIRE du blog!
        • + (si besoin) travailler la conjugaison des verbes avoir et être dans la partie CONJUGAISON
          • QUIZ écrit n°4 en début de semaine prochaine…
      • Reformulez la citation de Simone Veil (Prélude) en termes simples.
      • Synthèse: qui est Simone Veil?
      • Exercice:  
            • Merci de TAPER  et d'IMPRIMER ce document, que je ramasserai.
      • Pour les PRÉSENTATIONS:
        • Réfléchissez aux personnes avec qui vous aimeriez travailler pour les présentations 
        • Méditez sur les sujets suivants, et demandez-vous lequel vous aimeriez explorer avant de le présenter en classe:
          • Le numérique: ami ou ennemi?
          • Être végétarien: pourquoi, ou pourquoi pas?
          • L'écriture inclusive, bonne ou mauvaise idée?
          • Le rap hardcore: catharsis salutaire ou danger public? (Faut-il censurer la violence dans le rap?)
          • ou imaginez le sujet que vous souhaiteriez proposer à la classe!
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      PRÉLUDE


      Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme – je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. (Simone Veil)

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      SIMONE VEIL
      (1927-2017)

      • Femme exceptionnelle, Simone Veil a sans conteste marqué l’histoire de France: icône de la lutte pour les droits des femmes, survivante de la Shoah, inlassable défenseure de l'idéal européen, Simone Veil reste par son parcours personnel et professionnel comme un exemple de courage et de dignité. 
      • Ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard D’Estaing, elle restera dans les mémoires comme celle qui a fait passer la loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en 1974, imperturbable, sous les huées de ses collègues de la majorité. 
      • Première présidente du Parlement européen, membre du Conseil constitutionnel puis de l'Académie française, rescapée des camps de la mort, elle était une conscience morale, symbole de la lutte contre l’antisémitisme, le sexisme et le racisme. 
      • En 2018, elle a été la cinquième femme de l'histoire à entrer au Panthéon.  
      Simone Veil, une femme française: portrait
      (C dans l'air, juin 2017)
       TRANSCRIPTION:

      Journaliste: 1974, Simone Veil, tailleur et chignon strict, devient l'incarnation du combat pour la liberté des femmes. Devant une Assemblée Nationale constituée à 95% d'hommes, c'est comme Ministre de la Santé, mais aussi en tant que femme, qu'elle défend la dépénalisation de l'avortement.
      Simone Veil: Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme – je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame.
       Journaliste: C'est Valéry Giscard d'Estaing, alors Président de la République, qui la nomme Ministre de la Santé pour porter ce projet. Le choix n'est pas anodin: Simone Veil est de centre-droit, déterminée, mais aussi une mère. Elle le sait: le combat parlementaire deviendra personnel. L'icône devra donner d'elle-même.
      Journaliste archive: Vous êtes vous-même une mère de famille. Votre famille est unie, est-ce que vous n'êtes pas un peu gênée d'avoir à défendre un tel projet?
      Simone Veil: J'espère que mes enfants, s'ils attendent… si leurs femmes attendent des enfants, pourront les mettre au monde sans que ça leur pose de problème, qu'ils planifieront leurs naissances à l'avance, qu'ils ne se trouveront pas dans une telle situation, mais je pense que personne ne peut être juge des situations dans lesquelles peuvent se trouver aussi bien des jeunes que de moins jeunes, et que dans le cas où vraiment une jeune femme est en difficulté, il faut que la loi l'aide, et non pas qu'elle reste dans la situation d'isolement, de solitude et d'angoisse dans laquelle elle se trouve actuellement.
      Journaliste: Un an plus tard, la loi est votée. Elle portera son nom. Mais l'hostilité d'une partie de la droite conservatrice et de l'extrême droite continuera de la poursuivre des années plus tard. Alors candidate aux élections européennes, ses meetings sont régulièrement perturbés par des militants anti-avortement à qui elle n'hésite pas à répondre.
      Simone Veil: Vous avez des pancartes que j'ai eu le temps de lire sur lesquelles il y avait: "Veil, Hitler, même combat". Alors là je ne peux pas ne pas répondre, et je dirai à ceux qui supportaient ces pancartes, même s'ils sont sortis mais je souhaite qu'ils m'entendent: c'est que ce sont eux qui sont des nazis, et que j'en ai la preuve par le courrier qu'ils m'adressent.
      Journaliste: Être comparée à Hitler, l'ultime insulte pour celle qui fut déportée à Auschwitz Birkenau à seize ans.  Ses parents et son frère n'en reviendront pas. Cinquante ans après, c'est avec une émotion non contenue que Simone Veil revient là ou on lui tatoua le matricule 78651 sur le bras.
      Journaliste archive: Vous avez quitté Birkenau, mais est-ce que Birkenau vous a quittée un seul moment dans votre vie?
      Simone Veil: Non, je ne crois pas.
      Journaliste: Simone Veil, survivante à seulement dix-huit ans. De cette tragédie, elle forgera la combativité d'une vie.
      Simone Veil: Ceux qui étaient rentrés, c'est parce qu'ils avaient une énergie fantastique et un amour de la vie, une force de… une vitalité, une force de combat. Et en même temps, tous ceux qui sont rentrés, j'ai dit qu'on avait beaucoup de mal à vivre, que chaque jour était un fardeau et que surtout on se sentait étrangers, on se sentait euh… totalement dans un monde où nous n'avions presque plus de communication, mais pour tous, je crois, la nécessité d'être très occupés.
      Journaliste: Occupée à faire évoluer la société. En 1979, elle devient la première femme Présidente du Parlement Européen.
      Voix off: Madame Veil: 192 voix!
      Journaliste: D'un hémicycle à l'autre, en tant que Députée Européenne, ou à nouveau Ministre de la Santé du gouvernement Balladur. Au fil des décennies, Simone Veil fait entendre sa voix, quitte à parler plus fort que les autres.
      Simone Veil: Qu'est-ce que vous avez fait? Franchement? Rien! Rien! Rien du tout!
      Journaliste: Son élégance sur le fond comme sur la forme mettait tout le monde d'accord, hors des clivages partisans et même hors de son monde, la politique. En 2008, elle est élue membre de l'Académie Française.
      Jean d'Ormesson: Comme l'immense majorité des Français, nous vous aimons, Madame!
      Journaliste: Comme tous les académiciens, elle porte le titre d'"Immortelle". Immortelle aussi dans le coeur des français: beaucoup espèrent qu'elle fasse son entrée au Panthéon.


      Vocabulaire
      • Un chignon: (hair) bun
      • Une incarnation: embodiment
      • Ministre de la Santé: Public Health Minister
      • la dépénalisation: decriminalization
      • Anodin: insignificant
      • Donner de soi-même: to implicate oneself heart and soul
      • mettre (avoir mis) au monde: to bring into the world
      • une pancarte: sign, banner
      • "je ne peux pas ne pas répondre": I have no choice but to answer
      • Le courrier: mail
      • Un.e survivant.e: survivor
      • La combativité: fighting spirit
      • être combatif/-ve: to have a fighting spirit
      • Un hémicycle: semi-circle, amphitheater
        • cf; l'hémicycle (de l'Assemblée nationale) : the benches of the French National Assembly≈ the benches of the Commons Brit ou House of Representatives US

      *

      CONTEXTE: 
      SIMONE VEIL EXPLIQUE LE PROJET DE LOI SUR L'IVG


      CONTEXTE: Simone Veil explique la loi sur l'IVG

      13 novembre 1974 Le Conseil des ministres a adopté ce matin le projet de loi relatif à l'interruption volontaire de grossesse présenté par le ministre de la Santé, Simone VEIL. Ce projet, visant à libéraliser la législation de 1920 et 1923 sur l'avortement, prévoit notamment d'autoriser l'interruption de grossesse avant la dixième semaine, et sera examiné par les députés les 26 et 27 novembre. Images d'archive INA
      Exercice: synthétiser le projet de loi et les principaux arguments de Simone Veil

      *

      Simone Veil, 
      Discours devant l'Assemblée Nationale,
      le 26 novembre 1974

      Le 26 novembre 1974, devant l'Assemblée nationale, celle qui est alors ministre de la Santé présente son projet de loi légalisant l'interruption volontaire de grossesse. En voici l'intégralité. 

       

      AVANT DE COMMENCER: 
      REVOIR LA MÉTHODOLOGIE DU "DISCOURS SUR UN DISCOURS" ICI

      Vous pouvez écouter l'intégralité de ce discours dans le dossier Dropbox du cours (+ plusieurs émissions de radio sur l'IVG) dans le dossier Google Drive du cours ICI

      "Monsieur le président, mesdames, messieurs,

      Si j'interviens aujourd'hui à cette tribune, ministre de la Santé, femme et non parlementaire, pour proposer aux élus de la nation une profonde modification de la législation sur l'avortement, croyez bien que c'est avec un profond sentiment d'humilité devant la difficulté du problème, comme devant l'ampleur des résonances qu'il suscite au plus intime de chacun des Français et des Françaises, et en pleine conscience de la gravité des responsabilités que nous allons assumer ensemble.

      Mais c'est aussi avec la plus grande conviction que je défendrai un projet longuement réfléchi et délibéré par l'ensemble du gouvernement, un projet qui, selon les termes mêmes du président de la République, a pour objet de 'mettre fin à une situation de désordre et d'injustice et d'apporter une solution mesurée et humaine à un des problèmes les plus difficiles de notre temps'.

      Si le gouvernement peut aujourd'hui vous présenter un tel projet, c'est grâce à tous ceux d'entre vous – et ils sont nombreux et de tous horizons – qui, depuis plusieurs années, se sont efforcés de proposer une nouvelle législation, mieux adaptée au consensus social et à la situation de fait que connaît notre pays.

      C'est aussi parce que le gouvernement de M. Messmer avait pris la responsabilité de vous soumettre un projet novateur et courageux. Chacun d'entre nous garde en mémoire la très remarquable et émouvante présentation qu'en avait faite M. Jean Taittinger.

      C'est enfin parce que, au sein d'une commission spéciale présidée par M. Berger, nombreux sont les députés qui ont entendu, pendant de longues heures, les représentants de toutes les familles d'esprit, ainsi que les principales personnalités compétentes en la matière.
      Pourquoi donc ne pas continuer
      à fermer les yeux ?

      Pourtant, d'aucuns s'interrogent encore : une nouvelle loi est-elle vraiment nécessaire ? Pour quelques-uns, les choses sont simples : il existe une loi répressive, il n'y a qu'à l'appliquer. D'autres se demandent pourquoi le Parlement devrait trancher maintenant ces problèmes : nul n'ignore que depuis l'origine, et particulièrement depuis le début du siècle, la loi a toujours été rigoureuse, mais qu'elle n'a été que peu appliquée.

      En quoi les choses ont-elles donc changé, qui oblige à intervenir ? Pourquoi ne pas maintenir le principe et continuer à ne l'appliquer qu'à titre exceptionnel ? Pourquoi consacrer une pratique délictueuse et, ainsi, risquer de l'encourager ? Pourquoi légiférer et couvrir ainsi le laxisme de notre société, favoriser les égoïsmes individuels au lieu de faire revivre une morale de civisme et de rigueur ? Pourquoi risquer d'aggraver un mouvement de dénatalité dangereusement amorcé au lieu de promouvoir une politique familiale généreuse et constructive qui permette à toutes les mères de mettre au monde et d'élever les enfants qu'elles ont conçus ?
      Parce que tout nous montre que la question ne se pose pas en ces termes. Croyez-vous que ce gouvernement, et celui qui l'a précédé se seraient résolus à élaborer un texte et à vous le proposer s'ils avaient pensé qu'une autre solution était encore possible ?

      Nous sommes arrivés à un point où, en ce domaine, les pouvoirs publics ne peuvent plus éluder leurs responsabilités. Tout le démontre : les études et les travaux menés depuis plusieurs années, les auditions de votre commission, l'expérience des autres pays européens. Et la plupart d'entre vous le sentent, qui savent qu'on ne peut empêcher les avortements clandestins et qu'on ne peut non plus appliquer la loi pénale à toutes les femmes qui seraient passibles de ses rigueurs.

      Pourquoi donc ne pas continuer à fermer les yeux ? Parce que la situation actuelle est mauvaise. Je dirai même qu'elle est déplorable et dramatique.
      Elle est mauvaise parce que la loi est ouvertement bafouée, pire même, ridiculisée. Lorsque l'écart entre les infractions commises et celles qui sont poursuivies est tel qu'il n'y a plus à proprement parler de répression, c'est le respect des citoyens pour la loi, et donc l'autorité de l'Etat, qui sont mis en cause.

      Lorsque les médecins, dans leurs cabinets, enfreignent la loi et le font connaître publiquement, lorsque les parquets, avant de poursuivre, sont invités à en référer dans chaque cas au ministère de la Justice, lorsque des services sociaux d'organismes publics fournissent à des femmes en détresse les renseignements susceptibles de faciliter une interruption de grossesse, lorsque, aux mêmes fins, sont organisés ouvertement et même par charter des voyages à l'étranger, alors je dis que nous sommes dans une situation de désordre et d'anarchie qui ne peut plus continuer.
      Mais ? me direz-vous, pourquoi avoir laissé la situation se dégrader ainsi et pourquoi la tolérer ? Pourquoi ne pas faire respecter la loi ?

      Parce que si des médecins, si des personnels sociaux, si même un certain nombre de citoyens participent à ces actions illégales, c'est bien qu'ils s'y sentent contraints ; en opposition parfois avec leurs convictions personnelles, ils se trouvent confrontés à des situations de fait qu'ils ne peuvent méconnaître. Parce qu'en face d'une femme décidée à interrompre sa grossesse, ils savent qu'en refusant leur conseil et leur soutien ils la rejettent dans la solitude et l'angoisse d'un acte perpétré dans les pires conditions, qui risque de la laisser mutilée à jamais. Ils savent que la même femme, si elle a de l'argent, si elle sait s'informer, se rendra dans un pays voisin ou même en France dans certaines cliniques et pourra, sans encourir aucun risque ni aucune pénalité, mettre fin à sa grossesse. Et ces femmes, ce ne sont pas nécessairement les plus immorales ou les plus inconscientes. Elles sont 300.000 chaque année. Ce sont celles que nous côtoyons chaque jour et dont nous ignorons la plupart du temps la détresse et les drames.


      Une conviction de femme

      C'est à ce désordre qu'il faut mettre fin. C'est cette injustice qu'il convient de faire cesser. Je le dis avec toute ma conviction: l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ?

      Je voudrais tout d’abord vous faire partager une conviction de femme – je m’excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d’hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. C’est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme. Nous pensons ainsi répondre au désir conscient ou inconscient de toutes les femmes qu se trouvent dans cette situation d’angoisse, si bien décrite et analysée par certaines des personnalités que votre commission spéciale a entendues au cours de l’automne 1973. Actuellement, celles qui se trouvent dans cette situation ce détresse, qui s’en préoccupe ? La loi les rejette non seulement dans l’opprobre, la honte et la solitude, mais aussi dans l’anonymat et l’angoisse des poursuites. Contraintes de cacher leur état, trop souvent elles ne trouvent personne pour les écouter, les éclairer et leur apporter un appui et une protection.

      Parmi ceux qui combattent aujourd’hui une éventuelle modification de la loi répressive, combien sont-ils ceux qui se sont préoccupés d’aider ces femmes dans leur détresse ? Combien sont-ils ceux qui au-delà de ce qu’ils jugent comme une faute, ont su manifester aux jeunes mères célibataires la compréhension et l’appui moral dont elles avaient grand besoin ?

      Je sais qu’il en existe et je me garderai de généraliser. Je n’ignore pas l’action de ceux qui, profondément conscients de leurs responsabilités, font tout ce qui est à leur portée pour permettre à ces femmes d’assumer leur maternité. Nous aiderons leur entreprise ; nous ferons appel à eux pour nous aider à assurer les consultations sociales prévues par la loi. Mais la sollicitude et l’aide, lorsqu’elles existent, ne suffisent pas toujours à dissuader. Certes, les difficultés auxquelles sont confrontées les femmes sont parfois moins grave qu’elles ne les perçoivent. Certaines peuvent être dédramatisées et surmontées ; mais d’autres demeurent qui font que certaines femmes se sentent acculées à une situation sans autre issue que le suicide, la ruine de leur équilibre familial ou le malheur de leurs enfants. C’est là, hélas !, la plus fréquente des réalités, bien davantage que l’avortement dit "de convenance". S’il n’en était pas ainsi, croyez-vous que tous les pays, les uns après les autres, auraient été conduits à réformer leur législation en la matière et à admettre que ce qui était hier sévèrement réprimé soit désormais légal ?

      Ainsi, conscient d’une situation intolérable pour l’Etat et injuste aux yeux de la plupart, le gouvernement a renoncé à la voie de la facilité, celle qui aurait consisté à ne pas intervenir. C’eût été cela le laxisme. Assumant ses responsabilités, il vous soumet un projet de loi propre à apporter à ce problème une solution à la fois réaliste, humaine et juste. Certains penseront sans doute qu notre seule préoccupation a été l’intérêt de la femme, que c’est un texte qui a été élaboré dans cette seule perspective. Il n’y est guère question ni de la société ou plutôt de la nation, ni du père de l’enfant à naître et moins encore de cet enfant. Je me garde bien de croire qu’il s’agit d’une affaire individuelle ne concernant que la femme et que la nation n’est pas en cause. Ce problème la concerne au premier chef, mais sous des angles différents et qui ne requièrent pas nécessairement les mêmes solutions.

      L’intérêt de la nation, c’est assurément que la France soit jeune, que sa population soit en pleine croissance. Un tel projet, adopté après une loi libéralisant la contraception, ne risque-t-il pas d’entraîner une chute importante de notre taux de natalité qui amorce déjà une baisse inquiétante ? Ce n’est là ni un fait nouveau, ni une évolution propre à la France : un mouvement de baisse assez régulier des taux de natalité et de fécondité est apparu depuis 1965 dans tous les pays européens, quelle que soit leur législation en matière d’avortement ou même de contraception. Il serait hasardeux de chercher des causes simples à un phénomène aussi général. Aucune explication ne peut y être apportée au niveau national. Il s’agit d’un fait de civilisation révélateur de l’époque que nous vivons et qui obéit à des règles complexes que d’ailleurs nous connaissons mal. Les observations faites dans de nombreux pays étrangers par les démographes ne permettent pas d’affirmer qu’il existe une corrélation démontrée entre une modification de la législation de l’avortement et l’évolution des taux de natalité et surtout de fécondité. Il est vrai que l’exemple de la Roumanie semble démentir cette constatation, puisque la décision prise par le gouvernement de ce pays, à la fin de l’année 1966, de revenir sur des dispositions non répressives adoptées dix ans plus tôt a été suivie d’une forte explosion de natalité. Cependant, ce qu’on omet de dire, c’est qu’une baisse non moins spectaculaire s’est produite ensuite et il est essentiel de remarquer que dans ce pays, où n’existait aucune forme de contraception moderne, l’avortement a été le mode principal de limitation des naissances.

      L’intervention brutale d’une législation restrictive explique bien dans ce contexte un phénomène qui est demeuré exceptionnel et passager. Tout laisse à penser que l’adoption du projet de loi n’aura que peu d’effets sur le niveau de fatalité en France, les avortements légaux remplaçant en fait les avortements clandestins, une fois passée une période d’éventuelles oscillations à court terme. Il n’en reste pas moins que la baisse de notre natalité, si elle est indépendante de l’état de la législation sur l’avortement, est un phénomène inquiétant, à l’égard duquel les pouvoirs publics ont l’impérieux devoir de réagir.
      Un acte d’une nature particulière

      Une des premières réunions du conseil de planification que présidera le président de la République va être consacrée à un examen d’ensemble des problèmes de la démographie française et des moyens de mettre un frein à une évolution inquiétante pour l’avenir du pays. Quant à la politique familiale, le gouvernement a estimé qu’il s’agissait d’un problème distinct de celui de la législation sur l’avortement et qu’il n’y avait pas lieu de lier ces deux problèmes dans la discussion législative.

      Cela ne signifie pas qu’il n’y attache pas une extrême importance. Dès vendredi, l’Assemblée aura à délibérer d’un projet de loi tendant à améliorer très sensiblement les allocations servies en matière des frais de garde et les allocations dites d’orphelin, qui sont notamment destinées aux enfants des mères célibataires. Ce projet réformera, en outre, le régime de l’allocation maternité et les conditions d’attribution des prêts aux jeunes ménages.

      En ce qui me concerne, je m’apprête à proposer à l’Assemblée divers projets. L’un d’entre eux tend à favoriser l’action des travailleuses familiales en prévoyant leur intervention éventuelle au titre de l’aide sociale. Un autre a pour objet d’améliorer les conditions de fonctionnement et de financement des centres maternels, où sont accueillies les jeunes mères en difficulté pendant leur grossesse et les premiers mois de la vie de leur enfant. J’ai l’intention de faire un effort particulier pour la lutte contre la stérilité, par la suppression du ticket modérateur pour toutes les consultations en cette matière. D’autre part, j’ai demandé à l’Inserm de lancer, dès 1975, une action thématique de recherche sur ce problème de la stérilité qui désespère tant de couples. Avec M. le garde des Sceaux, je me prépare à tirer les conclusions du rapport que votre collègue, M. Rivierez, parlementaire en mission, vient de rédiger sur l’adoption.

      Répondant aux vœux de tant de personnes qui souhaitent adopter un enfant, j’ai décidé d’instituer un Conseil supérieur de l’adoption qui sera chargé de soumettre aux pouvoirs publics toutes suggestions utiles sur ce problème. Enfin et surtout, le gouvernement s’est publiquement engagé, par la voix de M. Durafour, à entamer dès les toutes prochaines semaines avec les organisations familiales la négociation d’un contrat de progrès dont le contenu sera arrêté d’un commun accord avec les représentants des familles, sur la base de propositions qui seront soumises au Conseil consultatif de la famille que je préside.

      En réalité, comme le soulignent tous les démographes, ce qui importe, c’est de modifier l’image que se font les Français du nombre idéal d’enfants par couple. Cet objectif est infiniment complexe et la discussion de l’avortement ne saurait se limiter à des mesures financières nécessairement ponctuelles.

      Le second absent dans ce projet pour beaucoup d’entre vous sans doute, c’est le père. La décision de l’interruption de grossesse ne devrait pas, chacun le ressent, être prise par la femme seule, mais aussi par son mari ou son compagnon. Je souhaite, pour ma part, que dans les faits il en soit toujours ainsi et j’approuve la commission de nous avoir proposé une modification en ce sens ; mais, comme elle l’a fort bien compris, il n’est pas possible d’instituer en cette matière une obligation juridique.

      Enfin, le troisième absent, n’est-ce pas cette promesse de vie que porte en elle la femme ? Je me refuse à entrer dans les discussions scientifiques et philosophiques dont les auditions de la commission ont montré qu’elles posaient un problème insoluble. Plus personne ne conteste maintenant que, sur un plan strictement médical, l’embryon porte en lui définitivement toutes les virtualités de l’être humain qu’il deviendra. Mais il n’est encore qu’un devenir, qui aura à surmonter bien des aléas avant de venir à terme, un fragile chaînon de la transmission de la vie. Faut-il rappeler que, selon les études de l’Organisation mondiale de la santé, sur cent conceptions, quarante-cinq s’interrompent d’elles-mêmes au cours des deux premières semaines et que, sur cent grossesses au début de la troisième semaine, un quart n’arrivent pas à terme, du seul fait de phénomènes naturels ?

      La seule certitude sur laquelle nous puissions nous appuyer, c’est le fait qu’une femme ne prend pleine conscience qu’elle porte un être vivant qui sera un jour son enfant que lorsqu’elle ressent en elle les premières manifestations de cette vie. Et c’est, sauf pour les femmes qu’anime une profonde conviction religieuse, ce décalage entre ce qui n’est qu’un devenir pour lequel la femme n’éprouve pas encore de sentiment profond et ce qu’est l’enfant dès l’instant de sa naissance qui explique que certaines, qui repousseraient avec horreur l’éventualité monstrueuse de l’infanticide, se résignent à envisager la perspective de l’avortement. Combien d’entre nous, devant le cas d’un être cher dont l’avenir serait irrémédiablement compromis, n’ont pas eu le sentiment que les principes devaient parfois céder le pas ! Il n’en serait pas de même – c’est évident – si cet acte était véritablement perçu comme un crime analogue aux autres.

      Certains, parmi ceux qui ont les plus opposés au vote de ce projet, acceptent qu’en fait on n’exerce plus de poursuites et s’opposeraient même avec moins de vigueur au vote d’un texte qui se bornerait à prévoir la suspension des poursuites pénales. C’est donc qu’eux-mêmes perçoivent qu’il s’agit là d’un acte d’une nature particulière, ou, en tout cas, d’un acte qui appelle une solution spécifique. L’Assemblée ne m’en voudra pas d’avoir abordé longuement cette question. Vous sentez tous que c’est là un point essentiel, sans doute, le fond même du débat. Il convenait de l’évoquer avant d’en venir à l’examen du contenu du projet.
      Dans la solitude ou dans l’angoisse

      En préparant le projet qu’il vous soumet aujourd’hui, le gouvernement s’est fixé un triple objectif : faire une loi réellement applicable ; faire une loi dissuasive ; faire une loi protectrice. Ce triple objectif explique l’économie du projet. Une loi applicable d’abord. Un examen rigoureux des modalités et des conséquences de la définition de cas dans lesquels serait autorisée l’interruption de grossesse révèle d’insurmontables contradictions. Si ces conditions sont définies en termes précis – par exemple, l’existence de graves menaces pour la santé physique ou mentale de la femme, ou encore, par exemple, les cas de viol ou d’inceste vérifiés par un magistrat –, il est clair que la modification de la législation n’atteindra pas son but quand ces critères seront réellement respectés, puisque la proportion d’interruptions de grossesse pour de tels motifs est faible. Au surplus, l’appréciation de cas éventuels de viol ou d’inceste soulèverait des problèmes de preuve pratiquement insolubles dans un délai adapté à la situation. Si, au contraire, c’est une définition large qui est donnée – par exemple, le risque pour la santé physique ou l’équilibre psychologique ou la difficulté des conditions matérielles ou morales d’existence –, il est clair que les médecins ou les commissions qui seraient chargés de décider si ces conditions sont réunies auraient à prendre leur décision sur la base de critères insuffisamment précis pour être objectifs.

      Dans de tels systèmes, l’autorisation de pratiquer l’interruption de grossesse n’est en pratique donnée qu’en fonction des conceptions personnelles des médecins ou des commissions en matière d’avortement et ce sont les femmes les moins habiles à trouver le médecin le plus compréhensif ou la commission la plus indulgente qui se trouveront encore dans une situation sans issue. Pour éviter cette injustice, l’autorisation est donnée dans bien des pays de façon quasi automatique, ce qui rend une telle procédure inutile, tout en laissant à elles-mêmes un certain nombre de femmes qui ne veulent pas encourir l’humiliation de se présenter devant une instance qu’elles ressentent comme un tribunal.

      Or, si le législateur est appelé à modifier les textes en vigueur, c’est pour mettre fin aux avortements clandestins qui sont le plus souvent le fait de celles qui, pour des raisons sociales, économiques ou psychologiques, se sentent dans une telle situation de détresse qu’elles sont décidées à mettre fin à leur grossesse dans n’importe quelles conditions. C’est pourquoi, renonçant à une formule plus ou moins ambiguë ou plus ou moins vague, le gouvernement a estimé préférable d’affronter la réalité et de reconnaître qu’en définitive la décision ultime ne peut être prise que par la femme.

      Remettre la décision à la femme, n’est-ce pas contradictoire avec l’objectif de dissuasion, le deuxième des trois que s’assigne ce projet ?

      Ce n’est pas un paradoxe que de soutenir qu’une femme sur laquelle pèse l’entière responsabilité de son geste hésitera davantage à l’accomplir que celle qui aurait le sentiment que la décision a été prise à sa place par d’autres.

      Le gouvernement a choisi une solution marquant clairement la responsabilité de la femme parce qu’elle est plus dissuasive au fond qu’une autorisation émanant d’un tiers qui ne serait ou ne deviendrait vite qu’un faux-semblant.

      Ce qu’il faut, c’est que cette responsabilité, la femme ne l’exerce pas dans la solitude ou dans l’angoisse.

      Tout en évitant d’instituer une procédure qui puisse la détourner d’y avoir recours, le projet prévoit donc diverses consultations qui doivent la conduire à mesurer toute la gravité de la décision qu’elle se propose de prendre.

      Le médecin peut jouer ici un rôle capital, d’une part, en informant complètement la femme des risques médicaux de l’interruption de grossesse qui sont maintenant bien connus, et tout spécialement des risques de prématurité de ses enfants futurs, et, d’autre part, en la sensibilisant au problème de la contraception.

      Cette tâche de dissuasion et de conseil revient au corps médical de façon privilégiée et je sais pouvoir compter sur l’expérience et le sens de l’humain des médecins pour qu’ils s’efforcent d’établir au cours de ce colloque singulier le dialogue confiant et attentif que les femmes recherchent, parfois même inconsciemment.
      Je ne suis pas de ceux et de celles
      qui redoutent l’avenir

      Le projet prévoit ensuite une consultation auprès d’un organisme social qui aura pour mission d’écouter la femme, ou le couple lorsqu’il y en a un, de lui laisser exprimer sa détresse, de l’aider à obtenir des aides si cette détresse est financière, de lui faire prendre conscience de la réalité des obstacles qui s’opposent ou semblent s’opposer à l’accueil d’un enfant. Bien des femmes apprendront ainsi à l’occasion de cette consultation qu’elles peuvent accoucher anonymement et gratuitement à l’hôpital et que l’adoption éventuelle de leur enfant peut constituer une solution.

      Il va sans dire que nous souhaitons que ces consultations soient le plus diversifiées possible et que, notamment, les organismes qui se sont spécialisés pour aider les jeunes femmes en difficulté puissent continuer à les accueillir et à leur apporter l’aide qui les incite à renoncer à leur projet. Tous ces entretiens auront naturellement lieu seul à seule, et il est bien évident que l’expérience et la psychologie des personnes appelées à accueillir les femmes en détresse pourront contribuer de façon non négligeable à leur apporter un soutien de nature à les faire changer d’avis. Ce sera, en outre, une nouvelle occasion d’évoquer avec la femme le problème de la contraception et la nécessité, dans l’avenir, d’utiliser des moyens contraceptifs pour ne plus jamais avoir à prendre la décision d’interrompre une grossesse pour les cas où la femme ne désirerait pas avoir d’enfant. Cette information en matière de régulation des naissances – qui est la meilleure des dissuasions à l’avortement – nous paraît si essentielle que nous avons prévu d’en faire une obligation, sous peine de fermeture administrative, à la charge des établissements où se feraient les interruptions de grossesse. Les deux entretiens qu’elle aura eus, ainsi que le délai de réflexion de huit jours qui lui sera imposé, ont paru indispensables pour faire prendre conscience à la femme de ce qu’il ne s’agit pas d’un acte normal ou banal, mais d’une décision grave qui ne peut être prise sans en avoir pesé les conséquences et qu’il convient d’éviter à tout prix. Ce n’est qu’après cette prise de conscience, et dans le cas où la femme n’aurait pas renoncé à sa décision, que l’interruption de grossesse pourrait avoir lieu. Cette intervention ne doit toutefois pas être pratiquée sans de strictes garanties médicales pour la femme elle-même et c’est le troisième objectif du projet de loi : protéger la femme.

      Tout d’abord, l’interruption de grossesse ne peut être que précoce, parce que ses risques physiques et psychiques, qui ne sont jamais nuls, deviennent trop sérieux après la fin de la dixième semaine qui suit la conception pour que l’on permette aux femmes de s’y exposer.

      Ensuite, l’interruption de grossesse ne peut être pratiquée que par un médecin, comme c’est la règle dans tous les pays qui ont modifié leur législation dans ce domaine. Mais il va de soi qu’aucun médecin ou auxiliaire médical ne sera jamais tenu d’y participer.

      Enfin, pour donner plus de sécurité à la femme, l’intervention ne sera permise qu’en milieu hospitalier, public ou privé.

      Il ne faut pas dissimuler que le respect de ces dispositions que le gouvernement juge essentielles, et qui restent sanctionnées par les pénalités prévues à l’article 317 du code pénal maintenues en vigueur à cet égard, implique une sérieuse remise en ordre que le gouvernement entend mener à bien. Il sera mis fin à des pratiques qui ont reçu récemment une fâcheuse publicité et qui ne pourront plus être tolérées dès lors que les femmes auront la possibilité de recourir légalement à des interventions accomplies dans de réelles conditions de sécurité. De même, le gouvernement est décidé à appliquer fermement les dispositions nouvelles qui remplaceront celles de la loi de 1920 en matière de propagande et de publicité. Contrairement à ce qui est dit ici ou là, le projet n’interdit pas de donner des informations sur la loi et sur l’avortement ; il interdit l’incitation à l’avortement par quelque moyen que ce soit car cette incitation reste inadmissible.

      Cette fermeté, le gouvernement la montrera encore en ne permettant pas que l’interruption de grossesse donne lieu à des profits choquants ; les honoraires et les frais d’hospitalisation ne devront pas dépasser des plafonds fixés par décision administrative en vertu de la législation relative aux prix. Dans le même souci, et pour éviter de tomber dans les abus constatés dans certains pays, les étrangères devront justifier de conditions de résidence pour que leur grossesse puisse être interrompue.

      Je voudrais enfin expliquer l’option prise par le gouvernement, qui a été critiquée par certains , sur le non-remboursement de l’interruption de grossesse par la Sécurité sociale.

      Lorsque l’on sait que les soins dentaires, les vaccinations non obligatoires, les verres correcteurs ne sont pas ou sont encore très incomplètement remboursés par la Sécurité sociale, comment faire comprendre que l’interruption de grossesse soit, elle, remboursée ? Si l’on s’en tient aux principes généraux de la Sécurité sociale, l’interruption de grossesse, lorsqu’elle n’est pas thérapeutique, n’a pas à être prise en charge. Faut-il faire exception à ce principe ? Nous ne le pensons pas, car il nous a paru nécessaire de souligner la gravité d’un acte qui doit rester exceptionnel, même s’il entraîne dans certains cas une charge financière pour les femmes. Ce qu’il faut, c’est que l’absence de ressources ne puisse pas empêcher une femme de demander une interruption de grossesse lorsque cela se révèle indispensable ; c’est pourquoi l’aide médicale a été prévue pour les plus démunies. Ce qu’il faut aussi, c’est bien marquer la différence entre la contraception qui, lorsque les femmes ne désirent pas un enfant, doit être encouragée par tous les moyens et dont le remboursement par la Sécurité sociale vient d’être décidé, et l’avortement que la société tolère mais qu’elle ne saurait ni prendre en charge ni encourager.

      Rares sont les femmes qui ne désirent pas d’enfant ; la maternité fait partie de l’accomplissement de leur vie et celles qui n’ont pas connu ce bonheur en souffrent profondément. Si l’enfant une fois né est rarement rejeté et donne à sa mère, avec son premier sourire, les plus grandes joies qu’elle puisse connaître, certaines femmes se sentent incapables, en raison de difficultés très graves qu’elles connaissent à un moment de leur existence, d’apporter à un enfant l’équilibre affectif et la sollicitude qu’elles lui doivent. A ce moment, elles feront tout pour l’éviter ou ne pas le garder. Et personne ne pourra les en empêcher. Mais les mêmes femmes, quelques mois plus tard, leur vie affective ou matérielle s’étant transformée, seront les premières à souhaiter un enfant et deviendront peut-être les mères les plus attentives. C’est pour celles-là que nous voulons mettre fin à l’avortement clandestin, auquel elles ne manqueraient pas de recourir, au risque de rester stériles ou atteintes au plus profond d’elles-mêmes.

      J’en arrive au terme de mon exposé. Volontairement, j’ai préféré m’expliquer sur la philosophie générale du projet plutôt que sur le détail de ses dispositions que nous examinerons à loisir au cours de la discussion des articles.

      Je sais qu’un certain nombre d’entre vous estimeront en conscience qu’ils ne peuvent voter ce texte, pas davantage qu’aucune loi faisant sortir l’avortement de l’interdit et du clandestin. Ceux-là, j’espère les avoir au moins convaincus que ce projet est le fruit d’une réflexion honnête et approfondie sur tous les aspects du problème et que, si le gouvernement a pris la responsabilité de le soumettre au Parlement, ce n’est qu’après en avoir mesuré la portée immédiate aussi bien que les conséquences futures pour la nation Je ne leur donnerai qu’une preuve, c’est qu’usant d’une procédure tout à fait exceptionnelle en matière législative, le gouvernement vous propose d’en limiter l’application à cinq années. Ainsi dans l’hypothèse où il apparaîtrait au cours de ce laps de temps que la loi que vous auriez votée ne serait plus adaptée à l’évolution démographique ou au progrès médical, le Parlement aurait à se prononcer à nouveau dans cinq ans en tenant compte de ces nouvelles données.

      D’autres hésitent encore. Ils sont conscients de la détresse de trop de femmes et souhaitent leur venir en aide ; ils craignent toutefois les effets et les conséquences de la loi. A ceux-ci je veux dire que, si la loi est générale et donc abstraite, elle est faite pour s’appliquer à des situations individuelles souvent angoissantes ; que si elle n’interdit plus, elle ne crée aucun droit à l’avortement et que, comme le disait Montesquieu : 'La nature des lois humaines est d’être soumise à tous les accidents qui arrivent et de varier à mesure que les volontés des hommes changent. Au contraire, la nature des lois de la religion est de ne varier jamais. Les lois humaines statuent sur le bien, la religion sur le meilleur.' C’est bien dans cet esprit que depuis une dizaine d’années, grâce au président de votre commission des Lois, avec lequel j’ai eu l’honneur de collaborer lorsqu’il était garde des Sceaux, a été rajeuni et transformé notre prestigieux code civil. Certains ont craint alors qu’en prenant acte d’une nouvelle image de la famille, on ne contribue à la détériorer. Il n’en a rien été et notre pays peut s’honorer d’une législation civile désormais plus juste, plus humaine, mieux adaptée à la société dans laquelle nous vivons. Je sais que le problème dont nous débattons aujourd’hui concerne des questions infiniment plus graves et qui troublent beaucoup plus la conscience de chacun. Mais en définitive il s’agit aussi d’un problème de société.

      Je voudrais enfin vous dire ceci : au cours de la discussion, je défendrai ce texte, au nom du gouvernement, sans arrière-pensée, et avec toute ma conviction, mais il est vrai que personne ne peut éprouver une satisfaction profonde à défendre un tel texte – le meilleur possible à mon avis – sur un tel sujet : personne n’a jamais contesté, et le ministre de la Santé moins que quiconque, que l’avortement soit un échec quand il n’est pas un drame.

      Mais nous ne pouvons plus fermer les yeux sur les trois cent mille avortements qui, chaque année, mutilent les femmes de ce pays, qui bafouent nos lois et qui humilient ou traumatisent celles qui y ont recours.

      L’histoire nous montre que les grands débats qui ont divisé un moment les Français apparaissent avec le recul du temps comme une étape nécessaire à la formation d’un nouveau consensus social, qui s’inscrit dans la tradition de tolérance et de mesure de notre pays.

      Je ne suis pas de ceux et de celles qui redoutent l’avenir.

      Les jeunes générations nous surprennent parfois en ce qu’elles diffèrent de nous ; nous les avons nous-mêmes élevées de façon différente de celle dont nous l’avons été. Mais cette jeunesse est courageuse, capable d’enthousiasme et de sacrifices comme les autres. Sachons lui faire confiance pour conserver à la vie sa valeur suprême."

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      POUR ALLER PLUS LOIN


      Si la loi sur l'IVG avait été défendue par un homme, les parlementaires auraient-ils fait un tel scandale?

       




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      POUR ALLER PLUS LOIN 

       « Je n'imaginais pas la haine que j'allais susciter » confiait Simone Veil en 2004 dans un livre entretien avec la journaliste Annick Cojean (Les hommes aussi s'en souviennent ed. Stock). Trente ans plus tôt, la ministre de la Santé de Valéry Giscard d’Estaing est chargée de porter la première loi légalisant l’avortement. Devant une Assemblée nationale qui compte, à l’époque, 9 femmes pour 481 hommes, la tache s’apparente à un chemin de croix. « Il y avait tellement d'hypocrisie dans cet hémicycle rempli essentiellement d'hommes, dont certains cherchaient en sous-main des adresses pour faire avorter leur maîtresse ou quelqu'un de leurs proches » se souvient-elle.

      Le combat de Simone Veil pour faire adopter l’IVG

      Il y aura en tout 25 heures de débats durant lesquelles Simone Veil affrontera de nombreuses insultes. Pendant qu'à l'extérieur, des militants anti-avortement égrènent leurs chapelets.  Ce sera trois jours et deux nuits de combat contre des membres de sa propre majorité. Michel Debré, ancien Premier ministre du général de Gaulle, voit dans ce texte « une monstrueuse erreur historique ». Les députés de droite René Feït et Emmanuel Hamel diffusent dans l'hémicycle, à tour de rôle, les battements d'un cœur de fœtus de quelques semaines.
       Le pire reste à venir: Hector Rolland reproche à Simone Veil, rescapée des camps de la mort, « le choix d'un génocide ». Jean-Marie Daillet évoque les embryons « jetés au four crématoire ». Jacques Médecin parle de « barbarie organisée et couverte par la loi comme elle le fut par les nazis ». Simone Veil, elle –même rescapée des camps de la mort, dira plus tard avoir ressenti « un immense mépris ». La nuit du 29 novembre 1974,  la loi est votée par 284 voix contre 189. Les deux tiers des députés de la majorité votent contre le texte, adopté essentiellement grâce aux voix de gauche et centristes.

      « Je crois, toujours, que cela sert à quelque chose de se battre »

      Née en 1927 à Nice de parents juifs non pratiquants, elle est déportée en avril 1944 à Auschwitz-Birkenau, l’année de son baccalauréat. « Nous ne pouvions pas comprendre. Ce qui était en train de se produire à des dizaines de mètres de nous était si inimaginable que notre esprit était incapable de l’admettre » écrit-elle à propos des fours crématoires dans son livre « Une Vie (ed Stock). Ses parents ne survivront pas aux camps de la mort. Simone Veil et ses sœurs Denise et Madeleine seront les seules survivantes de la famille.  De cette tragédie, elle en garde une force morale et un optimisme à toute épreuve. « Je crois, toujours, que cela sert à quelque chose de se battre. Et quoi qu’on dise, l’humanité, aujourd’hui, est plus supportable qu’hier.»

      L’Europe « doit désormais incarner la paix »

      Témoin et victime des ravages de la guerre, Simone Veil veut participer directement à la construction européenne.  «Au cours du XXe siècle, l’Europe a entraîné à deux reprises le monde entier dans la guerre. Elle doit désormais incarner la paix » estime-t-elle. À la demande de Valéry Giscard d’Estaing, elle conduit la liste UDF aux premières élections européennes au suffrage universel. Élue, elle devient présidente du premier Parlement européen mais ne briguera pas un second mandat.
      Elle revient au gouvernement lors de la deuxième cohabitation, nommée ministre des affaires sociales du gouvernement Balladur en 1993 et siège au Conseil Constitutionnel de 1998 à 2007. Soutien de Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de cette même année. Elle aime son aspect combatif qu’elle a découvert lorsqu’ils étaient dans le même gouvernement. Mais Simone Veil ne se départira jamais de sa liberté de ton. Lorsque Nicolas Sarkozy, élu Président, proposera que chaque élève de CM2 se voie confier la mémoire d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah, elle n’hésitera pas à qualifier cette idée d’«insoutenable», d’«inimaginable», et d’«injuste». Peu à peu en retrait de la vie publique, elle rentre à l’Académie Française en 2008. Elle est aussi le premier adhérent de l’UDI crée par Jean-Louis Borloo en 2012. Elle perd son mari, Antoine Veil, un an plus tard qu’elle épousa dès 1946. Ils auront trois fils. Avec son époux, ils formeront un couple fusionnel à tel point qu’à sa mort elle confiera  à son amie Marceline Loridan : « Je suis toute seule maintenant ».
      Ce 30 juin 2017, celle à qui une kapo a dit un jour : « Toi, tu es trop belle pour mourir », s’en est finalement allée.