COURS N°20: DISCRIMINATION POSITIVE

 

 POUR JEUDI

  • Lire attentivement et synthétiser les trois documents proposés en prélude.
  • Synthétiser la leçon sur la discrimination positive en France, et résumer les documents
    • Introduction
    • Vidéo: un jour une question
    • Vidéo France 2: Ce qui fait débat
  • Synthétiser Le programme égalité des chances de Sciences Po
    • Introduction: Qu'est-ce que Sciences Po?
    • Vidéo: Journal de 20 heures, Novembre 2005 
    • Article: "15 ans après"… 
      • Question: Ce programme de discrimination positive est-il un véritable succès? Pourquoi, ou pourquoi pas? 

POUR VENDREDI

  • Synthétiser le prélude sur le "Communautarisme"
  • Regarder attentivement les documents sur le débat autour de la discrimination positive
      • Vidéo d'Emmanuel Macron
      • Regarder attentivement le débat télévisé "Polonium" (30 minutes!)
        • Résumer et analyser le débat en deux temps:
          • 1) de façon chronologique (thèmes abordés, thèses défendues)
          • 2) puis de façon synthétique: questions
            • quelle est la position de chacun.e?
            • quels sont les arguments employés? 
            • merci d'étudier aussi le ton, les postures, l'"ethos" de chaque participant.e
        • Analyse personnelle: questions
          • qui trouvez vous la/le plus convaincant.e? pourquoi?
          • quels sont les arguments les plus efficaces? les moins efficaces? pourquoi?
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PRÉLUDE:
La question des critères

1) En France, le recours à une forme de discrimination positive peut paraître contraire à la conception républicaine de l'égalité qui condamne toute mesure préférentielle et prône le principe méritocratique. L'article premier de la Constitution de 1958 stipule en effet que "La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion." Par conséquent une des difficultés majeures consiste à déterminer les populations visées sans les nommer explicitement afin d'éviter toute entrave à cet article premier.
La France s'est toujours montrée très soucieuse de ne pas faire apparaître les spécificités attachées aux groupes ethniques ou religieux. C'est ainsi que les outils statistiques ne peuvent pas retenir l'appartenance communautaire. Dès lors comment déterminer les groupes qui ont besoin d'un traitement préférentiel ? (Kesslassy, 2004, p. 14) Pour pallier cette difficulté, les politiques de rattrapage prennent prioritairement en compte les caractéristiques socio-économiques ou l'appartenance territoriale de leurs bénéficiaires.
(Nadine Zingraff -Vigouroux. Les politiques d’ouverture sociale des classes préparatoires aux grandes écoles: le cas d’un dispositif expérimental singulier, la C.P.E.S. (Classe Préparatoire aux Études Supérieures). Education. Université de Lorraine, 2017)

2) Si la nécessité de lutter contre les discriminations est globalement bien acceptée par tous les citoyens (ou presque) dès qu'il s'agit de mettre en oeuvre un « traitement préférentiel », réservé à certaines catégories de la population, on se heurte presque toujours à une levée de boucliers (general outcry). Au nom de l'égalité en droit des individus, de la méritocratie républicaine, aussi, il est presque impossible d'aider ceux qui ont (à priori) moins de chance de réussir que les autres. Car comment définir ces populations qui accuseraient un retard ? Faut-il les choisir en fonction de leur sexe, la couleur de leur peau, leurs origines, leur nationalité, leur capacités intellectuelles, leur handicap physique, leur religion? Quels sont les critères qui pourraient permettre de compartimenter ainsi le peuple, au mépris de l'article 1er de la Constitution qui veut que la France soit une République indivisible, laïque et sociale ? Pourtant la réalité nous oblige à voir que derrière cette égalité en droit se cache très souvent une absence d'égalité réelle. […] La France est-elle prête à mettre en oeuvre les politiques d'affirmative action comme on en voit aux Etats-Unis, au Canada, en Afrique du Sud ou en Inde ? Et sur quels critères baser ces mesures ? Faut-il instaurer des quotas - comme l'a fait pour les femmes au moment de la loi sur la parité, comme on le fait aussi pour handicapés dans le monde du travail ? Faut-il inventer au contraire d'autres dispositifs à même de corriger les inégalités dont souffrent les minorités ? Comment alors ne pas tomber dans les travers d'un communautarisme toujours très décrié en France ? Comment ne pas dévaloriser les diplômes et les compétences de ceux qu'on aurait ainsi favorisés?
(France Culture, Du Grain à Moudre, 2007)

3) Les statistiques ethniques interdites en France

Expliquez-nous .... les statistiques ethniques
(Source: France Info)
Transcription:

Les statistiques ethniques sont interdites en France par la loi informatique et liberté qui date de 1978. Le texte interdit de recueillir et de conserver des informations sur les origines raciales ou ethniques des personnes. Et il en est de même pour la religion. Celui qui viole cette loi risque cinq ans de prison et 300.000 euros d’amende.
Cette interdiction s’explique par le risque de discriminations que feraient planer les statistiques ethniques. Et puis, il y a ce principe de l’égalité de traitement qui est au centre du modèle de la République. Chacun doit être récompensé selon son mérite et aidé selon ses besoins, quelle que soit sa race, son origine, sa religion. La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale.
La France a connu de telles statistiques pendant l’occupation, sous le régime de Vichy. Les juifs ont été recensés pour être ensuite arrêtés et envoyés vers les camps de concentration nazis. En France, ce souvenir reste vivace et il explique en partie la défiance vis-à-vis de ce genre de comptage.  
Cela dit, il existe des dérogations à cette interdiction de statistiques ethniques. Elles concernent les chercheurs. La loi leur donne la possibilité au coup par coup de compiler des données sur l’appartenance raciale, ethnique ou religieuse. Pour cela, ils font une demande à la CNIL, la Commission nationale de l’informatique et des libertés, qui étudie chaque enquête. C’est très encadré.
En Europe, environ la moitié des pays recueillent des données sur l’ethnicité lors de leurs statistiques publiques. En Grande-Bretagne, depuis les années 80, on peut recenser des données ethniques, raciales et religieuses.
C'est le même système aux États-Unis. Là-bas, le recensement permet aux Américains de se classer dans une catégorie : Afro-américain, Amérindien, etc... Par exemple, c’est avec ce genre de collecte qu’on a appris cet été que les latino-américains sont maintenant majoritaires dans la population de Californie, le plus grand État du pays.
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LA DISCRIMINATION POSITIVE

Un jour une Question, 2015
  • On appelle discrimination positive une politique, une mesure ou une loi qui a pour objectif de favoriser par un traitement préférentiel une catégorie de personnes qui est sujette habituellement à une discrimination en raison de son origine sociale, ethnique ou religieuse, de son sexe, de son âge, de ses handicaps. 
    • Ainsi, à l'aide d'un dispositif inégalitaire et temporaire, la discrimination positive vise à rétablir une égalité des chances. Elle peut aider des populations très défavorisées, mais ne résout en général pas le problème à l'origine de l'inégalité ou de la discrimination.
  • Cette notion trouve son origine aux Etats-Unis avec l'"affirmative action" mise en place en 1961 pour inciter les employeurs à prendre des mesures positives pour l'emploi et le traitement des employés afro-américains. Sous la pression d'autres minorités, ces mesures ont été étendues à d'autres groupes (homosexuels, Hispaniques, etc.), ainsi qu'aux femmes.
  • En France, la discrimination positive est perçue depuis les années 1990 comme un moyen d'intégration des populations issues de l'immigration. Faisant débat, elle est cependant limitée et n'a pas de caractère ethnique.
  • Exemples de mesures concrètes:
    • 1) la Création des Zones d'éducation prioritaire (ZEP):
      • Dans le système éducatif français, les zones d'éducation prioritaire (ZEP) sont des zones dans lesquelles sont situés des établissements scolaires (écoles ou collèges) dotés de moyens supplémentaires et d'une plus grande autonomie pour faire face à des difficultés d'ordre scolaire et social. 
      • Créées en 1981 par le ministre de l'éducation Alain Savary, les ZEP ont pour objectif de lutter contre l'échec scolaire.
    • 2) La Procédure spéciale d'admission aux grandes écoles pour des élèves issus de ZEP 
      • Depuis l'année scolaire 2000–2001 des conventions ZEP/Grandes écoles permettent à des lycéens issus des cités défavorisées d'intégrer certaines grandes écoles sans avoir à passer le concours commun. 
      • À partir de 2001, l'Institut d'études politiques (IEP) de Paris a été l'un des premiers établissement à mettre en place un programme de discrimination positive en France, les Conventions éducation prioritaire (CEP). Une procédure spéciale d'admission pour des lycéens venant de ZEP a été instaurée ; ils sont dispensés de concours d'entrée et sont recrutés sur dossier et sur entretien. Ils bénéficient ensuite de la formation normale des étudiants de l'IEP, qui leur permet notamment d'occuper des postes de direction en entreprise et au sein de la haute fonction publique. 
    • 4) l'accès des handicapés à l'emploi par la mise en place de quotas.
  • Pour ses détracteurs, la discrimination positive est perçue comme :
    • contraire au principe d'égalité devant la loi et donc inconstitutionnelle,
    • pouvant susciter un sentiment d'injustice de la part d'autres groupes discriminés.
Source: http://www.toupie.org/Dictionnaire/Discrimination_positive.htm
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     France 2, "Ce qui fait débat",  Avril 2017

    "En France aujourd'hui, nous sommes tous égaux en droit, mais en principe, car dans certaines situations, ce n'est pas le cas. Des portes se ferment, notamment pour les personnes issues de la diversité. De ce constat est née l'idée de discrimination positive. Créer des inégalités pour favoriser dans les faits l'égalité et rouvrir les portes…"

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    GROS PLAN: 
    LE PROGRAMME "ÉGALITÉ DES CHANCES" DE SCIENCES PO

    AVANT DE COMMENCER: Qu'est-ce que Sciences Po?
    • Sciences Po est une grande école française, une des plus prestigieuses, dont sont sortis de nombreuses célébrités (Simone Veil, par exemple) Son diplôme est un sésame qui ouvre beaucoup de portes. 
    • Sciences Po à l’origine est l’Ecole Libre des Sciences politiques créée en 1872 par Emile Boutmy, et installée dans le 7ème arrondissement de Paris, rue Saint-Guillaume (entre le Boulevard Saint-Germain et la rue de Grenelle). 
    • En 1945, après la guerre, le général de Gaulle veut, après l’épisode vichyste, recréer l’administration du pays et crée alors l’ENA (l’Ecole Nationale d’Administration). En parallèle, on refonde totalement l’école de Boutmy, en créant d’un côté la Fondation Nationale des Sciences Politiques (FNSP), qui est privée, et l’Institut d’Etudes Politiques de Paris (IEP), un établissement public. En réunissant ces deux entités, on crée Sciences Po, ce qui permet d’avoir droit à des fonds publics, mais de le dépenser comme on veut, et de bénéficier également d’argent privé. C’est de là que vient la grande liberté de l’école.
    • Avant, la scolarité était en 3 ans, et préparait principalement aux concours administratifs, dont celui de l’ENA. Depuis la réforme de la scolarité en 1998, la scolarité est en 5 ans, et le diplôme est devenu un master, qui permet d’entrer directement dans la vie active. Après Sciences Po, vous pouvez faire du droit, de la finance, de l’humanitaire, de la diplomatie, du management, de la communication etc.
    • On entre à Sciences Po par un concours difficile, qui demande du travail, des capacités et de la rigueur:
      • soit après le bac
      • soit à bac +1
      • soit en master à bac +3. 
    • On peut être dispensé de concours 
      • si l’on est détenteur d’une mention Très Bien au bac et que son dossier est retenu par un jury.
      • on peut aussi entrer à bac 0 par la procédure de Convention d’Education Prioritaire (CEP), qui permet à des lycéens de ZEP d’intégrer l’école alors qu’autrement cet accès leur serait quasi-impossible. 
      • On peut aussi intégrer par la procédure internationale, si l’on a obtenu son bac hors de France (y compris dans un lycée français, et même si l’on est Français).


    Journal de 20 heures, Novembre 2005

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    15 ans après:
    Sciences-Po, une diversité trop homogène 
    Par Philippe Douroux et Maryam El Hamouchi 
    (Libération, 23 janvier 2017)

    Il y a quinze ans, l’Institut d’études politiques de Paris mettait en place une filière pour ouvrir ses portes aux élèves venus de lycées en ZEP. Mais l’an dernier, plus de 40 % des élèves admis par cette filière étaient issus de familles CSP +*. L’établissement s’apprête à prendre des mesures pour tendre vers 100 % de boursiers. 
    [CSP+ est un sigle qui désigne les catégories socio-professionnelles favorisées en France. Les CSP+ regroupent les chefs d’entreprises, les artisans et commerçants, les cadres, les professions intellectuelles supérieures et les professions intermédiaires ]

    Sciences-Po : une diversité trop homogène

    Lors de la fête des quinze ans de la filière ZEP d’accès à Sciences-Po Paris, à la mi-décembre, il n’a pas été question de ce chiffre un peu gênant : plus de 40 % des élèves admis à l’Institut d’études politiques (IEP) via la convention d’éducation prioritaire (CEP, son nom officiel) sont issus de familles CSP +. Certes, les sociologues rangent dans cette catégorie socioprofessionnelle supérieure les patrons du CAC 40 comme les travailleurs indépendants ou les professions libérales, recouvrant des réalités sociales très diverses. Mais sur un groupe de 163 élèves admis rue Saint-Guillaume en juillet 2016, on passe même rapidement de 40 %, le chiffre de la direction de Sciences-Po, à celui de 45 % obtenu de bonne source par Libération et que dément l’IEP. Même si un flou entoure cette statistique car elle est basée sur du «déclaratif» d’étudiants qui, parfois, surévaluent la catégorie socioprofessionnelle de leurs parents, l’objectif de mixité sociale imaginé il y a quinze ans avec le CEP semble quelque peu dévoyé. 

    Mis en place par Richard Descoing en 2001, le dispositif devait permettre d’élargir le recrutement aux lycéens issus de catégories sociales modestes ou défavorisées en s’appuyant sur des établissements classés zone d’éducation prioritaire, les ZEP. Si plus de 40 % des étudiants appartenant à des familles CSP + entrent grâce à la fenêtre ouverte par la filière CEP, cela s’appelle un biais, ou un échec de l’ambition de mixité affichée initialement. Avec un sens de la formule qu’on n’apprend qu’à Sciences-Po Paris, Bénédicte Durand, nouvelle doyenne du collège universitaire chargée de veiller aux règles d’accès à Sciences-Po, évoque «un élément d’attention». En clair, il y a un sérieux problème qui justifie de trouver des solutions, d’autant que le niveau monte de 20 % en 2001 (17 élèves), à 36 % en 2009-2010, et à plus de 40 % en 2016. On roule à contresens : la machine à produire de la diversité fabrique de l’homogénéité. 

    Machine caricaturale 

    Au début des années 2000, Richard Descoings, le patron de l’école, s’inquiète de voir des élèves tous pareils, venant des mêmes établissements, situés dans les mêmes quartiers parisiens. Henri-IV, Louis-le-Grand, Victor-Duruy pour le public, Stanislas, Saint-Louis de Gonzague, l’Ecole alsacienne pour le privé, tous implantés dans les IVe, Ve, Vle, VIIe et XVIe arrondissements de Paris. Une machine caricaturale qui donne raison à Pierre Bourdieu, l’auteur de la Reproduction, qui dénonçait en 1970 une société figée dans laquelle les fils de prof deviennent prof. Les sociologues des riches, le couple Pinçon-Charlot notamment, parlent des «ghettos du gotha». 

    Il y a comme urgence à fluidifier tout ça. A son échelle, Richard Descoing s’y emploie à l’époque et propose de changer radicalement les choses en créant une filière d’accès taillée sur mesure pour les lycées d’au-delà du périph situés dans des quartiers défavorisés. Des conventions sont signées avec sept lycées parmi lesquels Jean-Zay, à Aulnay-sous-Bois, Auguste-Blanqui de Saint-Ouen, tous deux en Seine-Saint-Denis, ou le lycée Maupassant de Colombes (Hauts-de-Seine). L’audace va jusqu’à inclure dans la liste le lycée Poncelet de Saint-Avold et Félix-Mayer de Creutzwald en Moselle. L’examen écrit et le grand oral sont remplacés par la présentation d’un mémoire d’une quarantaine de pages portant sur une question d’actualité (validé par un jury au sein du lycée) et un oral d’une vingtaine de minutes passé en juin dans les locaux de l’IEP, à Paris. A charge pour les établissements scolaires de mettre en place des ateliers Sciences-Po pour préparer les candidats pendant la terminale. A l’époque, tout le monde hurle à la démagogie, de l’UNI (le très droitier syndicat étudiant) à l’Unef-ID ou SOS Racisme. Mais Richard Descoings tient bon. 

    Douaniers sociaux 

    En quinze ans, 1 611 étudiants, issus de 106 lycées situés dans 19 académies, ont fait leur entrée à Sciences-Po Paris par la filière CEP, et tout le monde la reprend peu ou prou. D’où sortent alors ces «plus de 40 %» de «faux CEP» de Sciences-Po, ces contrebandiers de la mixité sociale ? De bonne ou de mauvaise foi, les lycées partenaires ont laissé venir à eux des élèves qui n’auraient sans doute pas dû avoir accès aux ateliers Sciences-Po. Pour les proviseurs de lycées qui se trouvent à Sarcelles (Val-d’Oise), Montreuil, Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne) ou Roubaix (Nord), l’étiquette Sciences-Po permet d’attirer des enfants qui seraient partis ailleurs dans l’enseignement public ou dans le privé et donc de maintenir dans leur établissement une mixité sociale. D’où leur mansuétude, à laquelle s’ajoute la réticence des professeurs à refuser l’accès des ateliers Sciences-Po a des non-boursiers. Si l’objectif est de permettre aux uns de franchir les frontières sociales dans un sens, les enseignants se voient mal jouer aux douaniers sociaux en interdisant la présence d’un fils de prof ou de médecin dans ces ateliers. Ce qui explique les 40 % d’élèves CSP + venant de lycées situés en ZEP et le dévoiement de l’objectif fixé à l’époque. 

    Alors que faire ? Pas la révolution. On fait ce qu’on sait faire dans le temple de la pensée progressiste : examiner la situation, la décortiquer et écrire un document récapitulatif qui sera débattu pour déboucher sur un plan d’action. C’est presque fait. Bénédicte Durand parle d’une «phase 2» de la filière CEP dont l’objectif sera bien de passer de 60 % de boursiers de l’enseignement secondaire (1) à 100 %. Si le dispositif de Sciences-Po Paris a été beaucoup copié, l’institution est, cette fois, allée voir ailleurs pour trouver des idées. 

    Le Programme d’études intégrées (PEI) mis en place par les Sciences-Po dits du «concours commun» (2), avec qui l’IEP de Paris partage le nom mais qui restent indépendants, a été décortiqué. Depuis bientôt dix ans, les sept IEP ont choisi d’accompagner les élèves boursiers du second degré pour leur permettre de passer le concours ouvert à tous. Initié par Pierre Mathiot, alors directeur de Sciences-Po Lille en 2007, le PEI prévoit un tutorat par un élève de Sciences-Po, une plateforme en ligne qui propose des cours sur les épreuves du concours, des conseils méthodologiques, des devoirs à rendre à raison d’un par mois environ, des sessions d’accompagnement à Sciences-Po et un concours blanc. A charge pour les lycées de bâtir des ateliers pour suivre les élèves. Le programme a attiré l’attention de Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Education nationale, qui a nommé Pierre Mathiot délégué ministériel aux parcours d’excellence, avec pour mission d’étendre le PEI à l’ensemble du territoire national et à un maximum de grandes écoles. «Depuis un an, nous élaborons une politique publique nationale à partir de l’expérience PEI. Ma mission est d’inscrire les collèges REP - le réseau d’éducation prioritaire - dans des programmes d’accompagnement par un établissement supérieur. Cela représentera 1 000 collèges d’ici un an. Les quatre années suivantes, il s’agira de poursuivre cette intégration en accompagnant les élèves durant leurs années au lycée. L’objectif est de mettre en place un continuum d’accompagnement des élèves, du collège à leur entrée dans l’enseignement supérieur», plaide Pierre Mathiot. 

    A chacun son concours 

    De son côté, Sciences-Po Paris s’engage dans une voie parallèle en démarrant, en juillet, un plan d’encadrement d’élèves boursiers à partir de la seconde avec une plateforme internet dédiée, un tutorat en ligne et deux campus annuels de huit jours, l’un en été, l’autre au cours de l’année scolaire… Mais il n’est pas question de toucher à la procédure spécifique CEP. A chacun son concours avec le risque de l’exclusion de ceux que l’on veut inclure.
    Longtemps, à la cafétéria du sous-sol de Sciences-Po se trouvait une grande table ovale. Elle servait de point de rassemblement aux élèves issus du CEP. Elle était évidemment dans l’ombre… La «table des CEP» a disparu, tout comme les poufs qui appelaient la sieste. D’après plusieurs étudiants admis par cette filière, le sentiment d’exclusion s’estompe. Il reste toujours une difficulté à aller vers les autres sans avoir le sentiment de renier d’où l’on vient, mais il semble admis que si les filières d’accès sont différentes, cela ne fait que réduire la longueur du chemin à parcourir entre Saint-Denis et le grand amphi Boutmy. 

    (1) Si l’on considère les bourses de l’enseignement supérieur gérées par le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous), le taux des élèves boursiers s’élève à 66 % pour la filière CEP. 26 % de l’ensemble des étudiants de Sciences-Po Paris bénéficiaient d’une bourse du Crous.
    (2) Aix-en-Provence, Lille, Lyon, Rennes, Saint-Germain-en-Laye, Strasbourg et Toulouse. Bordeaux et Grenoble organisent des concours d’entrée séparés.
    VOCABULAIRE:
    • Cours, classe de rattrapage, permettant à un élève de rattraper son retard scolaire.
    • Rattraper: to catch up


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    DEVOIRS POUR VENDREDI

     

    POUR VENDREDI
    • Synthétiser le prélude
    • Regarder attentivement 
      • les documents sur le débat autour de la discrimination positive
      • Regarder attentivement le débat télévisé "Polonium" (30 minutes!
        • Résumer et analyser le débat en deux temps:
          • 1) de façon chronologique (thèmes abordés, thèses défendues)
          • 2) puis de façon synthétique: 
            • quelle est la position de chacun.e?
            • quels sont les arguments employés? 
            • merci d'étudier aussi le ton, les postures, l'"ethos" de chaque participant.e
        • Analyse personnelle:
          • qui trouvez vous le plus convaincant.e? pourquoi?
          • quels sont les arguments les plus efficaces? les moins efficaces? pourquoi?
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    PRÉLUDE;
    LE COMMUNAUTARISME

    En France, il est courant d’opposer l’universalisme républicain à un communautarisme qui serait le fait de minorités, le (mauvais) modèle américain multiculturaliste, menacerait notre sacro-saint « modèle républicain d’intégration ».
    Dans notre pays, la notion même de minorité fait l’objet d’un rejet, la France refusant de signer les traités internationaux les mentionnant, qu’elles soient religieuses, ethniques, linguistiques ou culturelles. Elle ne reconnaît officiellement que des citoyens nationaux et des étrangers parmi lesquels sont distingués les ressortissants européens. Lorsqu’elles cherchent à se réunir, les minorités voient leurs initiatives disqualifiées et accusées de « communautarisme ». Deux Noirs ou trois Arabes qui tentent de réaliser quoi que ce soit ensemble, « complotent » forcément pour remettre en cause l’ordre républicain. Nier les minorités revient pourtant souvent à nier les discriminations. C’est ce que dénonçait Jean-Paul Sartre, pour qui le majoritaire paternaliste, qui prétend aider le minoritaire à lutter contre le racisme, est incarné par le « démocrate ». Celui-ci « a la crainte que le Juif acquière une “conscience juive” » et nie « la réalité de la question juive, il veut “l’enfourner dans le creuset démocratique” ». Il interdit au minoritaire de se penser comme tel et cherche à l’inclure de force dans l’indifférenciation de l’universel, à l’assimiler. En résumé, quand « l’antisémite reproche au Juif d’être juif, le démocrate lui reprocherait volontiers de se considérer comme juif». Le plus frappant, c’est que les « communautés » stigmatisées par l’accusation d’antirépublicanisme n’existent pas ! Une association peut regrouper des personnes noires non pas au nom d’une appartenance communautaire mais d’un même vécu : celui d’être noir en France. Par ailleurs, les termes « communautaire » et « communautariste » sont souvent confondus : le communautarisme est une démarche politique visant au séparatisme. Or, que réclament les groupes communautaires sinon l’inclusion dans la République ?
    Étrangement, les regroupements communautaires ne sont pas toujours décriés, ils font même l’objet d’un double discours. Les offensives anti-communautaristes visent en particulier les personnes noires ou originaires du Maghreb. Celles d’origine portugaise, chinoise ou de confession juive – ou même les Auvergnats dont l’organisation sociale, économique ou culturelle souvent marquée par l’appartenance communautaire est très visible dans la sphère publique – sont, elles, épargnées de toute critique. A-t-on déjà entendu quelqu’un protester contre les défilés célébrant le Nouvel An chinois à Paris ? Il suffit pourtant que quelques malheureux drapeaux algériens soient brandis au même endroit pour que l’indignation soit généralisée. Quant au communautarisme le plus efficace, celui qui est blanc et masculin, qui contrôle les sphères de pouvoirs économique, médiatique et politique, et qui interdit à toutes les minorités d’accéder à ces cercles, celui-là ne semble pas déranger grand monde.
    Que n’a-t-on pas entendu sur l’horrible « repli communautaire » qui menace nos banlieues ! Mais que vient faire ici un terme militaire (le repli étant la retraite des troupes) dans une histoire d’identité ? Comme Amin Maalouf l’observait : « Lorsqu’on sent sa langue méprisée, sa religion bafouée, sa culture dévalorisée, on réagit en affichant avec ostentation les signes de sa différence. » La sociologue Christelle Hamel décrit effectivement un processus expliquant les comportements de retrait observé chez certains jeunes Français d’origine étrangère qui, confrontés à l’échec social et professionnel, nourrissent une véritable « rage » à l’égard de la société et rejettent en bloc « la société, les riches, les puissants, l’État, la justice, la police, le système scolaire, les médias, tout ce qui à leurs yeux les opprime et les cantonne dans la marginalité. ». Ce processus de « ségrégation réciproque » est semblable à celui que l’on observait dans des bandes d’adolescents dans les années 1960-1970. Ce phénomène social n’a donc rien de nouveau, ni de propre à une culture « étrangère ».
    Désillusionnés par le traitement que leur réserve la République, certains jeunes cherchent dans leurs origines de la matière pour se composer une nouvelle identité et des bases sur lesquelles former un groupe de confiance. La « recomposition identitaire » consiste alors à piocher dans sa culture d’origine réelle ou supposée des éléments propres à nous construire en tant que minorité, ce qui permet d’éviter les situations potentiellement discriminantes. Lors de sa visite en France en 2007, Gay McDougall, l’experte indépendante des Nations unies, a constaté dans son rapport « une ségrégation de fait » dans les banlieues les plus pauvres où les minorités visibles sont fortement concentrées, ce qui traduit l’absence de volonté de la puissance publique d’assurer le « mélange » des populations. Les offices publics de logements sociaux ont longtemps pratiqué et pratiquent encore la ségrégation. Sous prétexte de permettre aux minorités de vivre avec les « leurs », ces instances dépendant de l’État ont organisé de véritables enclaves aboutissant à la création de quartiers dénoncés ensuite comme des « ghettos ethniques». Aujourd’hui, le phénomène de gentrification modifie le visage des quartiers populaires. Les « bobos » sont de plus en plus nombreux à s’installer dans ces quartiers dont on vante les vertus « métissées ». Pourtant, leur stratégie scolaire montre que la volonté de cohabitation n’est qu’une façade : il suffit de comparer la composition sociale et ethno-raciale des écoles à celle des quartiers pour s’apercevoir que le « communautarisme » tant dénoncé n’est en réalité le fait de ceux que l’on accuse…
    (Rokhaya Diallo, Racisme mode d'emploi, 2011)

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    DÉBAT:
    DISCRIMINATION POSITIVE,
    CHANCE OU RACOLAGE ÉLECTORAL?

    Pendant la campagne présidentielle de 2017, Emmanuel Macron se positionnait en faveur de la discrimination positive; selon quel raisonnement?


    Pour les quartiers, c’est une politique je dirais de discrimination positive, que j’assume totalement. C’est-à-dire, dans les quartiers les plus difficiles, j’assume de diviser par deux le nombre d’élèves par classe en CP, CEA, et pas d’enlever un ou deux élèves simplement. J’assume de dire: c’est un terrain de reconquête absolue. Et donc si on veut , si on veut casser la déprise, si on veut justement réussir ce à quoi je crois, c’est-à-dire le visage du patriotisme français au vingt et unième siècle, le patriotisme français je ne laisserai pas le Front National le prendre. Certains quartiers se sont enfermés dans le communautarisme parce qu’on ne leur a plus permis de réussir et d’avoir de vraies trajectoires. Et donc j’accompagne cette politique de fermeté en matière de laïcité, de tolérance zéro en matière d’insécurité et de tout communautarisme avec une politique volontariste de reconquête de la République dans les quartiers qui sont les plus en difficulté. Celles et ceux qui ont sombré dans le terrorisme islamiste, et là dessus je marque une différence fondamentale sur le plan lexical, philosophique et stratégique avec François Fillon qui parle d’un terrorisme islamique. Je pense que c’est une confusion mentale grave qui nourrit le climat de guerre civile.

    Vocabulaire:
    • les quartiers: 1) neighborhoods 2) tough neighborhoods (= banlieues)
    • assumer qqch: to take responsability for sth
    • une reconquête: reconquest, recapture, recovery
    • le communautarisme: communautarianism
    • la déprise: abandonment
    • le patriotisme: patriotism
    • le visage: face
    • la fermeté:firmness
    • la laïcité: secularism
    Pistes de réflexion:
    • Que pensez vous de cette association entre discrimination positive et patriotisme (« le visage du patriotisme français »).
    • Le champ lexical est intéressant: reconquête (x2), fermeté, tolérance zéro, politique volontariste, terrorisme, guerre civile.
    • Remarquez les gestes: quel est le message?
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    LE DÉBAT TÉLÉVISÉ



    AVANT DE COMMENCER:


    Qui est Natacha Polony?
    • Natacha Polony (née en 1975), est une journaliste et essayiste française, spécialisée dans l'éducation et les questions sociétale.
    • Elle a été chroniqueuse de télévision dans On n'est pas couché sur France 2 de 2011 à 2014, et dans le Grand Journal sur Canal+. 
    • En 2011, elle publie aux éditions Mille et une nuits Le pire est de plus en plus sûr : Enquête sur l'école de demain, essai sur les conséquences des réformes infligées par la droite et la gauche au système scolaire et sur les risques qui en résultent, d'implosion sociale et politique et de destruction de la Nation. 
    •  Elle tient la revue de presse dans la matinale d'Europe 1 de septembre 2012 à juin 2017.
    • Pendant les débats sur la mariage pour tous, elle est favorable à l'adoption des enfants par des couples homosexuels, ainsi qu'à l'amélioration du pacte civil de solidarité, mais se prononce contre le concept de mariage homosexuel qu'elle estime « contre nature » dans un article du Figaro et déclare sur le plateau de l'émission On n'est pas couché que « le mariage, c'est l'union d'un homme et d'une femme, il se trouve que la nature fait que c'est comme ça ». 
    • Commentant son travail de chroniqueuse sur Europe 1 à la rentrée 2012, Arrêt sur images estime qu'elle livre « un regard de droite » et qu'« elle a gardé ses réflexes de chroniqueuse conservatrice ». Libération considère également qu'elle « expose ses points de vue droitiers » ; Télérama, qu'elle livre une revue de presse très « marquée à droite », ajoutant qu'elle est devenue la « chef de file, comme Ivan Rioufol ou Élisabeth Lévy, de la pensée conservatrice, voire néoréac, libérée par les années Sarkozy ». 
    • Elle a dirigé l'émission Polonium sur la chaîne Paris Première de 2015 à 2017. 
      • En juin 2017, Paris Première lui signifie l'arrêt de son émission Polonium et Europe 1 celui de sa revue de presse dans la matinale ainsi que sa participation à deux autres émissions, Médiapolis, et Le débat d’Europe Soir.
    • En 2017, elle lance une web TV baptisée « Polony TV ».
    • Se reconnaissant dans la mouvance du gaullisme et dans des idées souverainistes, elle se déclare plutôt antilibérale et favorable à la décroissance. Elle se reconnaît également comme « réactionnaire », mais « absolument pas dans le clivage gauche-droite ».
      • « Je dénie à certains le droit de juger qui est de gauche et qui est de droite, car c’est pour eux une façon de dire “dans le camp du bien” ou “dans le camp du mal”. Ils qualifient, contre leur gré, des gens comme n’étant pas de gauche, donc comme étant de droite, donc comme étant “méchants”. Ces gens ont réduit la gauche à sa définition la plus infime : un progressisme qui défend l’extension indéfinie des droits individuels. Ils ont oublié tout ce que la gauche incarne de luttes sociales, de méfiance vis-à-vis de l’accumulation de capital. Ils font des questions sociétales le seul critère, pour faire oublier qu’ils ont définitivement abandonné la problématique économique. Ils se sont ralliés au capitalisme et pas à n’importe lequel : au capitalisme financier tel qu’il existe aujourd’hui. » — Natacha Polony.

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    POLONIUM, "Discrimination positive, chance ou racolage électoral?
    (Paris Première, Mars 2017)

    EXERCICE: 

    Regarder attentivement ce débat sur la discrimination positive
    • Résumer et analyser le débat en deux temps:
      • 1) de façon chronologique (thèmes abordés, thèses défendues)
      • 2) puis de façon synthétique: 
        • quelle est la position de chacun.e?
        • quels sont les arguments employés? 
        • merci d'étudier aussi le ton, les postures, l'"ethos" de chaque participant.e
    • Analyse personnelle:
      • qui trouvez vous le plus convaincant.e? pourquoi?
      • quels sont les arguments les plus efficaces? les moins efficaces? pourquoi?

     INTERVENANT.E.S

    Malika Sorel-Sutter,
    Essayiste, auteur.e d'une tribune contre la proposition Macron d'introduire la discrimination positive dans le système scolaire français

    Elizabeth Levy
    fondatrice et directrice de la rédation du magazine Causeur
    Lire un de ses articles sur "le totalitarisme féministe" ICI

     François Lamy:Ancien Ministre de la Ville du gouvernement Ayrault (2012-2014), député de l'Essonne.


     
    Louis-Georges Tin, Président du CRAN 
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    GROS PLAN:
    LA NOTION DE  COMMUNAUTARISME
    • « Le communautarisme est défini par ses critiques comme un projet sociopolitique visant à soumettre les membres d'un groupe défini aux normes supposées propres à ce groupe, à telle communauté, bref à contrôler les opinions, les croyances, les comportements de ceux qui appartiennent en principe à cette communauté. » (Pierre-André Taguieff)
    • En France, le terme s'emploierait de manière péjorative et généralement idéologique pour désigner une sorte de menace qui pèserait sur la nation et les droits de l'homme, et qu'on oppose de façon équivoque autant au républicanisme qu'à la laïcité, au nationalisme, à l'universalisme ou à l'individualisme1. 
    • « Si le nationalisme est une obsession de la Nation, le communautarisme est une obsession de la communauté. » (Gil Delannoi, chercheur au CEVIPOF)
    • Le communautarisme place une communauté hiérarchiquement au-dessus des autres et exige une forte cohésion de ses membres dans la quasi totalité des aspects de leur vie. S'y ajoute une différenciation compétitive voire combattante avec d'autres entités nationales ou communautaires.
    • En France, le mot « communautarisme » était quasiment absent dans la presse jusqu'en 1994. Selon Fabrice Dhume, entre 1994 et 1995, la fréquence du terme dans les dépêches AFP est multipliée par 15 ; puis entre 2001 et 2002, la moyenne annuelle est encore multipliée par 7. Selon Fabrice Dhume, l'année 1995 correspond à l'affaire Khaled Kelkal ; et l'année 2001 aux attentats du World Trade Center à New York. Dans ces deux cas, la notion de “communautarisme” est liée à la réalité du terrorisme islamiste. Selon ce chercheur, si le terme est au départ surtout appliqué à des musulmans, il est rapidement appliqué dans certains discours politiques et médiatiques également à d'autres situations et d'autres communautés (noires, asiatiques...etc), mais quasiment toujours dans un sens péjoratif2.
    • Pour les républicains, le communautarisme remet en cause l’espace public neutre, et empêche l’individu de se définir ou de se redéfinir: une fois membre d’une communauté, il devient difficile d’en sortir.
    • Cyprien Avenel dans « sociologie des quartiers sensibles » considère que sont considérées souvent à tort comme communautaires des personnes issues de l'immigration où enfants d'immigrés. Il démontre que « plus on est pauvre, plus on est isolé socialement et plus l'univers de sociabilité se ferme au lieu de résidence ». Il parle alors de « sociabilité contrainte » pour expliquer la tendance en particulier des « jeunes de quartier » à rester ensemble. En réalité, bien qu'englobés de façon très large comme « communauté arabo-musulmane » ou « immigrés », ces groupes sont très hétérogènes, que ce soit dans leur façon de vivre l'islam (la majorité des 2e générations n'étant pas pratiquante) ou encore dans leurs origines et trajectoires sociales.
    • Si Isaiah Berlin défend une théorie où dans le cas où deux cultures se rencontrent, soit l'une cède le pas à l'autre (assimilation) soit les deux fusionnent (intégration), Gil Delannoi ajoute l'hypothèse négative : celle de la perte de la culture d'origine sans adhésion à la nouvelle culture. La ségrégation spatiale des couches populaires issues de l'immigration et les diverses discriminations (au faciès, à l'embauche, etc.) les confinant dans un espace de sociabilité réduit, ils ne peuvent accéder à la culture française, et en même temps, pour les enfants nés en France de parents immigrés, ils n'ont plus que des restes lointains de la culture de leurs parents.
    • Le terme a été critiqué pour son usage jugé tendancieux pouvant servir à légitimer un discours raciste : le « communautariste », c'est toujours l'autre, une figure pathologique composite pointée du doigt comme une sorte d'ennemi de la nation. Selon le sociologue Fabrice Dhume, l'usage de ce mot révèle une forme subtile de nationalisme: il sous-entend que la seule communauté valable serait pour lui, la communauté nationale, et que les autres communautés seraient une menace à l'hégémonie du groupe majoritaire et dominant.
    • Ainsi, si Laurent Lévy, auteur d'un ouvrage intitulé Le spectre du communautarisme, le mot « communautarisme » se définit avant tout en creux, en définissant ce que les critiques du communautarisme condamnent quand ils se servent de ce mot. Si le mot communautarisme peut rencontrer des réalités sociales avérées, ce n’est le plus souvent pas dans l’un de ces sens qu’il est employé, mais plutôt dans le sens de ceux qui condamnent le communautarisme. « Le « communautarisme » n’existe pour l’essentiel que comme figure de ce qu’il faut rejeter. »
    • De même selon Pierre-André Taguieff : « le « communautarisme » est d'abord un mot qui, dans le discours politique français depuis une quinzaine d'années, fonctionne ordinairement comme un opérateur d'illégitimation » et « le communautarisme est défini par ses critiques comme un projet sociopolitique visant à soumettre les membres d'un groupe défini aux normes supposées propres à ce groupe, à telle communauté, bref à contrôler les opinions, les croyances, les comportements de ceux qui appartiennent en principe à cette communauté ». Il avance ainsi : « Le terme « communautarisme » est utilisé, surtout en langue française (depuis les années 1980), pour désigner avec une intention critique toute forme d'ethnocentrisme ou de sociocentrisme, toute autocentration de groupe, impliquant une autovalorisation et une tendance à la fermeture sur soi, dans un contexte culturel dit « postmoderne » où l'« ouverture », et plus particulièrement l'« ouverture à l'autre », est fortement valorisée… »
    • Selon la sociologue Sylvie Tissot, le terme est constamment utilisé pour désigner des minorités ethniques ou religieuses, mais jamais l’entre-soi bourgeois, blanc et masculin qui structure largement le monde des décideurs économiques et politiques. Elle souligne également ce paradoxe : la « communauté » se voit « parée de toutes les vertus quand elle est nationale, et elle appelle une allégeance, un amour, un dévouement impérieux et exclusifs (un « bon communautarisme »). Elle devient suspecte dès qu’elle est régionale, sociale, sexuelle, religieuse, ou plus précisément dès que, sous ces différentes modalités, elle est minoritaire. ».
    • Pour de nombreux militants LGBT, il est indu de reprocher aux minorités discriminées leur « communautarisme » puisqu'elles sont précisément exclues par le groupe majoritaire. Selon Yohann Roszéwitch, ex-président de SOS homophobie: « Les accusations de communautarisme sont fréquentes de la part des opposants à l'égalité des droits. Moi je n’emploie pas le terme communautarisme. »
    • SOURCE: WIKI