COURS N°24: LA QUESTION DU VOILE


Le voile comme signe bien français…

Pour MARDI
  • Continuer à apprendre le vocabulaire de la semaine
    • + à travailler la conjugaison des verbes SAVOIR et CONNAÎTRE à tous les temps.
  • Reformuler les idées principales du prélude en termes simples
  • Synthétiser les différentes thèses et arguments présentés dans le documentaire Ce que le Voile Dévoile (Négar Zoka, 2010) disponible ICI).
    • OBJECTIF: pouvoir débattre de cette question compliquée en maîtrisant
      • les différentes thèses et arguments autour de la question du voile
      • les objections et réponses aux arguments antagonistes
      • + (si possible) votre propre position sur cet échiquier…

NB: LES DEVOIRS POUR JEUDI ET VENDREDI SONT DISPONIBLES EN BAS DE PAGE…

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PRÉLUDE: 
L'AFFAIRE DIAM'S


La rappeuse Diam's avant et après sa conversion à l'Islam

"Elle n'est pas laïque cette République,
Elle craint juste la contagion" (Diam's)

Contexte
  • Diam's, alias Mélanie Georgiades, est née à Nicosie sur l'île de Chypre en 1980. Après la séparation de ses parents, elle quitte son pays pour en adopter un autre, la France, avec sa mère. Elle n'a que 4 ans mais l'absence de son père provoque une blessure en elle qui transparaît encore à travers ses textes. Adolescente, elle se forge sa personnalité dans la banlieue du 91 et découvre le rap.
  • Son talent explose dans les médias avec le tube DJ qui figure sur l'album Brut de femmes en 2003, son deuxième album. En 2006, Dans ma bulle fait aussi un carton et asseoit sa notoriété. Diam's est une figure réellement incontournable du rap français mais aussi des femmes. Engagée dans de nombreuses causes comme la violence conjugale ou pour Amnesty International, elle n'aime pas se taire et les paroles de ses chansons le montrent bien.
  • Malgré le succès incontestable de ses oeuvres, Diam's vit difficilement la surexposition médiatique et le monde impitoyable du show-business. Après son troisième album, la chanteuse se retire loin des projecteurs. Souvenez-vous, en mars 2008, elle fondait en larmes sur le plateau des Victoires de la musique et quittait la scène. Elle avait déboulé dans un magazine people, folle de rage, elle s'était fait agresser en bas de chez elle en décembre 2007 (elle retirera sa plainte). Dans ce monde nouveau pour elle, rempli de faux amis, de relations compliquées, de mauvais conseillers, de surmédiatisation et d'argent qui coule à flots, son succès lui aurait fait perdre pied...
  • En 2009, juste avant la sortie de son dernier album SOS, le magazine Paris-Match publie des photos de Diam's voilée, sortant de la mosquée de Genneviliers…
  • Source: Article de 2009 sur http://www.purepeople.com/article/diam-s-la-chanteuse-est-desormais-mariee-et-voilee-reactualise_a41539/1
Exercice: Regardez les trois vidéos ci-dessous: à votre avis, comment peut-on expliquer le "choc" ressenti par une partie de la population française (et copieusement relayé dans les médias) à l'annonce de la conversion de Diam's?

Extrait du journal télévisé de France 2 (2009)

Diam's et l'Islam, un reportage de France 2 (2013)

POUR ALLER PLUS LOIN: écouter deux chansons de Diam's
  • Lily (chanson sur le voile, avec les paroles)
  • Mélanie (dialogue saisissant entre les deux personnalités, publique et privée, de Diam's/Mélanie)
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LA QUESTION DU VOILE:
UNE CRISPATION FRANÇAISE

Négar Zoka,
réalisatrice du documentaire Ce que le voile dévoile (2010)

« Ce que le voile dévoile » est une enquête menée à la première personne par la réalisatrice. Française et Iranienne, à la croisée des chemins et des cultures, Negar Zoka tente de comprendre ce qui pousse, dans la France d’aujourd’hui, quelques milliers de femmes à porter le niqab (souvent confondu avec la burqa afghane), plus connu sous le nom de voile intégral. Cette question l’amène aussi à se demander pourquoi la République se sent à ce point menacée par une minorité d’individus vivant en marge de la société. Membres de la mission parlementaire, administrateur de site internet salafiste, femmes en niqab, étudiantes d’école coranique ou militants de Ripostes laïque, ils ont accepté de donner leur point de vue. Historiens et sociologues sont là pour nous aider à entendre, comprendre, et mettre en perspective.


Exercice:
  • Recherche: qu'est-ce que la Loi interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public?
  • Synthétiser les différentes thèses et arguments présentés dans le documentaire Ce que le Voile Dévoile (Négar Zoka, 2010) disponible ICI).
    • OBJECTIF: pouvoir débattre de cette question compliquée en maîtrisant
      • les différentes thèses et arguments autour de la question du voile intégral
      • les objections et réponses aux arguments antagonistes
      • à votre avis: quelle est la position de la réalisatrice?
      • + (si possible) votre propre position sur cet échiquier…
  • Comme toujours: faire une liste de vocabulaire!
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POUR ALLER PLUS LOIN: 
 LES DIFFÉRENTS TYPES DE VOILE 
 


Niqab, hidjab, burqa : des voiles et beaucoup de confusions

Les médias ont souvent tendance, dans leurs illustrations, à confondre les différents types de voile islamique. Ils ne sont pourtant pas porteurs des mêmes symboles.

LE MONDE | 11.06.2015 | Par Samuel Laurent

[…]

Beaucoup d’éléments distinguent niqab, hidjab, tchador et burqa, les quatre principaux types de voile islamique. Explications :

1. Que dit le Coran du voile ?

Le voile est antérieur au Coran : dès les Assyriens, la femme libre est obligée de porter le voile, sous peine de sanctions. Une pratique qu’on retrouve, avec divers degrés d’obligation, chez les Juifs ou les Romains.

Le Coran reprend cette pratique et la codifie, sans toutefois explicitement préconiser le port du voile. Néanmoins, plusieurs écrits évoquent cette pratique pour les épouses du prophète Mahomet, notamment au verset 31 de la sourate 24 :

« Et dis aux croyantes de baisser leur regard, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes, ou aux esclaves qu’elles possèdent, ou aux domestiques mâles impuissants, ou aux garçons impubères qui ignorent tout des parties cachées des femmes. »

Mais aussi au verset 59 de la sourate 33 :

« Ô Prophète ! Dis à tes épouses, à tes filles, et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leurs grandes voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d’être offensées. Allah est pardonneur et miséricordieux. »

L’usage a ensuite différé, selon les pays et les époques, tendant parfois vers plus de souplesse, et d’autres fois, à l’inverse, vers une codification importante, qui a pu être érigée en loi par les régimes politiques des pays en question. On distingue à cet effet quatre types de voiles :

2. Le hidjab : le « voile » générique

 

« Hidjab » signifie en réalité « voile », « rideau » ou « écran ». Le terme désigne le voile dans son acception large, et donc toutes ses déclinaisons. Néanmoins, aujourd’hui, on l’emploie surtout pour parler du voile islamique le plus répandu, couvrant la tête et les cheveux, mais pas le visage.

Selon les régions du monde, le hidjab peut être porté autour du visage entier (notre photo, où il est porté par une Australienne), comme un simple voile couvrant la chevelure, ou en tant qu’élément d’un costume plus complet (Inde, Indonésie).

Le hidjab ne recouvre donc pas le visage, ni l’ensemble du corps, mais il en existe plusieurs types, qui peuvent être plus ou moins visibles.

3. Le niqab : le voile cachant le visage

En général de couleur noire, le niqab se distingue du hidjab car il masque aussi le visage, à l’exception des yeux. Son port est plutôt le fait de pratiquants d’un islam rigoriste, notamment les adeptes du salafisme. Le niqab s’accompagne parfois de gants destinés à cacher les mains (voire de lunettes de soleil ou d’un masque), et peut consister en un vêtement couvrant tout le corps.

Une controverse existe au sein de l’islam sur « l’obligation » ou non du port du niqab. Certains courants, rigoristes, estiment que c’est le cas, contre l’avis de la plupart des théologiens.

C’est le niqab qui a posé question en France, en 2011, et abouti à la loi interdisant le fait de se masquer le visage dans les lieux publics. C’est également le niqab qui est le plus souvent utilisé par la presse pour illustrer les questions de voile, alors même que son port est largement moins répandu que celui du hidjab.

Un autre vêtement se rapproche du niqab : le haik, une pièce de tissu attachée à la ceinture, que les femmes du Maghreb portaient avec un voile, parfois transparent, sur le visage. Il est aujourd’hui moins présent, mais existe encore dans certains villages.

4. Le jilbab saoudien, entre hidjab et niqab

Un autre vêtement, qui n’est cette fois pas limité aux cheveux et au visage mais englobe tout le corps, apparaît depuis quelques années : le jilbab, une longue robe, souvent noire mais pas exclusivement, et utilisée par les Saoudiennes. Contrairement au niqab il ne cache pas le visage, mais contrairement au hidjab, il couvre l’intégralité du corps, masquant les formes de ses porteuses, ce qui est vu comme « vertueux » par les défenseurs de ce vêtement.

Celui-ci, et son « équivalent » masculin (le qamis, une longue robe masculine de couleur unie, venue d’Arabie saoudite), sont parfois vécus comme étant eux aussi empreints d’une signification religieuse, voire les seuls vêtements « purs » pour de vrais croyants. Cette vision rigoriste est diffusée notamment dans l’islam salafiste.

Pourtant, de très nombreux théologiens refusent cette interprétation, rappelant qu’historiquement, les musulmans se sont habillés très différemment selon les pays et les époques, et que ces deux vêtements sont surtout originaires du golfe Persique.

5. Le tchador : vêtement iranien
 

Fréquemment employé pour « niqab », le tchador est en réalité un vêtement (de couleur bleue, noire ou plus rarement blanche) correspondant à une pratique précise : celle du chiisme iranien. Le tchador n’est pas seulement le voile (qui se porte, comme le hidjab, sans couvrir le visage), mais une pièce de tissu, sans manches, que les femmes iraniennes portaient avant l’avènement de l’islam.

Au départ porté durant la prière, le tchador est devenu obligatoire dans la rue au XVIIIe siècle. Le chah d’Iran l’a ensuite interdit en 1936, demandant aux policiers de faire la chasse aux femmes qui le portaient.

Dans les années 1970, les femmes iraniennes avaient adopté des voiles plus légers, laissant voir les cheveux. Mais, à partir de 1979 et l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeiny, le tchador a été remis à l’honneur. Néanmoins, son port n’est pas obligatoire dans l’Iran actuel, un foulard cachant les cheveux et des vêtements dissimulant les formes étant suffisants.

6. La burqa : vêtement imposé par les talibans afghans 


Là aussi source de nombreuses confusions, la burqa n’est pas le niqab. Et ce vêtement n’existe que très peu en dehors de l’Afghanistan, où il est né. La burqa, souvent de couleur bleue, est un vêtement couvrant tout le corps, y compris le visage. Un voile ou une « grille » de tissu sont installés au niveau des yeux pour permettre de voir.

Ce vêtement, devenu un symbole de l’oppression subie par les femmes dans des pays aux mains d’islamistes radicaux, n’existerait que depuis quelques décennies sous cette forme, le vêtement traditionnel afghan étant plus proche du tchador iranien.

Ce sont les talibans, fanatiques islamistes, qui ont imposé la burqa lors de leur arrivée au pouvoir dans le pays, à la fin des années 1990. Leurs motifs pour le faire étaient différents de ceux évoqués dans le Coran : il ne s’agit pas de voiler la femme pour sa protection, mais bien pour éviter aux hommes la tentation.

Source: Le Monde, Les décodeurs (http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/06/11/niqab-hijab-burqa-des-voiles-et-beaucoup-de-confusions_4651970_4355770.html#meter_toaster)

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POUR ALLER PLUS LOIN:
FÉMINISME ET LAÏCITÉ

Avant même que le terme ne soit inscrit dans le dictionnaire Littré (1877), les féministes sont parties prenantes de la laïcisation entamée dès la Révolution française. Tandis que l'Église catholique refuse l'égalité des sexes, le féminisme lutte tout au long du XIXe siècle pour une République laïque qui prenne en compte les droits des femmes. Contre l'emprise de la religion sur la société, il s'agit de forger un cadre pluraliste où la liberté de conscience — celle de croire comme celle de ne pas croire — est pleinement garantie par la neutralité de l'espace civil et politique et par un cadre institutionnel non confessionnel, notamment scolaire, médical et social, qui devrait adopter le principe de l'égalité des sexes.
[…] Les féministes laïques se divisent sur une définition plus ou moins anticléricale de la laïcité. Au moment de la loi de séparation des Églises et de l'État (1905), le degré de liberté religieuse à accorder fait débat. Le conflit des "deux France" oppose d'une part des groupes féministes catholiques minoritaires hostiles à la laïcité mais favorables au droit de vote, et d'autre part le mouvement pour les droits des femmes, neutre du point de vue religieux, qui rassemble des personnalités athées, protestantes, juives ou des catholiques en rupture de ban.
L'inscription en 1946 de la laïcité et du principe d'égalité des sexes dans la Constitution marque le début d'une période de reflux dans la rencontre entre féminisme et combat laïque. 
[…] Ce sont les "affaires du foulard" en 1989 et les longs débats toujours en cours qui s'en sont suivis qui ont exacerbé l'identité laïque de plusieurs groupes féministes, non sans remous.
Dès lors, la laïcité est devenue une thématique conflictuelle face à la présence de plus en plus visible de l'islam et son instrumentalisation par l'extrême droite. Des courants féministes, eux-mêmes divisés, interprètent le port du voile comme le signe d'un fondamentalisme incompatible avec la laïcité en référence aux pays islamistes, jusqu'à, pour certains, vouloir en étendre l'interdiction dans l'espace public. A l'opposé, des féministes veulent concilier la laïcité et les droits des femmes avec la lutte contre le racisme et l'islamophobie, en tenant compte du contexte post-colonial et migratoire. Les groupes féministes musulmans défendent quant à eux, une approche de la laïcité compatible avec leur choix religieux et leur volonté d'affirmation identitaire. Longtemps ciment au sein des féminismes, la laïcité y est devenue source de profonds conflits.
(Dictionnaire des Féministes, dir. Christine Bard, PUF, 2017)
 
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DEVOIRS POUR JEUDI


Deux affiches, deux discours?

POUR MARDI

A) MONA CHOLLET, BEAUTÉ FATALE

  • Qui est Mona Chollet? Et sur quoi porte son travail?
  • Lire attentivement et résumer l'extrait de Beauté Fatale proposé
    • + Choisissez une citation particulièrement frappante à votre avis. Pourquoi celle-ci?
    • + Comme d'habitude: faire une fiche de vocabulaire (5 à 15 mots/expressions minimum)  

B) MAÏMOUNA DOUCOURÉ, MIGNONNES  

Regardez attentivement le film Mignonnes, de Maïmouna Doucouré (disponible sur Netflix), et faites les travaux d'écriture proposés en bas de page.   

POUR MARDI

  • SYNTHÉTISER
    • La citation de Maïmouna Doucouré 
      • + Petite liste de vocabulaire personnalisée (5 à 10 mots/expressions)
    • L'article "États-Unis : accusée d'exploiter les enfants, la réalisatrice française de "Mignonnes" se défend"
      • + Petite liste de vocabulaire personnalisée (5 à 10 mots/expressions) 
    • La Vidéo  "Polémique autour du film "Mignonnes"
      • + Petite liste de vocabulaire personnalisée (5 à 10 mots/expressions) 
  • PRÉPAREZ VOUS À DÉBATTRE sur le sujet: "Mignonnes est-il dangereux?"
    • Recommendations de méthode en bas de page…

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PRÉLUDE: BEAUTÉ FATALE

Mona Chollet
  • Mona Chollet, née à Genève en 1973, est journaliste et essayiste suisse. Depuis 2016, elle est cheffe d'édition au Monde diplomatique.
  • Après une licence en lettres à Genève, elle étudie le journalisme à l’École supérieure de journalisme de Lille.
  • Son travail porte sur la condition féminine, le féminisme, les médias et l'imaginaire contemporain (rapport à la réalité, imaginaires sociaux et politiques).
  • Beauté Fatale, publié en février 2012 aux Editions de la Découverte, analyse les industries de la mode et de la beauté et les injonctions que ces industries produisent sur le corps des femmes. L'ouvrage dépeint les conditions de travail des mannequins dans le monde de la mode et de la haute-couture, ainsi que les modes de fonctionnement des entreprises qui produisent les représentations de ce qui est considéré comme socialement désirable en matière d'apparence et de comportement des femmes (entreprises du cosmétique, du luxe).
  • En septembre 2018 parait le livre Sorcières aux éditions de la Découverte, qui établit un lien entre les sorcières de la Renaissance et de l'Époque moderne, et les femmes qui aujourd'hui refusent la maternité. Mona Chollet développe l'idée que les chasses aux sorcières du XVIe siècle et du XVIIe siècle sont un phénomène de misogynie qui se développe à la suite de la Querelle des femmes. Elle consacre une partie de son ouvrage à l'analyse de l'historiographie moderne et contemporaine, trouvant que cette dernière, qui n'établit jamais de lien entre chasse aux sorcières et misogynie, peine du coup à expliquer ce fait historique de façon convaincante. Elle trouve dans la misogynie actuelle des parallèles entre le traitement réservé aux sorcières du XVIe siècle et du XVIIe siècle et l'époque contemporaine, en particulier en ce qui concerne les volontés d'indépendance et/ou de non-maternité qui suscitent, selon elle, encore une forme d'opprobre sociale. 
    • Source: Wikipédia
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EXTRAITS: Beauté Fatale, Les nouveaux visages d'une aliénation féminine 
(Mona Chollet, Zones, 2012)

Actuellement, le corps féminin est sommé de devenir un produit, de se perfectionner pour mieux se vendre. Entre banalisation de la chirurgie, tyrannie du look, anorexie, M. Chollet interroge le rapport au corps et à soi en décortiquant la presse féminine, les discours publicitaires, les blogs et les séries télévisées. (Source: France Culture.fr)

La dévalorisation systématique de leur physique que l’on encourage chez les femmes, l’anxiété et l’insatisfaction permanentes au sujet de leur corps, leur soumission à des normes toujours plus strictes et donc inatteignables sont typiques de ce que l’essayiste américaine Susan Faludi a identifié en 1991 comme le backlash : le « retour de bâton », qui, dans les années 1980, a suivi l’ébranlement provoqué à la fin des années 1960 par la « deuxième vague » du féminisme. Le corps, comme l’a montré Naomi Wolf dans The Beauty Myth (« Le mythe de la beauté »), paru la même année que le livre de Faludi, a permis de rattraper par les bretelles celles qui, autrement, ayant conquis – du moins en théorie – la maîtrise de leur fécondité et l’indépendance économique, auraient pu se croire tout permis. Puisqu’elles avaient échappé aux maternités subies et à l’enfermement domestique, l’ordre social s’est reconstitué spontanément en construisant autour d’elles une prison immatérielle. Les pressions sur leur physique, la surveillance dont celui-ci fait l’objet sont un moyen rêvé de les contenir, de les contrôler. Ces préoccupations leur font perdre un temps, une énergie et un argent considérables ; elles les maintiennent dans un état d’insécurité psychique et de subordination qui les empêche de donner la pleine mesure de leurs capacités et de profiter sans restriction d’une liberté chèrement acquise. Elles-mêmes, en outre, se sentent coupables de la transgression que constitue leur présence dans des sphères d’où elles ont longtemps été exclues ; elles ont donc tendance, pour compenser, pour rassurer les hommes ou pour se rassurer elles-mêmes sur leur pouvoir de séduction, à surenchérir dans le soin porté à leur apparence.
 
[…] Le sort actuel des petites filles en témoigne jusqu’au tragique. Des filles nées dans les années 1980 et plus tard, c’est- à-dire après le début du backlash, Naomi Wolf écrit qu’elles souffrent d’une « déformation congénitale : elles n’ont pas d’enfance ». « Aujourd’hui [autour de 1990, donc], pour une petite Américaine de sept ans, monter sur la balance et pousser un cri horrifié est un rituel de féminité, indissociable d’une promesse de gratification sexuelle, comme l’était pour ma génération le fait de parader en talons aiguilles devant le miroir, ou, pour la génération de ma mère, d’habiller sa poupée de satin blanc. » Wolf procède à un calcul intéressant : si cette petite fille a sa première relation sexuelle autour de quinze ans, elle aura, à ce moment-là, déjà passé la moitié de sa vie à « apprendre le masochisme » pour s’y préparer. Elle n’aura jamais eu la moindre chance « de se construire des souvenirs érotiques dans l’Éden, la plénitude, la frénésie de plaisir, l’insouciance d’un corps d’enfant ». Vingt ans plus tard, de nombreux pays – Royaume-Uni, Canada, Australie, France – constatent une augmentation des cas d’anorexie infantile. « Nous voyons des fillettes qui ont commencé un régime de leur propre chef à neuf ou dix ans, puis la maladie se déclenche », déclare une praticienne du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Robert-Debré à Paris.

POUR ALLER PLUS LOIN:
  • Écouter une émission de radio consacrée au travail de Mona Chollet ICI
  • Accéder à l'intégralité du livre de Mona Chollet en ligne ICI

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MIGNONNES (2020)

Maïmouna Doucouré, la réalisatrice du film Mignonnes (2020)
  • Maïmouna Doucouré est une scénariste et réalisatrice franco-sénégalaise.
  • Le film Maman(s) qu’elle a écrit et réalisé, a remporté de nombreux prix internationaux d
  • Maïmouna Doucouré est née à Paris. Sa mère commerçante et son père éboueur sont venus tous deux du Sénégal, ils s'installent dans le 19e arrondissement de Paris
  • Son premier court-métrage auto-produit Cache-cache sorti en 2013.
  • Son deuxième film, Maman(s), a été présenté dans plus de 200 festivals et a remporté près de 60 prix internationaux. I
    • Il évoque l'histoire douloureuse d'Aïda, une enfant confrontée à la polygamie dans sa famille. Face au désarroi de sa mère la fillette décide de se débarrasser de la nouvelle femme de son père.
    • Maimouna Doucouré s'est inspirée de sa vie pour raconter cette histoire.
  • Le long métrage Mignonnes,  sort sur les écrans en août 2020. 
    • Il évoque l'hypersexualisation des pré-adolescentes à travers l’histoire d’Amy, 11 ans, qui intègre à Paris un groupe de danseuses de sa génération. 
    • Depuis sa sortie sur la plateforme Netflix, le film fait l'objet de vives controverses aux États-Unis, accusé par la droite conservatrice de promouvoir « l’exhibition obscène des parties génitales de mineures, sollicitant un intérêt lubrique pour le sexe », alors même que le film entend dénoncer la sexualisation précoce des jeunes filles, soumises à la dictature des apparences amplifiée par les réseaux sociaux. 
      • Source: Wikipédia

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Au premier plan, Amy (Fathia Youssouf).

A) AVANT LE FILM:  
  • Lire attentivement l'article du Monde ci-dessous.
  • Comment imaginez-vous ce film à partir de cette critique?  
« Mignonnes » : une jeune adolescente en quête d’identité (Par Clarisse Fabre, Le Monde, 19 août 2020)

Le premier long-métrage de la réalisatrice franco-sénégalaise Maïmouna Doucouré séduit par la force politique de son récit.

Petit préambule, qui a beaucoup à voir avec l’histoire de Mignonnes : il n’est pas inutile de dire un mot sur la trajectoire fulgurante de la réalisatrice franco-sénégalaise Maïmouna Doucouré, née en 1985. Un tel parcours est de nature, espérons-le, à encourager toutes celles et ceux qui pensent que le cinéma est un art inaccessible. Celle qui étudiait la biologie après un bac scientifique rêvait de faire des films, mais sa mère pensait que cette industrie était destinée « aux autres » : « Nous étions trop noirs, trop pauvres, trop banlieusards », raconte aujourd’hui la cinéaste trentenaire, alors que son premier long-métrage, Mignonnes, sort en salle, auréolé du Prix de la réalisation au festival américain de Sundance, en février.

Mignonnes raconte une éclosion, celle d’une préadolescente âgée de 11 ans, Amy (Fathia Youssouf), qui se cherche entre une famille ancrée dans les valeurs patriarcales et les nouvelles copines extraverties du collège situé dans le Nord parisien, où la toute jeune fille vient d’atterrir. Sa famille a en effet emménagé dans un immeuble que l’on suppose assez proche du parc de La Villette. Entourée de sa mère (Maïmouna Gueye) et de son petit frère, elle essaie de comprendre le monde qui l’entoure. Pourquoi son père n’est-il toujours pas rentré du Sénégal, pourquoi les femmes doivent-elles obéir à leurs maris comme on le répète à sa mère ? En attendant de trouver des réponses, Amy regarde autour d’elle et découvre, les yeux écarquillés, des filles de son âge qui répètent des chorégraphies lascives, portent le tee-shirt au-dessus du nombril et semblent bien dans leur peau.


Commence alors un jeu d’approche : Amy veut faire partie de la bande et ne se laisse pas décourager par l’accueil hautain que lui réservent certaines. Elle veut tellement prouver qu’elle leur ressemble qu’elle va mettre les bouchées doubles. Visionnage de danses hypersexualisées, expérimentations de vêtements moulants (merci au tee-shirt taille 6 ans du petit frère) et, enfin, la transformation : le jour où Amy arrive au collège moulée dans un slim noir, les cheveux défaits, telle une mini Whitney Houston, c’est un peu comme lorsque Olivia Newton-John débarquait à la fin de Grease (1978, de Randal Kleiser) en bombe sexuelle, devant John Travolta ébahi. Amy « déchire ». Un deuxième chapitre s’ouvre, aux petits airs de Bande de filles (2014, de Céline Sciamma), version préado.

Bien sûr, le scénario a quelque chose de prévisible et l’on s’attend à chaque instant à ce que la double vie d’Amy finisse par être découverte. Mignonnes n’échappe pas au récit d’émancipation, avec ses rebondissements parfois gros comme une maison, et des scènes de danse à la longue un peu répétitives. Mais la précision du regard de Maïmouna Doucouré l’emporte : la caméra capte avec légèreté des signes vus à hauteur d’enfant, l’agilité du récit permet de comprendre en un plan l’arrivée prochaine du père avec sa seconde épouse.

L’actrice Maïmouna Gueye est bouleversante de sobriété, dans le rôle d’une mère acceptant son sort tout en laissant implicitement sa fille explorer sa liberté. Sans doute qu’elle lui fait confiance, par-dessus tout. Surtout, la cinéaste se garde habilement de porter un jugement sur la sexualisation très explicite des chorégraphies. Lors du concours de danse en plein air où les Mignonnes se produisent, explosives, la caméra se contente de filmer les visages des spectateurs et du jury, où se lisent une multitude de réactions.

B) PENDANT LE FILM
  • Constituez une liste de vocabulaire personnalisée (20 à 30 mots/expressions)
    • Indiquez systématiquement 
      • Le genre des noms par un article (le/la, un/une)
      • Le participe-passé et la construction des verbes (dir/indir, etc)
        • Ex: Pleuvoir: to rain (avoir plu)
      • la traduction anglaise
C) APRÈS LE FILM:
  • Préparez-vous à discuter du film
    • Comme d'habitude: comment présenter simplement ce film à quelqu'un qui n'en a jamais entendu parler?
    • Quel(s) personnage(s), quelle(s) scène(s) vous touche(nt) particulièrement? Pourquoi?
    • Notez une citation particulièrement frappante à votre avis.   
    • Quelles sont les trois idées majeures que vous retenez de ce film?  
    • Décrivez et analysez chacune des deux affiches présentées en haut de page. 
      • + Comment exprimer simplement la différence entre ces deux images?
    • Enfin (et comme d'habitude!): ce film vous pose-t-il problème? Pourquoi, ou pourquoi pas? 

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DEVOIRS POUR VENDREDI


"Dégoûtant et bien pire"?

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Commencez à réfléchir à un sujet pour le deuxième cercle de parole (ci-dessous, une série de suggestions — mais vous pouvez proposer votre propre sujet)

    1.  Dieudonné: provocation ou liberté d'expression?
    2. Comment répondre au négationnisme? 
    3. La non-mixité choisie, exclusion ou inclusion?
    4. Faut-il censurer Eric Zemmour?
    5. Votre sujet…


VOCABULAIRE

Une Polémique

  • I. − Subst. fém. Discussion, débat, controverse qui traduit de façon violente ou passionnée, et le plus souvent par écrit, des opinions contraires sur toutes espèces de sujets (politique, scientifique, littéraire, religieux, etc.); genre dont relèvent ces discussions. 
  • Engager, poursuivre une polémique avec qqn; aimer la polémique; faire de la polémique.  
    • 1. Il n'y a pas de vie sans dialogue. Et sur la plus grande partie du monde, le dialogue est remplacé aujourd'hui par la polémique. Le xxesiècle est le siècle de la polémique et de l'insulte (...) Des milliers de voix jour et nuit, poursuivant chacune de son côté un tumultueux monologue, déversent sur les peuples un torrent de paroles mystificatrices, attaques, défenses, exaltations. (Albert Camus,Actuelles I, 1948, p.258).
  • II. − Adj. Qui est relatif, qui appartient à la polémique; qui se réclame du caractère de la polémique.
    •   Article, attitude, critique, écrit, écrivain, langage, style, ton polémique. V
      • Ex: "L'attitude d'un laïque et d'un libre penseur, qui, sans préoccupation polémique, étudie le divin, est peut-être bien ce qu'il y a de plus étranger à notre goût français. (Barrès,Voy. Sparte, 1906, p.25).
  •  Étymologie: Emprunt au gr. π ο λ ε μ ι κ ο ́ ς [polemikos] «qui concerne la guerre», «disposé à la guerre», «batailleur, querelleur».

PRÉPARATION AU DÉBAT

  • Lire attentivement et synthétiser 
    • La citation de Maïmouna Doucouré
    • L'article 
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  • Sujet de réflexion: "Le film Mignonnes est-il dangereux?"
    • préparez une réflexion structurée en trois parties :
      • Introduction (pourquoi/comment le problème se pose)
      • Première partie (thèse): "Oui, on pourrait dire que ce film est dangereux pour les raisons suivantes…
        • Développez au moins deux arguments (tirés des documents proposés ou de votre propre expérience du film/réflection personnelle)
      • Deuxième partie (antithèse): "mais non, on ne peut pas vraiment dire que ce film est dangereux, pour les raisons suivantes…
        • Développez au moins deux arguments (tirés des documents proposés ou de votre propre expérience du film/réflection personnelle)
      • Troisième partie: votre position personnelle
        • Reformulez la question de départ et formulez ce que vous pensez réellement, le fond de votre pensée: "En fait, on devrait plutôt dire que ce film est… (vous pouvez multiplier les adjectifs ici)
          •  Donnez au moins deux arguments
      • Conclusion: 
        • Résumez les différents moments de votre argumentation 
        • Terminez sur une question qui ouvre la discussion vers d'autres horizons.

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MIGNONNES, LA POLÉMIQUE

"L'idée de ce film m'est venue lors d'une fête de quartier (j'ai grandi dans le 19 arrondissement de Paris), lors de laquelle des jeunes filles de onze, douze ans dansaient sur scène, comme dans les clips américains, clairement. Elles avaient des vêtements courts, transparents, avec une danse très suggestive. Et ce jour là dans le public il y avait également des mamans plus traditionnelles, d'autres qui portaient le voile. J'ai assisté à ce moment là à un véritable choc des cultures, et j'ai repensé à moi, à mon enfance, quand j'avais leur âge, et que justement je m'interrogeais sur ma féminité, sur ma construction en tant que future femme, tiraillée entre deux cultures (je suis d'origine sénégalaise et occidentale). Et j'ai décidé de vraiment me plonger dans cet âge […]. Donc j'ai rencontré pendant un an et demi de nombreuses petites filles de cet âge-là, qui m'ont raconté leurs histoires, comment elles vivaient leur transformation dans ce monde d'autjourd'hui, également à travers les réseaux sociaux. J'ai entendu de nombreux récits qui m'ont chamboulée, qui m'ont fait comprendre à quel point il était urgent que je raconte cette histoire, que je leur donne la parole avec ce film" 

(Maïmouna Doucouré, France Culture, L'Invitée Culture, Aout 2020 - écoutez l'entretien en intégralité ici)

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VIDÉO


Polémique autour du film "Mignonnes" : l'indignation à deux vitesses des États-Unis (LCI, Sept 2020)

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États-Unis : accusée d'exploiter les enfants, la réalisatrice française de "Mignonnes" se défend
( Jérôme Vermelin, LCI, 15 sept. 2020)


POLEMIQUE - Diffusé aux Etats-Unis sur Netflix, le film français "Mignonnes" est accusé de faire l’éloge de la pédophilie par les internautes et une partie de la droite américaine. Après avoir reçu le soutien de la plateforme, la réalisatrice Maïmouna Doucouré a décidé de sortir du silence.

C’est le film français dont tout le monde parle outre-Atlantique. Dans Mignonnes, la réalisatrice Maïmouna Doucouré suit le parcours d'Amy, 11 ans, une fillette parisienne issue d’une famille sénégalaise et musulmane, qui intègre un groupe de jeunes danseuses de son quartier dont les chorégraphies sulfureuses s’inspirent de celles des stars de la pop.

Sorti en salles chez nous le 19 août dernier, où il a rassemblé un peu plus de 35.000 spectateurs, Mignonnes a été acheté par Netflix qui le propose à ses abonnés depuis le 9 septembre sous le titre Cuties. Avant même sa mise en ligne, de nombreux internautes s’étaient émus de l’affiche américaine, où l’on voyait Amy et ses camarades prendre des poses lascives. La plateforme l’avait retirée, reconnaissant qu’elle n’était pas représentative de l’œuvre, primée au Festival de Sundance.

Réactions outrées de toutes parts

Fossé culturel ? Mauvaise foi ? Toujours est-il qu’à la découverte de Mignonnes, les attaques se sont multipliées aux États-Unis sur les réseaux sociaux. Mise en ligne la semaine dernière, la pétition d’une mère canadienne qui réclame le retrait du film, a ainsi été signée par plus de 650.000 internautes.

L’affaire a pris ces derniers jours une tournure politique puisque le sénateur républicain du Missouri Josh Hawley a écrit une lettre ouverte à Reed Hasting, le grand patron de la plateforme. "Netflix devrait expliquer au public pourquoi ils distribuent un film, Mignonnes, qui manifestement exploite des enfants sexuellement et met en péril le bien-être de l'enfance", réclame-t-il.

Son collègue texan Ted Cruz a lui écrit au ministère de la Justice afin qu’il ouvre une enquête "afin de déterminer si Netflix, ses dirigeants ou les individus impliqués dans le tournage et la production de 'Mignonnes' ont violé les lois fédérales contre la production et la distribution de pornographie infantile".

Face à ces attaques, Netflix affiche sa solidarité à la réalisatrice. "Mignonnes est un commentaire social contre la sexualisation des jeunes enfants", a indiqué la plateforme le 10 septembre dans un communiqué. "C’est un film primé et une histoire puissante sur la pression exercée par les réseaux sociaux et la société, de façon général, lorsqu’ils grandissent. Et nous encourageons quiconque s’intéresse à ces sujets importants à voir le film."

Silencieuse ces derniers jours Maïmouna Doucouré s’est exprimée ce lundi lors d’un panel en ligne organisé par Unifrance, l’organisme de promotion du cinéma français à l’étranger. Rappelant que Mignonnes avait été présenté à Sundance en janvier dernier, elle a expliqué que "le public qui était là avait vraiment vu que le film traitait d’un sujet universel. Ça ne parle pas de la société française. L’hyper-sexualisation des enfants a lieu sur les réseaux sociaux et les réseaux sociaux sont partout."

D’après elle, un film comme Mignonnes doit permettre "d’ouvrir les yeux sur ce problème pour essayer de le régler. Il est important et nécessaire de créer un débat et de trouver des solutions en tant que réalisateurs, responsables politiques et à l’intérieur du système éducatif".
A leur âge, elles ont vu ce genre de danses. N’importe quel enfant avec un téléphone peut les trouver- Maïmouna Doucouré, à propos des héroïnes de "Mignonnes"

Dans une interview publiée ce lundi sur le site Zora.com, Maïmouna Doucouré revient par ailleurs sur les conditions de tournage de Mignonnes, sur lesquels les élus républicains réclament des comptes. "J’ai fait en sorte de créer un climat de confiance avec les enfants en leur expliquant tout ce que je faisais et en leur parlant des recherches que j’avais effectuées avant d’écrire cette histoire", explique-t-elle.

"J’ai également eu de la chance que les parents de ces filles soient des gens engagés, donc nous étions tous du même côté. À leur âge, elles ont vu ce genre de danses. N’importe quel enfant avec un téléphone peut les trouver", ajoute-t-elle, précisant par ailleurs avoir travaillé avec un psychologue pour enfant durant le tournage. Mais aussi après "afin de m’assurer qu’elles parviennent à gérer cette nouvelle célébrité".

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AJOUTÉ APRÈS LA CLASSE


Exercice en classe: 
  • "Interdire le voile intégral dans l'espace public: oui ou non?"
  • Par 2 (10 minutes): liste des arguments pour et contre l'interdiction du voile
  • Après: Nouveaux binômes: 
    • 5 minutes: une personne pour, une personne contre (assignation arbitraire): jouer le rôle, défendre une position en utilisant
      • les arguments du film
      • d'autres arguments
    • Ensuite (5 mn): analyse, quels sont les arguments qui portent 
      • + comment démonter les arguments adverses?
  • Ensuite: (10 mn) classe séparée en deux groupes (inversion des rôles)
    • les personnes qui étaient pour dans le groupe contre et inversement
    • tous les arguments les plus efficaces en faveur de la thèse
  •  Classe entière: les deux groupes échangent leurs arguments (ping pong)

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CE QUE LE VOILE DÉVOILE: SYNTHÈSE
  • Un film à la première personne: Négar Zoka se met en scène, essaie différents types de voile
    • + A la fin, elle les retire et montre ses cheveux
      • « Moi, c’est tête nue que je me sens bien, et ma liberté, c’est de pouvoir choisir »
  • Le Thème de ce film: On veut interdire le niqab et la burqa dans l’espace public 
    • Quels sont les argument POUR et CONTRE cette interdiction?
    • + parenthèse au milieu: discussion sur la valeur du voile en général (Hijab)
  • OBJECTIF: "A travers ce débat sur le voile intégral, j’espère que je vais mieux comprendre mon pays, et les gens qui le composent".
NB: L'interdiction deviendra loi fin 2010 (l'argument sécuritaire l'a emporté — détails ICI)
 
POUR L'INTERDICTION
  • Nicolas Sarkozy (Président de la République, 2007-2012): « La burqa ce n’est pas un signe religieux, c’est un signe d’asservissement, c’est un signe d’abaissement »
  • Ami 1: C'est un "non sujet", il vaudrait mieux parler des crèches (1er ami, avec Bébé)
  • Ami 2: la religion doit rester dans la sphère privée; dans la sphère publique, on n’a pas à afficher des messages religieux de manière ostensible. 
  • Amie 3: T'es islamiste? Ben Musulmane?
  • Olivier, Ingénieur du son:
    •  hésite à participer au film « on pense pas pareil », "j’ai peur qu’on s’engueule »
    • reproche à Négar Zoka de « ne pas prendre la mesure du danger islamiste »
    • Souhaite filmer plus de gens en faveur de l'interdiction
      • "J’ai l’impression qu’on ne filme que des gens qui sont pour le niqab, qui disent qu’il y a pas de problème, on ridiculise Riposte Laïque; y a pas de problème, faut pas légiférer, tout le monde est libre de faire ce qu’il veut"
    • Intervention chez Kenza (femme en niqab) 
      • "Est-ce que vous pensez qu’en France il faut appliquer la charia ou la loi du pays?"
  • Parlementaires français:
    • asservissement de la femme, inégalité (on ne demande pas aux hommes de le porter)
    • barbare
    • une obligation religieuse, contraire à la laïcité
    • Choc des cultures
  • Pierre Cassin, Président-fondateur de "Riposte Laïque": 
    • Il y a une offensive islamiste (multiplication des voiles, des mosquées); offensive contre nos valeurs, la plus grave que la laïcité ait connue depuis 1905.
    • « Les musulmans choisissent-ils la loi de l’islam, la charia, ou la loi de la République? » 
  • Associations féministes (Ni Putes Ni Soumises, Femmes Solidaires) 
      • Sihem Habchi, présidente NPNS devant la commission parlementaire
      • Sabine Salmon, Présidente de Femmes Solidaires
      • Anne Sugier: présidente de la LDIF
    • réclament l’interdiction de la burqa au nom de la liberté de la femme. 
    • Le Voile est le" paroxysme de l’oppression machiste, un point de non-retour"`
    • Les Victimes "intègrent l’oppression et revendiquent leurs chaînes"
    • Le Voile intégral porte atteinte à toutes les femmes ("le corps des femmes est l’enjeu d’une guerre contre leur liberté")
    • "Le voile, il a un sens […] et tous les français le comprennent: il signifie la ségrégation, et il signifie un statut d’infériorité. Toute personne qui croit dans les valeurs de la république a le sentiment qu’il est agressé à travers le voile.
    • + les associations féministes condamnent TOUS les voiles
      (ÉLARGISSEMENT DE LA DISCUSSION, du Niqab au Hijab)
  • Résolution parlementaire
    • condamne le voile intégral
    • Évoque la possibilité loi interdisant de se masquer le visage dans l’espace public sur des bases sécuritaires
    • "L’argument sécuritaire est le seul qui semble inattaquable devant le conseil constitutionnel et le conseil européen des droits de l’homme"
  • Jacques Myard (député UMP, droite): il y aura une loi interdisant le port du voile intégral en france:
    • La majorité des députés est pour
    • La majorité de l'opinion est pour (57%)
CONTRE l'INTERDICTION
  • Samir Amghar (Sociologue): 
    • le "danger" représenté par ces femmes est symbolique, par pratique 
    • Elles sont rarement contraintes 
      • (L'obligation par mari, père, grande frère est rare: dans tous les entretiens qu'il a mené, les femmes s'étaient voilée « de leur plein gré")
    • Profil de la « porteuse de voile »
      • issue de l’immigration maghrébine, ou africaine sub-saharienne, ou française de souche convertie à l’islam
      • Point de vue social: classe inférieures, quartiers populaires
      • Point de vue psychologique: familles déstructurées (divorcées, parents absents)
  • Femmes en niqab rencontrées dans la rue à Trappes :
    • une interdiction viserait à stigmatiser les musulmans
    • d'accord pour les contrôles de sécurité
    • On ne demande rien, qu'on nous laisse tranquilles
  •  Juristes devant la commission parlementaire: une interdiction au nom de la laïcité serait inconstitutionnelle:
    • Anne Levade: « Le port du voile intégral dans l’espace public n’est pas de manière générale une atteinte au principe de laïcité. Le principe de laïcité s’impose à l’État, il ne s’impose pas aux personnes privées »
    • Denys de Béchillon, juriste: « Les personnes privées ne peuvent pas être assujetties à une obligation de laïcité parce que tout simplement ça leur interdirait d’exercer librement leur liberté religieuse. Si on interdisait aux personnes, si on leur imposait un devoir de laïcité, on leur imposerait symétriquement de ne pas avoir de religion en tout cas de ne pas la manifester."
  • Jean Baubérot (historien et sociologue de la laïcité)
    • Les seules limites à la laïcité: 
      • atteinte à la liberté d’autrui
      • atteinte à l’ordre public démocratique
    • + Exception: la loi de 2004 interdisant les signes religieux ostensibles à l'école
      • But: préserver les enfants des influences communautaristes
    • Pourquoi les gens invoquent la laïcité pour justifier leur rejet du voile intégral?
      • Peur de la différence (globalisation, évènements)
      • Rejet du voile intégral: montée d’une intolérance implicite
        > revendiquer une version dure de la laïcité (intégrisme républicain, une religion civile républicaine, pas laïque: imposition d’une uniformité de pensée)
    • En 1905, certains députés voulaient interdire le port de la soutane (signe d’asservissement à l’église + trouble à l’ordre public)
      • Décision à l'époque: pas d'interdiction (une "Loi de libération")
  • Endela, Asma (étudiantes portant le hijab, à l'Institut Européen des Sciences Humaines (IESH: école supérieure privée, dirigée par des théologiens proches des Frères Musulmans)
    • le Voile, une agression? "
      • "Je ne me donne pas le droit en tant que femme, en tant qu’être humain, de définir comment les gens doivent s’habiller." (Endela) 
      • "Nous on se bat aussi pour les droits de la femme. On se bat pour notre tenue vestimentaire, le droit de porter le voile et de pas avoir à le justifier" (Asma)
    • Les lois anti-voile légalisent le racisme, certains politiques cherchent à diviser la société,  et certaines féministes tombent dans le piège.
      • "Ils veulent m’exclure de la république, mais ils pourront pas, j’en fais partie!" (Endela)
    • Et les femmes qui sont forcées de porter le voile?
      • Certes, ça existe, on ne va pas se voiler la face [!]. Il faut protéger ces femmes » (!) Mais il y a des personnes qui voient leur liberté dans ce sens là. 
    • "On veut les mêmes droits que n’importe qui" (Asma)
  • Nabil Allouam (Docteur en communication, salafiste, créateur du site Salaf.com )  
    • L'islam est compatible avec la république: on peut être en désaccord avec les lois, c'est ça la démocratie.
    • "On ne peut pas exiger de moi que j’adhère à toutes les lois. Il y a des lois qui me heurtent. Personne ne peut être d’accord sur tout. C’est pas ça la vie, c’est pas ça la démocratie"
    • l'égalité réelle, ça n'existe pas.  
  • Kenza (La miss France du Niqab)
    • Pas forcée (Mon mari n'aurait pas pu m'empêcher de me voiler)
    • En tant que française, je suis en droit de me battre pour ma liberté
    • La lapidation: une forme de justice comme les autres
    • La France n’est pas un pays musulman: pas de charia
POSITION DE NÉGAR ZOKA
  • « Moi, même si je n’aime pas les femmes en voile intégral, je ne comprends pas la réaction violente des français ni l’ampleur du débat. J’ai dû attraper le sale virus du multiculturalisme, ou pire du communautarisme, quand j’habitais aux Etats-Unis! » (Négar Zoka a fait ses études de masters à NYU!!)
  • pour celles qu’on oblige à porter le voile: une loi qui leur interdirait de sortir dans la rue les enfermerait encore un peu plus dans leur prison familiale
  • Si on rasait les barbes, si on arrachait les voiles intégraux de force, changerions nous les salafis dans leurs convictions? Au contraire, je pense que nous les renforcerions en les martyrisant.
  • Qu’est-ce que j’ai appris dans cette quête? Il y a en France
    • des gens qui se sentent menacés
    • des jeunes femmes "sans doute un peu dérangées" qui choisissent de se cacher sous un voile pour  être plus proches de Dieu
    • d’autres qui choisissent de porter le hijab dans une société où leur prénom est déjà un handicap
    • des intellectuels qui préfèrent renoncer à une carrière universitaire plutôt que de transiger
    • des humanistes qui pensent qu’on peut forcer les gens à être libres
  • "On peut s’égarer quand on parle avec une femme en voile intégral. L’important, c’est de continuer à discuter"
  •  Conclusion: "Au fond, ce film sur la burqa c'était un prétexte, un prétexte pour mieux connaître une société française que j'ai découverte cloisonnée et vivant dans la peur de l'autre. Moi je refuse la peur, je ne crois pas à une offensive islamiste, je ne crois pas non plus à une fraternité imposée d'en haut. Dans une démocratie il y aura toujours des gens que nous n'aimerons pas,  des imbéciles qui feront des mauvais choix, et des gens dangereux. L'important, c'est que ces gens là n'arrivent jamais au pouvoir. Mais si nous nous laissons guider par nos peurs, nous ne serons plus très différents de nos ennemis. Olivier, lui, n'est pas d'accord."

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POUR ALLER PLUS LOIN:  

Islam-islamisme, quelle différence? 
(Ardavan Amir-Aslani , Huffingonpost, avril 2013)

L'islam, d'où moins dans sa version sunnite ultra majoritaire, nous savons tous ce qu'il est. Une forme de monothéisme rigoriste, qui n'instaure aucun corps ecclésial entre Dieu et l'homme et dont la croyance est basée sur l'unicité absolue de Dieu, la sacralité indiscutable du Coran et l'authenticité de la prophétie mohammadienne.

Etre musulman, c'est tout simplement reconnaître qu'"Il n'y a de Dieu qu'Allah et que Mohamed est son prophète". Etre musulman pratiquant, c'est ajouter à cette profession de foi, la pratique de ces quatre obligations: la prière, le jeûne, l'aumône et le pèlerinage à la Mecque.

L'islamisme, nous savons aussi ce qu'il est doctrinalement et indépendamment des formes extrêmes ou minimales qu'il peut prendre, selon le contexte historique, sociologique, politique et culturel où il s'implante.

Le fondement de la doctrine islamiste, c'est le lien indissociable et irrémédiable du religieux et du politique en vue de réaliser ici-bas la "cité idéale" dont le paradigme reste Médine au temps du prophète. Aux cinq préceptes religieux déjà mentionnés, l'islamiste ajoute un sixième que Dieu aurait oublié: le combat des infidèles, qu'ils soient musulmans ou pas, pour instaurer la souveraineté de Dieu sur terre. C'est d'ailleurs au nom de ce sixième précepte, appelé "l'obligation absente", que les Frères musulmans ont assassiné Sadate.

L'islamisme est donc par essence une utopie messianiste, universaliste, théocratique et totalitaire. Ce n'est pas la religion, mais une "religion séculière" dans le sens que Raymond Aron assignait à ce terme. L'islamiste n'est pas le citoyen d'un pays mais le fidèle à une communauté. Pour lui, la loi de Dieu transcende et ordonne les lois humaines. Entre foi et loi, son choix est vite fait.

Voilà pourquoi il existe une opposition irréductible et un antagonisme radical entre la laïcité et l'islamisme. En revanche, on peut tout à fait être musulman et laïc. A moins de considérer que la sécularisation est impossible en terre d'islam et que les musulmans sont condamnés à la réclusion identitaire à perpétuité, on devrait soutenir ce principe auquel croient beaucoup de musulmans traversés par le "printemps arabe".