CERCLE DE PAROLE N°2 + LA BOÉTIE

Étienne de la Boétie

POUR JEUDI
  • PAS DE CONTRÔLE DE VOCABULAIRE: 
    • concentrez-vous sur vos recherches, et reposez-vous autant que possible!
  • Promenez-vous dans le prélude. Vous allez peut-être rencontrer un ami…
  • Lisez attentivement les recommandations de méthodologie pour le deuxième Cercle de Parole.
  • Commencez à explorer votre sujet:
    • venez en classe prêt.e à en discuter sérieusement avec votre partenaire
    • vous aurez seulement une semaine de préparation en classe avant la présentation!
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 PRÉLUDE:
LA SERVITUDE VOLONTAIRE


Etienne de la Boétie (1530-1563)

  • Écrivain humaniste et poète français, il fut le meilleur ami de Michel de Montaigne, qui lui rendit hommage dans ses Essais.
  • Son importance philosophique tient en un tout petit livre : Le Discours de la Servitude Volontaire qui, sans défendre de système politique particulier, constitue une très sévère critique contre la tyrannie. 
  • Humaniste, il apparaît comme un esprit tolérant pendant une période troublée par les guerres de religion entre catholiques et protestants. 
  • Il meurt en 1563 à l'âge de trente-trois ans. 
  • Le Discours de la Servitude Volontaire (qu'il avait écrit à l'âge de 18 ans!) n'est publié qu'après sa mort, en 1574. Il sera réimprimé à chaque période de lutte pour la démocratie (en 1789, en 1835, en 1857 contre Napoléon III)
Discours de la Servitude Volontaire: Synthèse
  • Pour La Boétie, il ne peut exister de tyrannie sans assentiment du peuple. De ce point de vue, la servitude est donc par essence volontaire. Le tyran est en effet toujours seul face à des millions d'hommes et il suffirait que ces millions d'hommes cessent d'obéir pour que la tyrannie disparaisse. Le rapport de force est toujours en faveur des gouvernés. La nature nous soumet naturellement à nos parents et à la raison mais ne nous fait esclaves de personne. Nous sommes donc esclaves parce que nous le voulons bien. Mais vivre libre, c'est être heureux. La servitude volontaire apparaît donc comme une réalité paradoxale, un problème qu'il s'agit de résoudre. 
  • Pourquoi donc les peuples acceptent-ils de se soumettre à un tyran ?
    • La première raison réside dans l'habitude. La personne qui connaît la liberté n'y renonce que contrainte et forcée. Mais on s'habitue à la servitude et ceux qui n'ont jamais connu la liberté « servent sans regret et font volontairement ce que leurs pères n'auraient fait que par contrainte »
    • La deuxième raison est que les tyrans affaiblissent leur peuple. Ils le feront par exemple en leur donnant des jeux, des spectacles. Le tyran allèche ses esclaves pour endormir les sujets dans la servitude. Le tyran accorde des largesses à son peuple sans que celui-ci se rende compte que c'est avec l'argent même soutiré à ses sujets que ces divertissements sont financés.
    • Certains tyrans, avant de commettre leurs crimes, font de beaux discours sur le bien général et la nécessité de l'ordre public. D'autres utilisent l'artifice de la religion pour susciter la crainte du sacrilège, utilisant la tendance de l'ignorant à la superstition.
    • Enfin, la dernière raison qui permet la tyrannie est qu'une partie de la population se met à son service par cupidité et désir d'honneurs. Certain.e.s flattent leur maître espérant ses faveurs, sans voir que la disgrâce les guette nécessairement, devenus complices du pouvoir. Ainsi se forme la pyramide sociale qui permet au tyran d'« asservir les sujets les uns par le moyen des autres » 
  • La résistance et l'usage de la raison sont donc les moyens de reconquérir la liberté (La Boétie ne fait aucune théorie de la révolte populaire) car des tyrans on peut dire qu'« Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux » Il n'est donc pas besoin de combattre les tyrans, il suffit de ne plus consentir à la tyrannie. « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres » Caractéristique de l'idéalisme humaniste, la pensée de La Boétie suppose une histoire produite par la seule intention des hommes sans voir que la politique a aussi son autonomie et sa spécificité.

EXTRAIT

Ce ne sont pas les bandes de gens à cheval, les compagnies de fantassins, ce ne sont pas les armes qui défendent un tyran, mais toujours (on aura peine à le croire d’abord, quoique ce soit l’exacte vérité) quatre ou cinq hommes qui le soutiennent et qui lui soumettent tout le pays. Il en a toujours été ainsi : cinq ou six ont eu l’oreille du tyran et s’en sont approchés d’eux-mêmes, ou bien ils ont été appelés par lui pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maquereaux de ses voluptés et les bénéficiaires de ses rapines. Ces six dressent si bien leur chef qu’il en devient méchant envers la société, non seulement de sa propre méchanceté mais encore des leurs. Ces six en ont sous eux six cents, qu’ils corrompent autant qu’ils ont corrompu le tyran. Ces six cents en tiennent sous leur dépendance six mille, qu’ils élèvent en dignité. Ils leur font donner le gouvernement des provinces ou le maniement des deniers afin de les tenir par leur avidité ou par leur cruauté, afin qu’ils les exercent à point nommé et fassent d’ailleurs tant de mal qu’ils ne puissent se maintenir que sous leur ombre, qu’ils ne puissent s’exempter des lois et des peines que grâce à leur protection. Grande est la série de ceux qui les suivent. Et qui voudra en dévider le fil verra que, non pas six mille, mais cent mille et des millions tiennent au tyran par cette chaîne ininterrompue qui les soude et les attache à lui, comme Homère le fait dire à Jupiter qui se targue, en tirant une telle chaîne, d’amener à lui tous les dieux. De là venait l’accroissement du pouvoir du Sénat sous Jules César, l’établissement de nouvelles fonctions, l’institution de nouveaux offices, non certes pour réorganiser la justice, mais pour donner de nouveaux soutiens à la tyrannie. En somme, par les gains et les faveurs qu’on reçoit des tyrans, on en arrive à ce point qu’ils se trouvent presque aussi nombreux, ceux auxquels la tyrannie profite, que ceux auxquels la liberté plairait.
Etienne de la Boétie, Discours de la Servitude Volontaire (1548)

Le Texte intégral français est disponible ICI 

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POUR ALLER PLUS LOIN: 

Most scholars are agreed that the Servitude volontaire is not to be considered a transitory political document written to fit some particular emergency. It seems to be instead a serious contemplation of man's relation to government, which fact makes it indeed the living document it is today and ever will be. Just as Machiavelli's system may be termed autocratic, and Calvin's theocratic, La Boétie's is obviously one of the earliest Christian demonstrations of a new ideal in government, the democratic, for the author clearly states that men are born free and equal. The title he chose for his tract, Voluntary Servitude, proves that he considers the people responsible for their enslavement to a despot. He feels scorn for the tyrant but also contempt for the nation submitting to him. La Boétie's genius consists in realizing and stating succinctly to his times the idea of the inalienable rights of the people, the very rights claimed for us in the Preamble to our American Constitution. The entire discourse breathes with this sentiment of the dignity and intrinsic independence of the individual.

It would be a mistake, however, to consider La Boétie a firebrand intentionally inciting to revolt against oppression. He has taken every precaution to prevent the application of his thinking to the government of France. His terms of deference are too sincere to permit any notion of hypocritical subservience. The truth is he was not a rebel. We know not only from his words but also from his judicial record that he was the declared enemy of violence. His method of redress against dictators is much more subtle and effective than violence, and might be substantially described as "passive resistance." He sought political reform not by overt deeds involving bloodshed, but by a refusal of obedience to the orders of tyrants. Pastor Niemöller of Germany would be the perfect modern exponent of the doctrine of the discourse, which teaches essentially a peaceful method of obtaining liberty by the use of a moral weapon against which no dictator can prevail. La Boétie paints in lurid and clownish colors the complexion of tyranny, explains its unstable and contemptible basis, and then shows serenely the way to its overthrow by patience, passive resistance, and faith in God.

It is not too much to assert that, if this four hundred-year-old essay could be placed in the hands of the oppressed peoples of our day, they would find a sure way to a rebirth of freedom, a manifestation of a new spirit that would almost automatically obliterate the obscurantist strutters who today throttle their rights to life, liberty, and the pursuit of happiness.

(HARRY KURZ, Queens College, February 1942)

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CERCLE DE PAROLE N°2: 
 
Méthodologie
  • Votre duo va disposer de 30 minutes pour  
    • présenter une question difficile à la classe
    • examiner + partager des clés pour y réfléchir
      • OBJECTIF: créer les conditions d'un débat informé, structuré, et respectueux.
  • MÉTHODE: 
    • Définir votre thème le plus précisément possible
      • Ex: "L'euthanasie, c'est quoi?"
      • Ex: "Dieudonné, c'est qui?"
    • Problématiser votre thème:
      • quel est le problème (ou quels sont les problèmes) qui se posent pour discuter de cette question?
      • quels sont les faits, exemples et arguments majeurs utilisés, en France, dans le débat autour de cette question?
    • Définir votre point de vue: quelle est votre position sur cette question?
      • D'abord: quel est votre point de vue "spontané", avant de commencer les recherches? 
        • Que savez-vous avant de commencer, qu'en pensez-vous?
        • Pourquoi ce sujet vous intéresse-t-il personnellement?
      • Pendant vos recherches: 
        • quels sont les éléments (faits, arguments) qui vous permettent de
          • mieux comprendre la question
          • modifier votre point de vue? 
    • Mettre au point une stratégie pour le Cercle de Parole: comment allez-vous
      • démontrer l'importance du problème?
      • exposer clairement les tenants et les aboutissants du débat?
      • inviter vos camarades à débattre?
  • AVANT LA RENCONTRE EN CLASSE: il vous faudra présenter un dossier pour que vos camarades puissent se familiariser avec les arguments que vous exposerez.
    • Documents écrits
    • extraits vidéo
    • extraits audio + transcription
  • PENDANT LE CERCLE DE PAROLE
    • Soignez votre entrée en matière: comment allez vous entamer la discussion?
    • Parlez SANS NOTES: vous pouvez disposer d'une feuille avec vos idées principales et la structure générale de votre propos (pour ne pas perdre le fil et ne rien oublier) mais il est essentiel de NE PAS LIRE.
    • Évitez la structure "un membre du groupe = une partie". Il s'agit pour votre groupe de proposer UNE conversation à la classe, et non pas plusieurs mini-présentations (la succession de monologues qui résulte de ce genre d'approche est systématiquement néfaste, la dynamique qui en résulte très souvent négative). 
      • L'idéal serait que chaque membre du groupe parle plusieurs fois dans chaque partie (ce qui n'empêche pas d'avoir un.e "spécialiste", une personne qui a fait des recherches plus poussées et maîtrise mieux le sujet — mais chaque membre du groupe doit maîtriser toutes les problématiques évoquées et intervenir plusieurs fois dans chaque partie.)
        • En d'autres termes, on doit entendre toutes les voix tout le temps!
  • VERS LA FIN DE VOTRE CERCLE DE PAROLE: la classe devra se prononcer sur votre sujet en fonction des éléments présentés.
    • L'objectif sera de répondre aux questions suivantes: 
      • Quels sont les éléments nécessaires pour 
        • Se positionner sur cette question en connaissance de cause?
        • avoir un débat raisonnable sur cette question?