La sociologue et l'ourson — transcription intégrale des dialogues


LA SOCIOLOGUE ET L’OURSON

C'est une proposition faite depuis plusieurs années
que j'ai portée durant la campagne présidentielle.
J'ai donc demandé
à ce que le gouvernement prépare un projet de loi
qui ouvrira la possibilité du mariage
aux couples homosexuels.

Septembre
Maman
- Allo...
- Maman !
- Mathias, mon chéri,
est-ce que je peux mettre ma tarte au four
et te rappeler d’ici une demi-heure ?
- Heu… non !
Parce que dans une demi-heure j’ai un rendez-vous.
- Bon alors je t’écoute…
Mais je ne pense pas qu’on vous laissera entrer.
- Et ben on va essayer quand même
- Mais vous ne pourrez jamais filmer le déjeuner !
- On ne sait jamais, Maman…
- Mais pourquoi on ne se donne pas rendez-vous là-bas vers 12h30,
c’est quand même plus logique !
- Mais non, je t’ai déjà expliqué :
c’est pour nos trucs de cinoche,
on veut faire un plan de toi dans la rue,
un plan de toi dans le métro,
parce que si ça se trouve, c’est tout ce qu’on aura.
- J’espère ne pas devenir l’héroïne du film, quand même !
- Hé Mathias, c'est quoi ces chaussures trouées au bout ?
- Je dois faire des courses,
- Mathias !
- Elles sont en train de mourir vraiment.
- Ah non, mais attends…
- Je vais vous débarrasser peut-être ?
- Oui, s’il vous plaît.
- Par ici
- Bonjour Irène
- Monsieur le Président de la République.
- Bonjour
Comment ça va ?
- Bien !
Bien.
Je souhaitais que nous puissions avoir,
dans le cadre le plus agréable possible
et en même temps avec toute la liberté indispensable pour cet échange
une vision de ce que nous pouvons attendre du débat qui va s’ouvrir
sur le mariage, mais surtout l’adoption…
- Allo
- Allo Maman
- Oui Mathias..
- Je te dérange pas longtemps,
c’est au sujet du déjeuner d’hier.
J’aurais besoin que tu me racontes
ce qu’il se passe lorsque la porte se ferme.
- Quand la porte se ferme ?
Quand la porte se ferme on nous a désigné nos places,
et donc c’est une table où il y a peut-être une quinzaine de personnes.
Il avait invité des sociologues, psychiatres,
psychanalystes, juristes
pour prendre la température, je dirais,
 sur le projet de loi Mariage pour Tous.
- Tu as senti quelle était sa position ?
- Absolument impénétrable.
Souriant et impénétrable.
Chacun va essayer quand même de faire passer, comme on dit, un message
avec l’espoir que ça marquera l’oreille présidentielle.
Parce que le projet, on l’a pas vu mais il est annoncé,
donc c’est la fébrilité des débats jusqu’au Conseil des Ministres le 24 octobre
D’ici là tout le monde essaye de modifier le projet le plus possible.
Une fois qu’il est présenté, c’est ça qu’ils vont défendre à l’Assemblée.

Octobre 
Bonsoir à tous dans l’actualité ce soir
une phrase,
une petite phrase de quelques mots
qui sera inscrite dans le Code Civil
et qui va marquer l’avènement du mariage homosexuel :
le mariage est contracté par deux personnes de sexes différents
ou de même sexe.
Le premier Ministre a aussi indiqué que le projet de loi
serait adopté en Conseil des Ministres
dans 3 semaines exactement.
C’est une révolution du droit,
 et une révolution des mœurs.
Mais dis-moi, ça s'emballe pas mal les journalistes, là ?
- Ça y est le débat est parti.
J'ai fait une tribune dans l'Huma,
+ la tribune signée,
+ l'interview dans le Nouvel Obs.fr,
donc maintenant c'est parti et ça va pas s'arrêter tout de suite.
- D'ailleurs, j'ai lu tous les articles.
- Alors ? Qu'est ce que t'as pensé ?
- C’est bien...
Après je dois parfois lire plusieurs fois la même phrase pour bien comprendre...
- Ah bon ?
- C'est un peu…
- C'est assez complexe, mais sur le fond, quand on n'y pense,
je ne parle pas de choses compliquées.
- Et bien justement, comme je t’ai dit, pour le film,
on aimerait quelque chose de moins technique
Ouais
- Alors, j'ai branché mon petit enregistreur.
- Mais attends, tu veux que je te refasse un topo sur le mariage, là ?
je l'ai fait 1000 fois !
- Je ne comprends pas ce que tu veux.
- C'est simple :
j'entends partout “on va détruire le mariage,
c'est le pilier de notre civilisation depuis la nuit des temps.”
Est-ce que les mariages de nos ancêtres étaient les mêmes qu’aujourd'hui ?
- Mais bien sûr que ce n’est pas du tout les mêmes mariages...
le mariage n'arrête pas de changer.
On peut prendre si tu veux...
Mon arrière-grand-mère, ma grand-mère, ma mère et moi.
Mon arrière-grand-mère est née dans une région très pauvre du Morvan,
au petit village de Cussy-en-Morvan.
Elle était devenue une lavandière
qui faisait le linge dans une grande famille bourgeoise.
Je ne connais pas tous les détails,
mais elle a été mise enceinte par son patron,
et le patron évidemment, non seulement il ne l’a pas épousé,
mais il a refusé de reconnaître l’enfant.
Et à l’époque tout femme qui était censée avoir une vie sexuelle,
et encore pire des enfants sans être mariée,
c’était une pute.
C’était la honte.
Le problème de mon arrière grand-mère,
c’est qu’elle n’était pas mariée.
Et en dehors du mariage,
on était renvoyé du côté des filles perdues.
Je sais qu’elle a dû revenir dans son village
pour y éduquer sa fille,
celle que j’appelais Mémé,
c’est-à-dire ma grand-mère à moi.
Aujourd’hui on dirait :
“mais un enfant n’a pas à payer pour les ”fautes“ de ses parents,
mais à l’époque on trouvait ça normal.
Les enfants bâtards ils étaient des parias sociaux.
Ils étaient l’incarnation d’une transgression sociale
et donc Mémé, ma grand-mère,
elle a porté sa toute sa vie comme un grand fardeau.
Ma grand-mère n’a eu qu’une idée,
c’était de rattraper en quelque sorte la tache qu’il y avait sur sa naissance.
Alors elle s’est mariée.
Et le mariage ça vous donnait un statut social honorable.
Elle fait 7 enfants.
La dernière des 7 enfants,
c’est Yvonne, ma mère.
Donc Maman est tombée amoureuse de mon père
à la fin de la seconde guerre mondiale.
Et alors que manifestement
le mariage de ma grand-mère,
c’était un mariage d’insertion sociale,
le mariage de maman,
c’est le mariage d’amour
avec toutes les contradictions du mariage d’amour de l’époque
parce que quand elle a connu Papa,
 elle avait déjà un métier.
Et elle est devenue mère au foyer.
Ce qui n’était absolument pas
dans son tempérament.
Y avait rien de plus emmerdant
que les trucs domestiques,
s’occuper de la maison, de la nourriture...
Elle le faisait, mais ça ne la passionnait pas.
C’était une intellectuelle, ma mère, vraiment.
Moi j’arrive à l’âge adulte en plein dans l’explosion de Mai 68,
de critique justement du mariage.
On disait : la famille peut aussi exister en dehors du mariage.
J’avais envoyé une grande lettre
à mes parents
pour leur expliquer pourquoi
j’étais contre le mariage.
Moi j’appartiens à la génération
qui a voulu s’émanciper de l’obligation de se marier.
Ce qui compte,
c’est le contenu même de la relation.
Le mariage c’est se caser,
c’est un rite bourgeois,
enfin c’était vraiment dans ces années de révolte contre le mariage.
Je rencontre Michel qui avait déjà 2 enfants et qui allait divorcer.
C’était vraiment une rencontre d’amour immense qui s’est imposée à nous.
Et on a décidé de se marier.
- Mais je croyais que vous vous en foutiez de vous marier ?
- Et bien oui !
On s’est mariés pour des questions pratiques
parce que j’étais professeur dans un collège
avec les points de rapprochement de conjoint que j’allai gagner par ce mariage
je pourrai travailler près de Paris, voilà.
On a invité personne.
Y avait juste 2 témoins.
On était pas en habits de mariage.
Notre 2 CV a eu une contravention pendant qu’on était a la mairie.
On montrait bien que ça n’était pas important.
Maintenant je soupçonne qu’en fait c’était un peu du chiqué,
parce que je crois que j’étais très contente de me marier.
Et après avoir attendu longtemps d’être enceinte,
c’est quand on a décidé de se marier
que j’ai été enceinte dans le mois qui a suivi.
Je me suis toujours dit “c’est bizarre”.
Et tu vois Mathias, rien que cette histoire sur quelques générations
montre que les enjeux du mariage,
 le sens du mariage,
ça a changé.
Alors ce qui n’avait pas changé,
c’était qu’un mariage était toujours l’union d’un homme et d’une femme.
Tu dois faire attention à ne pas faire un film sur ta mère.
- Mais ça je crois qu’il va le
comprendre progressivement…
- Non mais je l’ai compris,
mais il faut comprendre que c’est aussi un film sur ma mère.
- Tu devrais faire un film…
- Oui je devrais faire un film ?
- … sur la conférence de la pauvreté
qui démarre.
C’est en décembre, ça va, tu as le temps.

Novembre
Vous sortez !
Mes chers collègues l’Assemblée a été saisie hier
du projet de loi ouvrant
le mariage aux couples de même sexe
qui a été présenté au Conseil des Ministres hier matin.
Parce qu’il se propose de modifier
à titre principal le code civil dans ses dispositions relatives au mariage
et celles relatives à l’adoption,
la commission des lois de notre Assemblée débute donc aujourd’hui son étude.
Ce texte vise à assurer
une reconnaissance républicaine
du libre choix matrimonial
des individus qui le souhaitent
au nom de l’égalité des droits.
C’est une belle ambition,
d’autant que le mariage est codifié dans le Code Civil depuis 1804
sans que ni sa signification,
ni sa vocation ne soit explicitées.
Je crois que la sociologie peut apporter sa pierre à la discussion
si elle nous incite à comprendre que nous vivons des changements
qui s’inscrivent dans une très longue histoire.
Nous avons vécu un bouleversement du sens du mariage.
Le mariage n’est plus le seul et unique fondement
de ce qu’on appelait la vraie famille.
Et aujourd'hui, il est vécu principalement comme l'institution d'un lien de couple.
Bonjour à tous, ravie de vous retrouver sur LCP.
Suite des auditions sur le Mariage pour Tous à l'Assemblée Nationale.
Les sociologues étaient entendus par les députés de la Commission des Lois.
Des auditions qui vont durer tous les jeudis jusqu'à Noël.
Et le projet de loi provoque déjà la fronde de certains élus :
des centaines de maires ont fait savoir qu'ils refuseront de célébrer de telles unions
au risque de se mettre hors-la-loi.
Le mariage, ça doit être l’altérité mâle/femelle, femelle/mâle.
C’est structurel dans nos sociétés
et ça quelles que soient les sociétés.
Il y a toujours eu des homosexuels,
je les respecte,
mais de là à changer des règles structurelles de société
permanentes depuis des siècles et des siècles,
il y a un pas que je ne franchirai pas.
Et puis l'actualité de ce week-end sera aussi dominée
par les manifestations contre le Mariage pour Tous.
Les opposants se sont mobilisés dans toute la France.
Un mouvement anti avec une égérie haute en couleur :
Frigide Barjot,
visage médiatique de cette manifestation.
On va supprimer le mariage,
on va en imposer une nouvelle forme à tous les autres,
à 98% de nos congénères
qui demain dans ce Code Civil,
mais dans tous les codes français,
ne seront plus ni homme ni femme,
ni père, ni mère.
Merci, nous aimons les Musulmans !
Et maintenant je passe la parole à Lionel Lumbroso.
Il a fondé David et Eugéna.
Il est Juif, il est athée, il est de gauche
et il est pour le mariage civil et la filiation PME :
Père-Mère-Enfant.
Tout à fait, Frigide, merci.
Et comme le disait notre camarade Camel Bechikh,
je suis ici aussi pour témoigner
que ce mouvement est trans-religion, trans opinion politique.
Je suis juif et athée
et lorsque le grand rabbin de France Gilles Bernheim
le premier comme voix majeure
s’est élevé en publiant un très beau texte de 25 pages,
je n’ai rien trouvé à y redire, tout m’a parlé,
et notamment sa conclusion qui disait
“Je veux vivre dans une société
où ce qui se joue d’extraordinaire dans la rencontre d’un homme et d’une femme
continue d’être institué par une institution
et un mot bien particulier.”
Oui, Mathias.
Ton père dort déjà.
Y avait du monde à ces manifs, non ?
- Mais ouais y avait du monde
- Et ils avaient l’air comment, ces gens ?
- Ils avaient l’air…
y avait des familles, pas mal d’enfants…
Mais demain j’irai voir la manif des autres,
des intégristes.
- Ah oui ça va être gratiné, ça.
Mais je ne veux pas parler trop longtemps
parce qu’il y a Michel qui dort à côté de moi.
Bon. Je te fais des gros bisous, Mathias.
- Je te rappelle demain pour te poser ma question !
- D’accord, d’accord.
Embrasse Violaine, Ciao.
La France a besoin d’enfants, pas d’homosexuels
Alors je me demandais :
pourquoi ça arrive maintenant
que les homosexuels revendiquent le mariage ?
Alors il faut revenir dans le passé.
Quand le mariage était l'institution donc de la famille,
que faisaient les homosexuels ?
Autrefois les homosexuels se mariaient avec une personne de l’autre sexe.
Avaient des enfants.
Connaissaient les joies de la transmission et de la paternité ou de la maternité
et leur vie sexuelle ils la vivaient secrètement en dehors.
Ils avaient une double vie.
Et puis ma génération, la génération du Baby Boom,
ça a été celle de la sortie du placard.
Fierté Gay
Mais en même temps justement on cessait de faire une famille,
de se marier, d’avoir des enfants
et puis d’avoir une double vie.
Mais c’est l’histoire d’une génération.
Parce que ça n’allait pas durer que 5 ou 10% de la population
qui est à peu près la proportion d’homosexuels dans une société,
n’ait pas d’enfants.
Ça n’a jamais été des personnes stériles,
ça n’a jamais été des personnes insensibles
aux joies de la paternité ou de la maternité.
Ça n’a jamais été des personnes insensibles
au fait qu’on est des mortels
et que par les enfants on transmet quelque chose
qui va vous survivre.
Et ce qui devait arriver arrive.
Le désir de paternité ou de maternité qui a été refoulé le temps d’une génération
est revenu.
C’est normal, c’est logique.
Simplement il est revenu en disant :
“Etre père ou être mère, pourquoi renoncer,
et pourquoi pour autant se cacher ?“
Décembre
Favorables à 60% au mariage, pourquoi des débats si passionnés,
est-ce que la France est homophobe ?
Alors je dirais : « Non,
la France n’est pas homophobe.
tous les moins de 50 ans…
Donc, il y a un problème générationnel.
Tous les moins de 50 ans sont très favorables.
Il y a un vrai changement
de notre pays
sur l’homosexualité. »
Bien sûr si on dit :
“Voilà, ça a toujours été l’union d’un homme et d’une femme”,
tout à coup ça peut devenir l’union de 2 hommes, l’union de 2 femmes,
on a l’impression que c’est un séisme.
Mais si on dit “attention,
très progressivement le mariage est devenu l’union d’un couple”
et au fond nous avons institué un couple de même sexe il y a 13 ans.
Est-ce que ça a supprimé la différence des sexes ?
Pas du tout.
De même on a appris à penser aussi aux autres pays.
Regardez l’Espagne.
Des pays qui ont été très bouleversés il y a 7 ans ou plus,
et aujourd’hui personne ne veut revenir en arrière.
Donc je crois que nos concitoyens sentent ce mouvement.
Et pour ceux qui se posent des questions,
en particulier sur la filiation, sur l’adoption,
sur la procréation assistée,
il faudra effectivement continuer d’apporter des réponses,
ne pas sous-estimer le trouble qui existe,
mais apporter des réponses qui rassurent,
qui montrent qu’on peut s’entendre sur ces sujets.
Je t’ai présenté ?
Irène…
Voilà Éric, mon futur mari, mon futur époux,
le futur papa légal…
- Depuis le temps que je lui dis que je voulais vous rencontrer.
- Et bien voilà, ça s’est fait en manifestant.
- Ça me fait très plaisir.
- Mais moi aussi, merci
- Et qu’est-ce que vous avez fait du petit ?
-  Il est avec des amis. Là-bas.
- Viens !
- Voilà Bartholomé…
- Bonjour
- Ça t’impressionne, hein, bonhomme ?
- Ah c’est impressionnant !
- Y a un monde fou !
- Bonjour Bartholomé.
Y a plein de monde,
tu te demandes ce que c’est tout ce monde.
La Ministre de la Famille Dominique Bertinotti était sur notre antenne ce matin,
Elle insiste sur le besoin de sécurité juridique des enfants
qui vivent déjà dans des familles homoparentales, écoutez :
« Cette loi, je tiens à le dire, est une avancée pour tous,
et va permettre la sécurisation juridique de nombre d'enfants
qui vivent déjà dans des familles homoparentales »
- Frigide Barjot, vous en faites quoi de ces enfants
qui vivent déjà dans des familles homoparentales ?
- J'en fais qu'effectivement il y a certainement des lacunes et des revendications
qui sont parfaitement légitimes,
mais y a pas besoin de changer tout le code civil pour ça.
On peut partager l'autorité parentale,
on peut la déléguer…
Maintenant il y a des enfants qui sont faits dans des couples homosexuels
avec un donneur anonyme de sperme,
et c'est le conjoint qui demande à avoir une parenté, une filiation.
Et bien nous pouvons donner des droits équivalents sans transmettre la filiation
parce qu'un enfant, cher ami,
n'est pas né de 2 hommes,
ni de 2 femmes.
Maman !
Alors j’ai une nouvelle question à te poser,
est-ce que tu as un petit peu de temps à m’accorder ?
- Pas très longtemps parce que ton père est allé acheter,
je sais pas quoi, des yaourts Mamie Nova au chocolat et du poisson pané,
pour les filles,
et quand il va rentrer je serai toujours en pyjama
et il va m’engueuler et tout ça.
- Donc il est pas là.
- Il est pas là.
- Donc profitons-en !
- Oui mais pas longtemps !
- OK. Donc j’ai une question toute simple, c’est :
comment est-ce qu’on fait les bébés ?
- Comment est-ce qu’on fait les bébés ?
Alors on les fait d'abord à l’ancienne sous la couette.
Cette méthode marche encore pas mal,
on fait encore beaucoup des enfants en faisant l’amour, ça c’est sûr.
Après y a la question des bébés qu’on fait
pour résoudre des problèmes d’infertilité divers et variés
en séparant la sexualité et la reproduction.
- Attends, on va reprendre au tout début.
Depuis toujours les hommes ont fait des bébés,
et depuis toujours ils ont eu des problèmes pour en faire.
Ça n’arrivait pas quand on voulait…
Parfois ça n’arrivait pas du tout.
Ce n’est pas pour rien que dans toutes les religions traditionnelles,
y a des prières à des déesses de la fertilité, par exemple.
Si on remonte au Moyen-Âge,
quand un couple n’arrivait pas à faire un enfant,
il y a toujours eu des solutions sociales,
qui étaient secrètes mais qui étaient quand même connues
qui consistaient à avoir un enfant d’un autre homme
en le faisant passer pour un enfant du mari.
De même des dons d’enfants se faisaient,
parce qu’il y avait beaucoup d’enfants non voulus dans le passé.
On avait 8 enfants et le 9e on le donnait à une sœur, à une voisine
qui elle était en mal d’enfants, comme on disait.
Alors tout ça était tout à fait interdit,
mais ça se faisait dans le secret.
Et puis au 18e siècle,
il y a l’invention de l’insémination artificielle.
Un chirurgien écossais en particulier est connu pour avoir inventé cette méthode.
On a plusieurs récits qui vous racontent les premières fois
que l’on a pris du sperme dans une canule,
qu’on a injecté pour que le sperme imprègne un utérus
et que sans rapport sexuel une fécondation soit produite.
Dès la fin du 19e on sait que ça a été utilisé
mais non pas avec le sperme du mari
mais avec celui d’un donneur.
Un chirurgien de Philadelphie a raconté
comment il a imprégné une femme avec le sperme,
non pas de son mari,
mais d’un étudiant en médecine,
et oh surprise le mari était enchanté de ce subterfuge
qui lui a permis d’avoir un garçon
dont tout le monde était sûr qu’il était son fils.
Tout le 20e siècle, cette insémination artificielle s’est pratiquée de façon un peu clandestine
dans les cabinets des gynécologues
parce qu’elle était condamnée par l’Église,
et en France par l’académie des sciences morales
qui considérait que c’était une façon d’introduire
une sorte d’enfant adultérin dans la famille.
C’était une pratique immorale.
C’est devenu légal
parce que il y a eu un changement au fond.
C’est qu’on a inventé une nouvelle technique :
la cryoconservation du sperme.
Donc le grand changement c’est les banques de sperme au départ
parce qu’elles permettent de faire la même chose qu’avant,
mais en dissociant le moment du don de sperme
et le moment de son usage.
C’était plus l’homme caché dans la pièce d’à côté,
c’était des dons recueillis,
tout un stock de paillettes congelées
qu’on pouvait analyser,
étudier pour voir s’ils elles transmettent pas des maladies
et puis surtout anonymiser.
Alors là je ne parle que de l’infertilité masculine.
L’infertilité féminine, ce qui a fait vraiment changer les choses,
c’est la fécondation in vitro.
Tout se passe dans une éprouvette
par la rencontre d’un ovule qu’on a prélevé
et d’un spermatozoïde qu’on met en contact avec cet ovule.
Ensuite une fois que l’embryon est fabriqué,
on va le transférer dans l’utérus,
et on va espérer qu’il s’implante
parce qu’on ne sait pas l’implanter de force.
Une femme qui ne peut pas porter d’enfants, ça existe aussi.
Ce sont des femmes qui peuvent très bien faire des embryons
mais qui ne peuvent pas les porter parce qu’elles ont un utérus anormal
du fait par exemple d’un traitement qu’a pris leur mère,
le Distilbène,
ou à la suite d’un accident.
Dans ces cas-là il faut recourir à une gestatrice pour autrui.
Alors ça existe dans d’autres pays
mais en France c’est toujours interdit.
Donc les méthodes assistées par la médecine
ont fait progresser à la fois la lutte contre l’infertilité
et on permet d’inventer je dirais, ou de largement développer
une nouvelle façon de mettre des enfants au monde
par la coopération d’un couple et d’un tiers donneur ou donneuse.
D’accord.
Moi je suis issu de la méthode traditionnelle ?
Oui Monsieur.
Mais c’est pas des choses dont on parle avec ses enfants.
Parce que Michel vient de rentrer, je peux te dire qu’il faut que…
- Qu’il faut ?
- Qu’il faut que j’arrête de téléphoner, que j’aille m’habiller !

Janvier
... Vous pouvez toujours conserver le regard obstinément rivé vers le passé,
et encore, en regardant bien le passé,
vous trouverez des traces durables de la reconnaissance officielle,
y compris par l’Église,
de couples homosexuels.
Vous avez choisi de protester contre la reconnaissance des droits de ces couples,
c’est votre affaire.
Nous, nous sommes fiers de ce que nous faisons.
Et nous sommes si fiers de ce que nous faisons
que je voudrais le définir par les mots du poète Léon-Gontran Damas…
Mariage pour Tous : le marathon a démarré à l'Assemblée.
2 conceptions radicalement différentes de la famille
se sont affrontées dès l'ouverture des débats.
- France Inter
C'est la réforme sociétale la plus importante
depuis l'abolition de la peine de mort en 1981,
Christiane Taubira la Garde des Sceaux a donné le coup d'envoi de ce marathon,
on l'écoute :
Nous avons donc décidé d'ouvrir ce mariage
et cette adoption aux couples de même sexe.
Nous sommes fiers de ce que nous faisons.
Le texte occupera les députés jour et nuit week-ends inclus jusqu'au 12 février.
Pour retarder les débats,
la droite et l'extrême droite ont déposé 5000 amendements.
Pour le moment, on n'en est pas là, c'est la discussion générale.
Dès 1804,
Napoléon Bonaparte n'a-t-il pas dit au moment de la rédaction de ce code :
"les lois sont faites pour les mœurs et les mœurs varient.
Le mariage peut donc être soumis au perfectionnement graduel
auquel toutes les choses humaines paraissent soumises."
- Il faut l'homme et la femme, le père et la mère
pour engendrer et guider l'enfant sur le chemin de la vie.
Oui c'est une loi de la Nature,
une loi qu'aucune communauté humaine ne peut abolir.
- Vous revenez à l'époque des Lamarck,
avec l'évolutionnisme,
vous revenez à l'époque de Mendel !
Y a une fascination sur le naturel,
sur le biologique, sur le génétique,
mais y a longtemps que les Lumières
ont imprégné la réflexion philosophique, scientifique.
Y a longtemps qu'on sait ce qu'est l'environnement social,
et puis vous êtes là,
vous en êtes encore à la vénération des lois de Mendel,
Mendel qui travaillait quand même sur les petits pois !
- Vous vous placez exclusivement sur une définition culturelle.
Nous pensons que la solidité de la société,
et la solidité de la famille va mieux avec une définition ordinaire.
- Mais faut-il ignorer les changements de société ?
- Notre modèle familial a implosé.
1 enfant sur 2 nait hors mariage.
1 enfant sur 4 ne vit pas avec ses deux parents.
La majorité des couples s'établissent en dehors de toute règle préalable.
Les Françaises et les Français ont rejeté le modèle familial unique.
Ils revendiquent, ils exigent,
la reconnaissance de la diversité des modèles familiaux,
tout en assurant l'égalité des droits
et des devoirs
de toutes les formes de famille.
Prenez-en de la graine,
avec cette loi qui n’enlève rien à personne !
Au fond ce que je retiens de l’intervention de Mme Taubira,
à la fin où il y avait de la matière,
et de l’intervention de Mme Bertinotti,
tout le long, mais c’était pas beaucoup plus rassurant,
c’est tout de même une approche essentiellement dogmatique,
symbolique.
Je l’avais dit en commission,
mais vraiment ça me fait penser aux Monty Pythons La vie de Brian ,
la revendication pour le principe,
et si le principe ne correspond pas à ce qui est raisonnable,
tant pis, on va le revendiquer
parce que c’est le symbole de notre lutte contre impérialisme.
Peut-être que la loi de la République mérite mieux que les Monty Pythons.
- C’est quoi une famille ?
- Une famille,
c’est autant qu’il est possible un homme une femme,
il peut y avoir ensuite les accidents de la vie,
qui se projettent dans la durée
et qui, quand ils le peuvent,
portent un projet familial et un projet parental.
- Moi j’élève mon fils avec mon copain
et j’ai l’impression que je suis une famille, donc...
- Oui, vous m’avez interrogé,
je vous réponds sur ce que je considère être un modèle de famille
parce que si on a plusieurs modèles,
à un moment tout se vaut rien ne se vaut.
Pour autant je respecte les situations qui existent.
Ce sont des situations auxquelles il faut trouver des réponses juridiques,
qui pour autant..
- Est ce que vous pensez que je suis une famille avec mon copain et mon fils ?
- … qui pour autant ne doivent pas être érigées en tant que modèles.
Donc est-ce que vous êtes un modèle familial ?
Non, parce que j’ai une vision simple et ordinaire du modèle familial.
Est ce qu’il y a de fait une famille ?
Si vous l’entendez comme cela,
je ne me sens pas de droit de vous le retirer.
- Y a pas un modèle de famille,
que ça soit hétérosexuel ou…
- Il y a un modèle
et il y a une diversité de situations.
Les situations peuvent et doivent être respectées,
traitées même avec d’autant de solidarité et d’attention
quand elles sont plus difficiles.
Elles ne sont pas modèles pour autant.
Dans le modèle traditionnel du 19e ou du début du 20e siècle,
l’idéal, c’était que :
les gens doivent être mariés.
Mais ces gens qui sont mariés,
l’idéal c’est qu’ils aient bien fait en effet l’enfant tous les deux ensemble,
qu’ils soient tous les deux géniteurs.
Et ces deux parents doivent aussi être ceux qui élèvent l’enfant dans leur maison.
Ils ne doivent jamais se séparer,
ils doivent toujours élever leurs enfants ensemble.
Mais plus on creuse dans les familles,
plus on s’aperçoit qu’il y avait un ensemble de secrets impressionnants.
Des filles qui avaient été enceintes trop jeunes,
dont on avait caché les enfants,
qu’on avait quelquefois forcé à avorter,
y avait des incestes, y avait des séparations…
Je pense qu’il y avait beaucoup plus d’opposition entre la façade et l’arrière-cour qu’aujourd’hui.
Et donc quand Monsieur était stérile,
Madame avait recours au facteur et on planquait tout.
- Et dans le cas où un enfant n’était pas l’enfant biologique,
les mariés étaient quand même les parents ?
- Oui bien sûr !
On pensait qu’on ne pourrait jamais lever ce qu’on appelait le mystère de la paternité.
On croyait que c’était un mystère à tout jamais,
et donc on disait que ce mystère est tranché par le statut du mari.
C’est la présomption de paternité.
Dans le code civil il est inscrit :
“l’enfant conçu ou né pendant le mariage a pour père le mari”
Donc seul le mariage fait la famille,
 c’est ça qui est le plus important,
et ce qui était valorisé, c’était le sang, les liens du sang.
- Et même dans le cadre de l’adoption à cette époque-là ?
- Alors l’adoption il faut savoir que pendant très longtemps,
l’adoption des enfants jeunes, ça n’existait pas.
Ça date du 20e siècle, même des années 30.
Au début quand on a commencé à organiser l’adoption d’enfants,
on pensait que pour qu’ils soient vraiment vos enfants
et pour  que vous soyez vraiment ses parents,
il fallait faire comme si ils étaient vos enfants biologiques.
Et c’est le là que date cette obligation juridique :
on détruit l’acte de naissance de l’enfant
et on le remplace par un nouvel acte de naissance,
comme s’il venait de naître.
À l’époque on considère que c’est dans l’intérêt de l’enfant,
ce qui paraissait le plus indestructible, c’était le lien de sang,
donc on faisait comme si on avait un lien de sang.
Depuis les mœurs ont changé,
par exemple un enfant adopté,
on ne lui cache plus qu’il y a eu adoption.
On a compris que ce n’était pas une bonne chose de mentir de raconter des cracks et tout ça,
on a permis aux enfants d’avoir accès à leurs dossiers,
On n'est plus dans le modèle unique du 19e siècle.
qui pour garantir l'honneur de la famille
était amené à mentir parfois sur la filiation.
L'important c'est d'être authentique, c'est d'être vrai.
L’être humain,
il a toujours eu besoin de grandir dans la généalogie
pour se connaître, pour se construire,
pour avoir des repères.
Nous ne voulons pas d’une loi qui prive l’enfant délibérément
d’un père ou d’une mère !
- Il faut sourire ouais !
Non à cette loi Taubira !
Faites bouger les drapeaux !
L’enfant à besoin d’un homme et d’une femme pour exister,
l’enfant à besoin d’un père et d’une mère
pour grandir en tout équilibre.
Il n’existera pas un Georges né d’un Albert et d’un Victor,
c’est un mensonge !
Papa + maman, y a pas mieux pour un enfant !
...Il y a énormément de monde !
Aujourd'hui je veux dire devant tout le monde
que nous avons à peu près mobilisé plus d'1 million de personnes à Paris.
Voilà. Je dis le chiffre.
Où est la caméra ?
Là ?
1 million de personnes se sont mobilisées
dans la joie et dans l'amour des homosexuels.
Nous avons été archi nombreux.
- Vous prévoyez une nouvelle mobilisation si le proj...
- Mais bien sûr, si le Président ne bouge pas,
je vous assure que nous sommes archi mobilisés
et que là vous avez vu simplement la base émergente de l'iceberg.
- Je pense qu’il y a un portable à vous ici.
- Ha oui,
bonsoir
- Bonsoir, c’est Irène Théry,
on s’était vues à la mairie du 4e
- On s’était vues à la mairie tout à fait.
J’espère qu’on va continuer à débattre et à dialoguer
- Ben moi aussi…
- Il y a plein de gens qui ne comprennent pas
- Oui ça c’est sûr, vous ne les aidez
pas beaucoup à comprendre.
- Mais si…
- Quand vous leur expliquez qu’il n'y aura
plus de pères, plus de mères…
Continuez comme ça,
ils ne comprendront pas…
- Vous savez très bien que c’est le cas juridiquement.
- Ben  sûrement… mais non !
- L’acte de naissance qui efface la mère,
ce n’est pas possible.
- Mais bien sûr que non…
- Bon allez on continue...
- Mais continuez à désinformer…
- Je désinforme pas...
- Vous affolez les populations avec des mensonges.
- Il n’y avait aucun affolement je vous assure,
y avait une vraie fête, une vraie joie.
- Dites qu’on va enlever le nom de la mère dans l’acte de naissance,
continuez à dire ça.
- Mais c’est vrai !
- C’est faux, c’est juste faux !
C’est un mensonge !
C’est un mensonge ! On ne l’enlève pas.
- Si on ne l’enlève pas, donc il y aura 3 parents.
- De quoi vous parlez ?
- Si dans l’acte de naissance, on n’enlève pas la mère
et qu’un enfant est issu de deux hommes,
il y aura 3 parents,
C.Q.F.D.
- Vous parlez de quoi de l’adoption ?
- De l’acte de naissance,
- Et bien dans l’acte de naiss...
- Mais que ça doit de l’adoption, de la PMA ou de la GPA
il faut des parents biologiques et des parents sociaux.
- Bah oui personne...
- D’où viennent les enfants ?
- Les enfants viennent des deux sexes, et ça va continuer.
- Très bien, Irène, je vous propose une chose,
que dans la loi ça soit inscrit.
Je vous souhaite une bonne soirée.
- A vous aussi parce que vous devez être fatiguée, moi ça va.
- Vous ça sera le 28, c’est ça ?
- Allez à bientôt.
- Au revoir.
Je suis un petit peu déprimée, mais par la situation...
Ces gens qui sont sûrs de leur bon droit,
alors que moi je n’arrive pas à faire passer mes idées…
Enfin aujourd'hui j'ai un petit coup de barre
mais c'est peut-être parce que j’ai fait beaucoup de choses,
en plus chaque fois des trucs tendus.
À Assas, avec les gens d'extrême droite,
chez les notaires, où c'était pas gagné d'avance.
On se rend compte qu'il y a un énorme chemin à faire.
- Oui c'est surtout Barjot.
elle explique toujours le même truc, elle dit :
"l'amour homosexuel, pas de problème,
les enfants pour les homosexuels, pas de problème,
le seul problème c'est qu'il y ait marqué "papa + papa",
c'est qu'on dise qu'un enfant est né de 2 hommes.
- Mais de ce point de vue là, elle exprime le cœur de l'opposition !
Parce que pour eux, les vrais parents,
c'est les parents biologiques, tu comprends ?
C'est pour ça qu'ils veulent mettre leurs noms dans l'état civil de l'enfant. Tu vois ?
- Nan mais si tu fais, y a aussi une solution...
- Mais je ne suis pas pour ça ! Je ne suis pas... parce que eux ils veulent dire au fond...
- et attends !
- Non mais c'est très important que tu comprennes ça, Mathias !
- Je sais, mais tu crois pas qu'on peut faire un truc où on est un peu transparent,
où on assume tout, c'est-à-dire qu’on dit :
"les vrais parents, c'est ceux qui ont voulu l'enfant,
ils ont fait appel à un donneur.
Et le donneur reste à sa place de donneur.
- Et ça ne peut pas être écrit ?
- Mais c'est... mais bien sûr que si !
- Ben voilà !
- C'est ce que je dis,
c'est ce que j'ai défendu à la fin de Des humains comme les autres ,
j'ai même montré la formule, mais...
- Donc ça veut dire juste : transparence.
- Non !
- Ben pourquoi ?
- Parce que y a deux façons de concevoir la transparence, il faut trancher.
Ma transparence c'est pas la transparence de Barjot
qui va vouloir dire que Mme Machin est la donneuse et donc c'est la vraie mère,
que le donneur de sperme est le vrai père.
Pour eux, les vrais parents c'est les biologiques,
et puis y a les éducateurs,
c'est comme des sortes de beaux-parents, c'est ça qu'ils disent !
Et moi ce que je dis, c'est que les parents c’est le couple d’intention en quelque sorte
et ce n’est pas le donneur.
Le donneur c'est un donneur, point barre.
- Et bien alors qu’est-ce qu’on écrit dans l’acte de naissance ?
- Les noms des parents intentionnels,
ceux qui ont voulu l’enfant et qui vont l’élever.
L’identité des donneurs reste dans le dossier médical
et on mentionne qu’il y a eu un don d’engendrement pour arrêter de le cacher.
- Alors il suffit d’expliquer à Barjot que...
- Mais il ne suffit pas, Mathias !
ce n'est pas qu'ils n’ont pas compris, c'est une bagarre !
C'est une énorme bagarre !

Février
Cette course ne s’arrêtera pas en chemin.
Les couples d’hommes ne manqueront pas d’exiger le droit à la gestation pour autrui,
beaucoup la réclament déjà
et certains n’ont pas hésité à y recourir à l’étranger.
Puisqu’on ne cesse de parler d’égalité,
donc on ira chercher l’égalité entre les femmes lesbiennes et les homosexuels hommes
et pour bon nombre de parlementaires ici
c’est une vision de la société que nous récusons.
Car premièrement on ne peut réduire la femme essentiellement à son ventre
et on ne peut toujours pas se résoudre à ce qu’un utérus soit loué
voire prêté ou négocié.
On nous propose des enfants en solde !
Le coût normal c’est 12 000 mais là ils font une promotion c’est 9900 !
On nous propose des enfants pour lesquels on prévoit un coût de gestation,
un coût d’avortement, si le projet parental est interrompu,
voila ce qui figure sur le net.
L’humain oui, l’humain mes chers collègues,
va-t-il entrer dans la catégorie des biens de consommation commercialisables ?
Cela est inacceptable ! 
- Qu'est-ce que vous faisiez à l'Assemblée ?
- Ben la dernière fois on avait surtout eu les discours
et là on voulait avoir les discussions,
mais, la droite fait de l'obstruction...
- Ouais !
- Et donc c'est interminablement la même chose :
la droite prend la parole, dit "PMA, GPA",
et la gauche dit "faux, hors sujet",
et on passe au suivant.
mais ça dure des heures !
- Je n'ai pas été voir,
je suis en train de rédiger pour Le Monde une réponse à Sylviane Agasinski,
donc c'est une grosse échéance pour demain midi,
et là nous sommes en train de venir à Paris.
On va prendre notre tgv avec Michel,
je suis dans la voiture mais je ne conduis pas.
- Oui...
- Je viens d'avoir un coup de fil de la productrice de Naitre Père,
le film sur la GPA...
- Oui !
- Je pensais que vous voudriez peut-être venir à la première...
- Mouais…
- Vous pourriez venir filmer ?
- Je suis pas sûr que ce soit intéressant pour notre film...
- Ah bon ?
- Ouais, et puis on ne sait pas encore si on parlera des mères porteuses,
ou comment…
- Mais c’est une question d'une minute dans ton film si ça t'intéresse…
- Oui, mais, j'suis désolé Maman...
- Ah écoute Mathias : vous faites le film que vous voulez,
je peux quand même donner mon point de vue sur tout ça.
Je t'ai vu filmer pendant 4 h des entretiens avec des journalistes,
tu fais des images, tu fais des images,
tu peux en faire aussi sur le sujet où je pense que...
c'est pour moi important.
Le cinéma n'est pas simplement un enregistreur de la réalité,
il joue un rôle dans le sujet dont tu traites.
Et je trouve qu'il joue un rôle énorme.
Qu'en ce moment ce qui fait changer,
c'est les témoignages de gens filmés, c'est les...
- Je sais,
tu as très envie qu'on fasse un film sur les histoires des familles homos,
mais nous on s’est lancés dans une autre forme,
qui finalement ne sera pas le film que toi tu ferais...
- J'ai compris ! Je...
- Mais tu m'appelles pour me dire quand même... Fais-le !
- Je t'appelle juste...
À gauche !
Tout droit, mais oui !...
- Tu es en train de t'énerver avec Papa…
- Tout droit, tout droit,
à droite, et ben oui !
Allo ?
- Oui !
En gros je te réponds simplement :
quand tu me dis “il faut mettre ce film dans votre film,
ne serait-ce qu'une minute,
je suis un peu mal à l'aise !“
- Non haha…
- Peut-être que c'est à nous d'aller chercher les histoires qu'on veut raconter, non ?
- Peut-être…
Je me demande si ce film finalement ‘vaudrait pas mieux que je le fasse moi !
Bon je suis arrivée à la gare et je te fais un gros bisou Mathias !
- Gros bisou !
- Elle est toujours en train d’écrire des articles ?
- 3h du mat !
- oui mais c’est la vie, ça.
Mais ce soir on va au cinéma, c’est bien ça.
Alors il parait qu’il y aura pleins de télés.
- Ben oui, sujet d'actualité.
- Tu as une grosse tache là.
- Je le mets pas ce truc de toutes façons.
- Et je t’ai fait du café, Belle.
- Oui j’en veux bien un.
- Alors attends, Mathias pousse toi un peu,
J’ai fait un truc de café,
je sais pas s’il en reste, c’est encore chaud ?
Non il est tiède.
- Toi tu l’as vu le film, Papa ?
- Lequel ?
- Le film de ce soir avec la mère porteuse ?
- Non... Heu oui je l’ai vu oui.
Oui je l’ai vu il est très bien,
il est assez émouvant quoi.
Non le problème c’est que ce qu’on voit dans ce film :
c’est quand même qu’ils vont aux États Unis à plusieurs reprises,
tu les vois dans des gros 4x4 et tout,
donc c’est un truc plein de fric, quoi.
- De toute façon ou c’est chez les pauvres et c’est la cata
ou c’est chez les riches et on dit “c’est pas normal.“
- Ça n’est accessible qu’à une petite fraction de la population.
- Tant qu’il n’y a pas de choses comme ça chez nous.
- Et toi ça t’a fait regarder la question des mères porteuses autrement ?
- Mais non, Irène découvre que je la regarde autrement.
Je ne l’ai jamais regardée autrement que ça,
j’ai toujours été d’accord avec la procédure nord-américaine.
- Michel !
- Bah oui, je te l’ai déjà dit 20 fois !
c’est toi qui inventes un truc comme le bénéfice du film.
- C’est incroyable, alors ça c’est dingue, alors ça c’est dément...
Mais Michel !
Tu me l’as même dit quand on a vu le film ici.
- Pas du tout.
- Tu disais sur la GPA franchement j’y arrive pas,
alors là tu exagères.
Tu sais pourquoi il dit ça ?
Parce qu’il sait que je vais faire un papier sur le thème
“le truc qui a changé mon mari”.
- Écoute laisse ton mari de côté dans cette histoire,
parce que le mari il en a raz les yeux du mariage pour tous.
- Mon Thiassou…
- Sur la GPA, j'ai un peu l'impression que tu essayes de me faire changer d'avis,
comme avec Papa.
Et donc j'aimerais que tu me racontes
comment toi tu as changé ?
- Alors…
J’avais un peu l’opinion ordinaire des gens,
c’est-à-dire je me disais
“porter un enfant pour d’autres,
j’crois pas que je serais capable de le faire.
Peut-être que pour ma sœur…
mais encore ce serait compliqué…
La jeune femme touchera près de 2000€,
trois fois le salaire moyen indien…
J’étais plutôt prête à comprendre que si une femme faisait ça,
c’est parce qu’elle était poussée par la pauvreté.
Parce que je me disais quand même elle leur donne son enfant, quoi !
Mais moi je ne veux pas avoir un jugement sans connaître.
C'est un peu l'intérêt de ma passion de sociologue,
c'est aussi connaître la réalité.
Et donc je me suis renseignée, j’ai lu.
Au début je n'avais pas mesuré :
c'est pas du tout pareil de porter son enfant pour autrui,
ou de porter l'enfant biologique des autres.
Dans un cas, c'est ton embryon que tu portes
et à la fin tu le donnes au couple,
et dans l'autre cas on t'implante leur embryon
qui a été fait par une fécondation in vitro.
Et cette différence est tellement énorme que toutes les femmes la comprennent.
J’ai rencontré des gestatrices.
Je n’oublierai jamais ça.
À Paris j’ai rencontré une Américaine venue témoigner de son expérience,
et j’ai été amenée à l’interroger et à lui dire :
“Mais vous savez, en France on considère que des personnes comme vous
sont traitées comme les esclaves des temps modernes.”
Elle me dit "Mais ce que je leur répondrais,
c'est qu'à part ma propre famille,
rien ne m'a autant valorisée dans ma vie"
Cette phrase, elle est inoubliable pour moi…
je la comprenais parce que je savais ce qu’elle voulait dire, je
- Je ne comprends pas bien,
qu’est-ce qui la valorisait ?
- D’avoir porté l’enfant d’autrui.
Alors qu'on pensait que c'était quelque chose qui dégrade la femme...
qu'elle est traitée comme une chose, comme un animal, comme un esclave...
- Ouais, c'est ce qui fait peur !
- Et elle disait : "rien ne m'a autant valorisée dans ma vie".
Donc elle témoignait d'une expérience qui est exactement le contraire.
- Donc tu as parfois complètement changé d'avis sur les sujets dont tu traites ?
- Oui j'ai changé mais tout le monde à changé...
Beaucoup de gens n’aiment pas dire qu’ils ont changé
parce que ils s’imaginent que c’est avoir tort hier et raison aujourd’hui.
Sur ces questions de société, de mariage de filiation
changer, ça n’est pas passer de l'erreur à la vérité.
Si c’était comme ça on serait toujours dans l'erreur,
puisque le monde ne cesse de changer.

Mars
- Elle est black, elle est belle et elle est féministe :
Madame Lady !
- Goman ! Lady Goman.
- Bonjour la France !
Bonjour Paris !
Les femmes venues de France et de Navarre
et des contrées les plus reculés ne veulent pas de ce projet de loi !
Notre utérus ne sera pas l’antichambre de ce projet de loi !
Avec toutes les mamans qui peuvent pousser je vous demande de pousser !
Nous ne voulons pas d’un projet de loi
qui va nous obliger à regarder les banlieues brûler
parce que les enfants auront perdu leurs repères !
- Tout votre raisonnement porte uniquement
sur des cas microscopiques de PMA et de dissimulations,
ce qui me parait moi vraiment…
- Attendez, ne soyez pas méprisant.
- Couper les cheveux en quatre.
- Mais vous n’êtes pas obligé de devenir méprisant avec moi,
nous parlons d’AMP...
- Irène, les donneurs...
- On parle d’AMP, je travaille sur l’AMP,
 ne me dites pas :
“vous parlez de petites choses minables”
- Tu travailles sur l'AMP, Irène,
- Bah c’est le sujet !
- Est-ce qu'il y a une majorité ?...
- Bien sûr qu' on parle de sujets marginaux !
Vous savez combien il y a de naissances par gestation pour autrui aux Etats-Unis ?
Donnez moi le chiffre.
- Et bien j’ai peur, j’ai peur de ça.
- Donnez-le moi !
- Combien ? Combien ?
- Et bien dites-moi combien vous pensez qu’il y en a ?
- Je n’en ai aucune idée,
- Vous n’en avez aucune idée, et bien moi je le sais : il y en a 1500 à 2000,
sur combien de millions d’habitants ?
Sur 300 millions d’habitants.
On parle de cas tout petits
et vous nous expliquez que ça va être la destruction du monde
pour ces cas ultra minoritaires.
- Ça veut bien dire que les couples homosexuels ne veulent pas d’enfants.
- Ça veut dire que nous parlons de cas minoritaires,
les homosexuels sont minoritaires.
Et alors ?
On peut légiférer pour que des minorités aient des droits ?
Je ne sais pas comment il y a des gens qui trouvent mon adresse,
mais enfin ils la trouvent
et donc j'ai reçu ça, tu veux que je te le lise ?
- Oui
"Chère Madame, c’est une évidence,
aucun enfant ne peut naître naturellement d’une union homosexuelle.
Il ne s’agit pas d’une opinion, mais de la réalité.
Et c’est bien cette inégalité biologique que les LGBT cherchent à surmonter.
Mais alors, si on veut corriger complètement cette inégalité, ça suppose :
“1/ d’imposer la contraception aux hétéros.”
Si je comprends bien on impose la contraception
donc plus aucune fécondité naturelle,
tout le monde devient stérile,
c’est la stérilisation généralisée des gens.
“2/ de n’autoriser que les bébés-éprouvettes,
on aura bientôt des utérus artificiels.”
On ne ferait plus les enfants par la sexualité
mais on ferait tout par les éprouvettes.
On a dépassé notre condition sexuée en quelque sorte.
“3/ de proposer les dits bébés à l’adoption
indépendamment de l’orientation sexuelle des adoptants.”
Tous les enfants fabriqués en batteries seraient ensuite proposés en adoption
à tout le monde.
“Si on ne va pas jusque là,
on va de fait créer de nouvelles inégalités.
C’est exactement ce qui est décrit dans le Meilleur des Mondes d’Aldous Huxley,
le rêve de tous les totalitarismes.
 le Meilleur des Mondes est paru en 1936
et à l’époque c’était de la science-fiction,
mais aujourd’hui il est à notre porte
et vos savantes analyses ne font que le confirmer.
Cordialement.”
Avril
Des échauffourées lors de manif anti-mariage près de l’Assemblée.
Un bar gay attaqué à Lille,
des députés PS menacés,
les parlementaires qui s’invectivent à l’Assemblée.
Mariage pour Tous quand ça s’enflamme de la rue à l’Assemblée,
voilà le débat d’Europe 1 midi.
- Oui on est passé en quelques mois de manifestations bon enfant
avec poussettes à l’appui à des tirs de lacrymogène, des insultes,
des agressions, des descentes dans certains bars gays, on l’a dit à l’instant.
À l’Assemblée, on était à 2 doigts d’en venir aux mains, cette nuit.
Nous devons toujours avoir en tête sur quelque texte que ce soit
la défense du plus faible.
Et bien moi je vous accuse, Mesdames et Messieurs de la Gauche,
ce que vous êtes en train de faire est proprement i-gno-mi-nieux.
Vous êtes en train d’assassiner des enfants !
C’est scandaleux, je n’ai pas peur de ce terme !
Ce qui me frappe au plus haut point,
c’est lorsque vous avez tenu ces propos
“assassiner des enfants”,
la veille même des skinheads avaient saccagé un bar gay à Lille.
- c’est totalement faux !
Ce sont des propos qui attisent la haine
et qui donnent des raisons à ces fanatiques d’agir sur le terrain.
- Vous souhaitez faire l’amalgame…
- Est-ce que vos propos vous considérez...
... qu’ils alimentent ces groupes extrémistes.
- Philippe Cochet !...
On n'entend plus rien !
- Appelez au calme.
- On n’entend plus rien.
Irène Théry,
qu’est-ce que ca sous-entend du fond de la société ?
- Il y a à l’évidence...
- Vous êtes sociologue
favorable au Mariage pour Tous.
- Il y a à l’évidence un emballement très fort aujourd’hui.
Pourquoi est-ce qu’à côté de nous on a fait un mariage de même sexe
en Angleterre sans aucun problème, dans l’hiver.
Pourquoi est-ce que l’Espagne, qui est un pays catholique,
pourquoi est-ce que le Portugal ont des mariages de même sexe
- 13 pays dans le monde pour l’instant,
pas tous les pays !
- Mais je parle de nos voisins immédiats.
Il n’y a aucun problème.
- Attendez... ca n’est pas une loi pour connaitre la taille des boutons de culotte !
Nous avons une société qui est fracturée
sur un sujet majeur !
- Ce sont vos propos qui fracturent.
- La France est un pays éruptif
C’est vous qui attisez la violence !
- Non.
- Vous avez une responsabilité, c'est de condamner les violences
plutôt que d’appeler à assassiner les enfants.
- Mais vous le laissez parler un peu ?
- La violence que vous avez aujourd’hui...
- Y a eu déjà les propos de Barjot,
on n'a pas besoin des propos de maboul
au sujet d'assassiner les enfants.
- Merci à tous d’avoir participé à ce débat ! Effectivement…
Quand ça s’enflamme de la rue à l’Assemblée
parfois aux studios de radio également.
Ce n’est pas totalement terminé,
il y a une manifestation dimanche à Paris
et un peu partout en France me semble-t-il,
et le vote qui devrait être adopté
la semaine prochaine.
Comme de nombreux élus, j’ai hâte de célébrer les premiers mariages
de ceux et celles qui me l’ont déjà demandé.
Alors s’il-vous-plait, Mesdames les Ministres, ne tardez pas sur le décret,
ne tardez pas sur la circulaire,
marions-les, marions-les dès l’été, je vous remercie.
- Merci beaucoup.
Bon sortez-moi ces excités de l’Assemblée !
- Monsieur on ne filme pas le public
- Les ennemis de la démocratie n’ont rien à faire dans l’hémicycle!
- Non monsieur !
- Sortez-moi ces excités!
Allez que l’on me sorte ces ennemis de la démocratie!
- Non monsieur, non monsieur s’il vous plait.
- Que l’on me sorte cet individu !
Pas de place pour les ennemis de la démocratie dans cet hémicycle,
sortez-le!
Bien, allez…
Mes chers collègues, s’il vous plait,
ceux qui n’avaient rien à faire dans cet hémicycle n’y sont plus,
vous vous asseyez.
Ne restent plus dans cet hémicycle que les amoureux de la démocratie,
donc vous vous asseyez !
Chacun a retrouvé sa sérénité, chacun a retrouvé sa place...
S’il-vous-plait
Un peu de silence pour ce moment important pour notre assemblée.
Je vais donc mettre aux voix le projet de loi.
S’il-vous-plait !
Le scrutin est ouvert.
Le scrutin est clos.
Voici le résultat du scrutin :
suffrages exprimés : 566
Non, pardon.
Vous voyez l’émotion m’atteint moi aussi…
Votants : 566
Suffrages exprimés : 556
Majorité absolue : 279
Pour : 331
Contre : 225
Après 136 heures et 46 minutes...
- Égalité ! Égalité !
- Madame Théry nous nous étions vu au colloque à Lyon
sur les familles homoparentales début janvier.
- Ha oui, le colloque de l’APGL.
-Voila voila.
- Alors on se fait la bise !
- Merci.
- C’est vraiment une journée magnifique.
- Je vous présente mon futur époux
- On s’était aussi déjà vus là-bas...
- Vous allez vous marier ?
- Oui !
- Après combien d’années de vie commune ?
- 27 ans.
On l’a bien mérité de pouvoir se marier !
Bon, on ne prétendra pas d’avoir des enfants.
- Ça va être des mariages incroyables !
- On sait pas,
On reste quand même amers de ce qui s’est passé.
Quand on s’est vu début janvier, on n’en était pas là.
- Les dernières semaines ont été immondes,
- Immondes.
- Même dimanche je n’avais plus le moral.
- Dimanche on n’a pas regardé la télé,
on n’a pas écouté les medias.
Depuis plusieurs jours on fait le black out sur tout ça
pour ne plus en entendre parler.
Aujourd’hui c’est bien, mais on sait qu’il va certainement
y avoir encore des moments difficiles à supporter.
- On espère que le Conseil Constitutionnel ne va pas…
- Ah non, sincèrement.
Vous allez voir : quand on va voir les premiers mariages,
la France va vouloir être avec avec ce bonheur.
- Je suis moins optimiste que vous.
- C’est sur la filiation que ça va être dur.
- Ça a été tellement...
- Vous en avez bavé aussi...
- Ça oui depuis six mois ça a été...
- Pour nous qui sommes vieux,
cet espèce de retour en arrière...
il a permis d’exprimer l’homophobie...
- On pensait pas que la société française en était là.
On se croyait intégrés à la société,
on rasait plus les murs,
on était heureux à l’endroit où on vit, à la Croix Rousse
et on pensait pas qu’un jour on aurait à vivre ça.
Je dois reconnaître que jamais dans notre vie,
alors on peut dire nos âges,
moi j’ai 63 ans et Gérard en a 62..
- On a le même âge, on a le même âge !
- Jamais on avait vécu l’homophobie,
et à nos âges on a dû la vivre et ça a été très dur.
Et aujourd’hui même j’ai agressé Barjot  devant l’Assemblée Nationale.
- Elle était là-bas ?
- Elle était là-bas,
elle s’est fait virer de l’Assemblée Nationale
parce qu’ils ont essayé de perturber le vote,
et comme il y avait quelques personnes devant quand elle est sortie,
elle a été huée.
Je n’ai pas pu me retenir, je l’ai agressée, physiquement même.
Je l’ai prise, je l’ai secouée en lui disant “Honte à vous !”
Je pense que ça va être repris par les télés, qu’on va le voir,
et j’étais bien content, ça m’a vraiment libéré de quelque chose,
ça m’a vraiment libéré.
- En plus elle dit qu’elle adore les Homos,
qu’elle vous fait des bisous.
- C’est ça le pire, on vous avait dit qu’en mairie du 3e à Lyon,
on avait assisté à un débat avec Erwan Binet
et les opposants étaient venus en nombre.
Ils criaient  “On est pas homophobes !”
ça faisait froid dans le dos,
ils avaient la bave aux lèvres.
Ils disaient “On est pas homophobes”  et on entendait
“On est homophobes et on vous veut du mal”
C’était tellement forcé, tellement pas naturel.
- Et elle peut pas dire “J’aime les homos”
et puis attiser la haine comme ça
et s’étonner après de déclencher la violence.
Ce n’est pas possible,
ou alors elle est idiote, elle porte bien son nom.
- Et ce slogan horrible “Touche pas à mon mariage”.
C’était horrible ce slogan,
et après elle va dire… Eh Dominique !
Alors vraiment c’est un des plus beaux jours de nos vies !
Bravo, bravo !
Dominique, est-ce que je peux vous faire la bise ?

Mai
Le Parlement s’est prononcé,
le Conseil Constitutionnel
a déclaré la conformité du texte par rapport à la Constitution,
je promulguerai donc demain
la loi qui deviendra celle de la République.