Ressources
Prélude:
« J’écris mon livre à peu d’hommes, et à peu d’années. Si ç’eût été une matière de durée, il l’eût fallu commettre à un langage plus ferme : Selon la variation continuelle, qui a suivi le nôtre jusques à cette heure, qui peut espérer que sa forme présente soit en usage, d’ici à cinquante ans ? Il écoule tous les jours de nos mains : et depuis que je vis, s’est altéré de moitié. Nous disons, qu’il est à cette heure parfait. Autant en dit du sien, chaque siècle."
(Montaigne, Essais III, 9, "De La Vanité").
Audio:
Une série de programmes radio sur France Culture
Vidéo
Une émission de débat qui résume bien les enjeux: C dans l'Air (22.11.2017)
Articles
Article "Féminisation de la Langue"
(Dictionnaire des Féministes, 2017)
Article "Féminisation de la Langue", suite
(Dictionnaire des Féministes, 2017)
*
«Nous n'enseignerons plus que "le masculin l'emporte sur le féminin"»
Le Monde — 07.11.2017— Tribune
314 membres du corps professoral de tous niveaux et tous publics,
enseignant la langue française ou ayant à corriger des copies ou autres
textes rédigés dans cette langue, s'engagent à ne plus enseigner la
règle de grammaire résumée par la formule «le masculin l'emporte sur le
féminin».
Nous,
enseignantes et enseignants du primaire, du secondaire, du supérieur et
du français langue étrangère, déclarons avoir cessé ou nous apprêter à
cesser d'enseigner la règle de grammaire résumée par la formule «Le
masculin l'emporte sur le féminin».
Trois raisons fondent notre décision:
•
La première est que cette règle est récente dans l'histoire de la
langue française, et qu’elle n’est pas nécessaire. Elle a été mise au
point au XVIIe siècle. Auparavant, les accords se faisaient au gré de
chacun·e, comme c’était le cas en latin et comme c’est encore souvent le
cas dans les autres langues romanes.
Bien souvent, on
pratiquait l'accord «de proximité», venu du latin, qui consiste à
accorder le ou les mots se rapportant à plusieurs substantifs avec celui
qui leur est le plus proche. Par exemple : «afin que ta cause et la
mienne soit connue de tous» (Ronsard, épître à la Response aux injures
et calomnies…, 1563).
La nouvelle règle a
d’ailleurs dû attendre la généralisation de l'école primaire obligatoire
pour être appliquée massivement: «On peut aller sur le lac [d’Évian],
en bateaux à vapeur ou petits-bateaux, et visiter les coteaux et
montagnes voisines, à pied ou en voiture» (DrLinarix, Guide pratique de
la Savoie et Haute-Savoie médicale et pittoresque, 1896).
•
La seconde raison est que l’objectif des promoteurs de la nouvelle
règle n’était pas linguistique, mais politique: «Parce que le genre
masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs
féminins, quoiqu’ils soient plus proches de leur adjectif.» (Dupleix,
Liberté de la langue françoise, 1651) ; «Le masculin est réputé plus
noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle»
(Beauzée, Grammaire générale…1767).
Si l'école de la
République a préféré abandonner cette formule au profit de celle qu'on
connaît, c'est en reconduisant l'ordre de valeur qui est à son
fondement. Un ordre que les classes politiques maintenaient
parallèlement, en refusant aux femmes les droits politiques jusqu'en
1944, et en refusant plus longtemps encore de leur ouvrir les grandes
écoles ou d'abroger les dernières dispositions du «Code Napoléon».
•
La troisième raison est que la répétition de cette formule aux enfants,
dans les lieux mêmes qui dispensent le savoir et symbolisent
l’émancipation par la connaissance, induit des représentations mentales
qui conduisent femmes et hommes à accepter la domination d'un sexe sur
l'autre, de même que toutes les formes de minorisation sociale et
politique des femmes.
Pourquoi n'accepteraient-elles
pas de gagner moins que leurs collègues, ou d'accomplir des corvées dont
leurs compagnons se dispensent, ou de supporter leurs coups, s’il est
admis au plus haut niveau que «le masculin l'emporte sur le féminin»? La
lutte contre les stéréotypes de genre, qui est essentielle au progrès
de l'égalité réelle des femmes et des hommes, ne peut être efficacement
menée si cette maxime n'est pas mise au ban de l'école.
D’autres
mesures travaillant à l’expression d’une plus grande égalité dans la
langue sont nécessaires, mais le plus urgent est de cesser de diffuser
cette formule qui résume la nécessaire subordination du féminin au
masculin.
En conséquence:
- Nous déclarons enseigner désormais la règle de proximité, ou l’accord de majorité (1), ou l’accord au choix (2);
- Nous appelons les enseignantes et les enseignants de français, partout dans le monde, à renouer avec ces usages;
- Nous les appelons à ne pas sanctionner les énoncés s’éloignant de la règle enseignée jusqu’à présent;
-
Nous appelons le Ministère de l'Éducation nationale à donner à ses
personnels et à ceux des établissements sous sa tutelle des instructions
précises allant dans le même sens;
- Nous appelons les
professionnelles et les professionnels de la presse et de l'édition,
les correcteurs et correctrices, les écrivaines et les écrivains à en
faire autant;
- Nous appelons les citoyennes et les citoyens francophones à en faire autant.
POUR ALLER PLUS LOIN:
- Un article très complet (en anglais) dans The Atlantic
- Un lien vers le nouveau Manuel D'Ecriture Inclusive
*
Cinq idées reçues sur l’écriture inclusive
Impossible
à adapter à l’oral, illisible, reniant la langue française… Cette
écriture suscite de vifs débats, avec leur lot de discours captieux et
de contrevérités.
LE MONDE | 23.11.2017 — Par Cécile Bouanchaud
«
Péril mortel », « aberration », « charabia », « agression de la syntaxe
», « négationnisme vertueux », « novlangue » digne du roman 1984… Depuis la parution, en mars 2017, du premier manuel scolaire en « grammaire égalitaire »,
l’écriture inclusive suscite l’ire des linguistes, philosophes et
responsables politiques de tout bord. Le projet de cet ouvrage destiné
au cours élémentaire (CE2) est pourtant aussi simple qu’il est
controversé : respecter l’égalité entre les sexes lorsque l’on s’exprime
oralement ou que l’on rédige un texte. Il tient d’ailleurs compte des
recommandations du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les
hommes parues en novembre 2015, dans un Guide pratique pour une
communication publique sans stéréotype de sexe.
Si
ces préconisations étaient passées relativement inaperçues lors de leur
publication, les prises de position se multiplient depuis la rentrée. En interdisant l’écriture inclusive dans les textes officiels, par le biais d’une circulaire publiée mercredi 22 novembre au Journal officiel,
Edouard Philippe a donc ravivé un débat déjà houleux. Ses fervents
défenseurs y voient une manière de respecter l’égalité entre les sexes.
Ses opposants, eux, lui reprochent d’appauvrir la langue et de la rendre
illisible. Des discours souvent captieux et sans fondement historique.
« L’écriture inclusive se résume aux points médians (é·e·s) »
Brandissant
l’argument de l’aspect « illisible » de l’écriture inclusive, ses
détracteurs l’assimilent automatiquement à l’utilisation du « point
médian », permettant d’employer dans le même temps le masculin et le
féminin dans un même mot – « les candidat·e·s à la présidentielle ».
Selon Raphaël Haddad, fondateur d’une agence de communication et auteur
d’un Manuel d’écriture inclusive,
l’écriture inclusive se définit par « l’ensemble d’attentions
graphiques et syntaxiques permettant d’assurer une égalité des
représentations entre les femmes et les hommes. »
Portée,
notamment par les cercles féministes, cette graphie évoquée par
l’auteur se fonde, principalement, sur quatre principes :
Le fait d’accorder les fonctions, métiers, grades et titres, en fonction du genre. On
parlera ainsi de chroniqueuse, chercheuse, mais aussi d’une autrice ou
encore d’une doctoresse. Si de nombreux métiers sont entrés dans le
langage, comme actrice ou institutrice, une réflexion de fond doit
encore être menée pour s’accorder sur la façon de féminiser bien
d’autres professions. En effet, que choisir entre « auteure », « auteuse
» et « autrice » ? En réalité, les trois sont des féminins déjà
employés – ou qui l’ont été – dans la langue française.
Utiliser à la fois le féminin et le masculin quand on parle d’un groupe de personnes.
Il y a plusieurs façons de le faire : soit par l’utilisation de ce
qu’on appelle la double flexion – « les candidates et candidats » –,
soit par le recours au « point milieu », aussi appelé « point médian » –
« les candidat·e·s » –, soit enfin par une reformulation épicène,
c’est-à-dire un nom qui a la même forme aux deux genres – « les
personnes candidates » ;
Cesser d’appliquer la règle de grammaire : « le masculin l’emporte sur le féminin », au profit de l’accord de proximité. Cela
consiste à accorder l’adjectif avec le sujet le plus proche, par
exemple « les garçons et les filles sont égales ». Cette règle, que tous
les latinistes connaissent, a longtemps été d’usage en français.
Eviter
d’utiliser « Homme » avec une majuscule de prestige pour parler des
femmes et des hommes . L’idée est d’utiliser des termes plus neutres,
comme « droits humains » plutôt que « droits de l’Homme ».
« L’écriture inclusive déforme la langue française »
Les
détracteurs de l’écriture inclusive considèrent qu’elle renie des
siècles d’histoire de la langue française, faisant fi des nombreuses
évolutions linguistiques qui ont traversé les siècles.
Professeure
émérite de littérature de la Renaissance, Eliane Viennot a dirigé
l’ouvrage L’Académie contre la langue française (iXe, 2016), cosigné par
plusieurs linguistes et sémiologues. Leur ouvrage, qui égratigne les postures « corsetées » de l’Académie française, rappelle que le français n’a pas toujours valorisé la prédominance du masculin.
«
Jusqu’au XVIIe siècle, les noms des métiers et des dignités exercées
par des femmes étaient au féminin », rappelle Eliane Viennot. On disait
alors « charpentière », « prévôte » ou « moissonneuse ». La règle
d’accord de proximité voulant que le dernier mot l’emporte, et non le
masculin, était courante. Elle a, finalement, été remise en cause puis
abolie par l’Académie au nom de la supériorité masculine, comme l’a
édicté en 1651, le grammairien Scipion Dupleix, « conseiller du Roy » :
« Parce que le genre masculin est le plus noble, il prévaut seul contre deux ou plusieurs féminins. »
Selon Richard Herlin, correcteur au Monde,
ces craintes de voir modifier les règles de la langue française
soulignent « l’attachement de la population à celles-ci, comme s’il
s’agissait d’un trésor immémoriel, alors que ce n’est pas le cas ».
Comme
le relève Alain Rey dans une tribune publiée dans Le Monde, « cela fait
sans doute de la peine aux professeurs de français et aux agrégés de
grammaire, mais tant pis : c’est l’usage qui prime (…). Le système
signifiant qu’est la langue doit être en accord avec le système auquel
il renvoie. Si la réalité sociale évolue, il faut changer le système de
représentation qu’est la langue. »
Le
linguiste rappelle toutefois que nos habitudes de langage restent
encore « empreintes » aujourd’hui d’« une idéologie antiféministe », qui
a imprégné la littérature du Moyen Age. Prudent, il prévient :
«
Réinsuffler de la créativité dans un système aussi contraignant et
aussi normalisé que la langue, c’est compliqué : on se heurte à la
structure profonde du français. »
Alain
Rey, qui ne se positionne pas en défenseur de l’écriture inclusive,
considère notamment « qu’il sera difficile de dépasser les règles
d’accord, même si elles comportent une bonne part d’arbitraire et
d’idéologie ».
« Il va falloir féminiser tous les noms »
Pour
souligner « l’absurdité » supposée de l’écriture inclusive, de nombreux
internautes ont réalisé des détournements moqueurs de textes
classiques, comme cette version de la fable Le Corbeau et le Renard : «
Maître.sse Corbe.au.lle sur un arbre perché.e. Tenait en son bec un
fromage. Maître.sse Renard. e par l’odeur alléché.e… »
Mais
l’écriture inclusive ne s’intéresse pas aux genres des noms communs
puisqu’ils ne sont pas le marqueur d’une domination d’un groupe
d’individus sur un autre. Pas question, donc, de féminiser « un tabouret
», « un paillasson », « un lave-linge », ni de masculiniser « une
machine à laver », « une serviette » ou une « douche »
Sur
ce point, le professeur de linguistique à l’université Paris-Descartes,
Alain Bentolila, rappelle qu’il s’agit bien « de marqueurs de genre et
non pas d’indicateurs de sexe ». Dans une tribune publiée dans Le Monde,
il rappelle que « la langue française a trouvé commode de détourner
l’usage arbitraire des marques de genre pour obtenir une distinction de
sexe ».
« Ainsi en est-il pour 1 à 2 % des mots du français comme artiste et concierge. »
« C’est impossible à adapter à l’oral »
Résumant
bien souvent l’écriture inclusive au « point médian », ses opposants
considèrent qu’elle est impossible à mettre en application à l’oral.
Incontestablement, pour des raisons de prononciation et de
compréhension, il est impossible de faire dire à voix haute « les
interlocuteur·rice·s ». L’usage des abréviations dans l’écriture
fonctionne de la même façon que le (·). Quand on lit « Mme Durand », le
cerveau lit « Madame Durand ». Idem avec « etc. » « elle a couru 100 km
», etc. A l’oral, « les interlocuteur·rice·s » deviendraient donc
spontanément « les interlocuteurs et interlocutrices ».
User
de l’écriture ou du langage inclusif consiste, simplement, à user du
féminin et du masculin, lorsque l’on s’adresse oralement à des femmes et
à des hommes, ou lorsque l’on rédige un texte qui traite des femmes et
des hommes, peut-on lire dans une tribune publiée dans Le Monde.
Le président Emmanuel Macron le fait d’ailleurs régulièrement dans ses
discours, comme lors de son allocution télévisée du 15 octobre, où il a
employé 42 occurrences inclusives, comme « celles et ceux » ou encore «
toutes et tous », a dénombré Paris Match. Avant lui, le général de Gaulle utilisait cette rhétorique, conscient de l’importance de ne plus passer les femmes sous silence, alors qu’elles venaient d’obtenir le droit de vote.
« Les féministes veulent l’imposer de force et le rendre obligatoire »
Parmi
les critiques des opposants à l’écriture inclusive figure celle de la
voir généraliser à tous les écrits, notamment dans les romans. Face à
ces inquiétudes, la professeure émérite Eliane Viennot répond : « Pas de
faux procès, nous ne voulons rien imposer en littérature ! Nous parlons
des sciences humaines, des textes officiels, scolaires ou
journalistiques, qui cherchent l’exactitude. Pour éviter la cacophonie,
il faut établir des conventions, elles sont en cours d’élaboration, nous
sommes encore en phase d’expérimentation… »
Dans une tribune publiée dans Le Monde,
Danielle Bousquet, présidente du Haut Conseil à l’égalité entre les
femmes et les hommes, et Françoise Vouillot, enseignante-chercheuse,
présidente de la commission lutte contre les stéréotypes du Haut Conseil
à l’égalité entre les femmes et les hommes, rassurent elles aussi :
«
Sans doute faut-il alors rappeler qu’il s’agit d’une simple
préconisation qui ne vise qu’à tenter de gommer la relative invisibilité
des femmes dans la langue française. »
*
Alain Rey : « Faire changer une langue, c’est un sacré travail ! »
Le
linguiste et lexicographe revient sur les récentes controverses autour
de la place du féminin dans le français. En fin de compte, rappelle
cet amoureux des mots, « c’est l’usage qui a raison ».
LE MONDE IDEES | 23.11.2017 — Propos recueillis par Anne Chemin
Linguiste
et lexicographe, Alain Rey a longtemps présidé aux destinées du
dictionnaire Le Robert. Cet amoureux des mots, qui a publié plus d’une
vingtaine d’ouvrages, revient sur les controverses consacrées à la
féminisation de la langue française : faut-il, pour rendre les femmes
plus visibles, adopter la féminisation des noms de métiers, l’accord de
proximité et le point médian (comme dans « député·e·s ») ? Mercredi
22 novembre, le premier ministre, Edouard Philippe, a banni l’écriture
dite inclusive des textes destinés à être publiés au Journal officiel.«
Outre le respect du formalisme propre aux actes de nature juridique,
les administrations relevant de l’Etat doivent se conformer aux règles
grammaticales et syntaxiques, notamment pour des raisons
d’intelligibilité et de clarté de la norme », argue le chef du
gouvernement.
Le
débat sur l’écriture inclusive provoque de véritables guerres
idéologiques : l’Académie française estime qu’elle représente un « péril
mortel » pour la langue française. Comment expliquer la violence de ces
controverses ?
Le
caractère belliqueux du débat sur la langue est normal, mais il est
particulièrement aigu en France, car, dans ce pays, l’unité linguistique
ne s’est pas faite toute seule : elle est le fruit d’une volonté
politique qui, au fil des siècles, a toujours engendré de violentes
bagarres. Aujourd’hui, le français est à peu près unifié, mais la
crainte de la diversité linguistique est encore très vivante dans les
esprits : un simple changement de panneau de signalisation – un nom de
lieu inscrit en flamand à Lille, en breton dans le Finistère ou en
basque près d’Hendaye – suscite de vraies batailles rangées, comme si
l’unité du français était menacée.
Si
l’on veut comprendre ces querelles autour de la langue, il faut se
souvenir que la France est un domaine linguistique qui réunit trois
familles différentes : la langue d’oïl, qui est devenue le français
général, l’occitan, comme le gascon, le béarnais ou le provençal, et des
langues qui ne viennent pas du latin comme le breton, le flamand ou le
basque. En France, le passage à ce que, depuis Dante, on appelle la
langue « vulgaire », c’est-à-dire, et sans aucune péjoration, la langue
naturelle et spontanée, a été très tardif. C’est en partie pour cette
raison que Richelieu, au XVIIe siècle, a créé l’Académie française.
Au
Haut Moyen Age, il y avait sur le territoire un mélange extraordinaire
de langues. Le latin a fini par prendre le dessus, mais le mouvement qui
a ensuite consisté à se débarrasser du latin a été une très longue
affaire : quand Descartes a publié le Discours de la méthode en
français, au XVIIe siècle, c’était une petite révolution !
Au
XIXe siècle et au XXe siècle, l’école laïque, publique et obligatoire a
joué un rôle important dans ce mouvement d’unification, qui a été très
lent : avant la première guerre mondiale, plus de 50 % des habitants ne
parlaient pas le français. Quand la guerre a éclaté, en 1914, la moitié
des soldats ne comprenaient pas les ordres des officiers. La première
guerre mondiale a été la plus grande et la plus efficace des écoles de
langue française – une école exclusivement masculine, je le fais
remarquer au passage !
Sommes-nous arrivés au bout de cette unification linguistique ?
La
langue est aujourd’hui unifiée, notamment grâce à l’école et à la
puissance des médias : quand la télévision apparaît, une certaine forme
de langue s’impose peu à peu. Cette unité est cependant un peu
artificielle ; on sait très bien que les Français n’ont pas exactement
la même phonétique, la même syntaxe et surtout le même vocabulaire à
Nice, à Marseille, à Strasbourg ou à Brest. Quand les Occitans disent
qu’ils« espèrent à voir » quelqu’un pour signifier « attendre »,
certains peuvent y voir une faute de français, mais c’est une tournure
tout à fait normale en espagnol et en occitan, et donc en français
d’Occitanie.
Dans
la langue française, le féminin est peu visible : les noms de métiers
sont longtemps restés au masculin et la grammaire impose que le masculin
l’emporte sur le féminin. Est-ce le reflet d’une société qui a
longtemps fait peu de place aux femmes ?
Oui,
bien sûr. En France comme dans les autres pays européens, une idéologie
antiféministe massive imprègne la littérature du Moyen Age et reste
très sensible jusqu’au XIXe siècle : l’homme est partout. Cette
idéologie a laissé son empreinte dans la langue : aujourd’hui encore,
elle porte les traces des jugements de valeur du passé, ce qui a
engendré des problèmes de syntaxe, des problèmes de vocabulaire et des
problèmes d’accord. La langue est une page d’histoire un peu figée qui
est souvent racontée par des vieillards gâteux ! Le problème, c’est
qu’il est très difficile de se débarrasser des vieux réflexes.
Réinsuffler
de la créativité dans un système aussi contraignant et aussi normalisé
que la langue, c’est compliqué : on se heurte à la structure profonde du
français. Une langue comme le français, c’est 1 000 ans de pensée et
d’expression collective qui façonnent une manière de s’exprimer.
On
me rétorquera sans doute que l’ordonnance de Villers-Cotterêts édictée
par François Ier, en 1539, a imposé le français dans les documents
publics, mais je répondrai que ce texte n’a pas transformé les usages :
il a simplement constaté qu’ils avaient déjà changé. A cette époque, les
magistrats de Toulouse et de Marseille rédigeaient déjà leurs jugements
en français du roi pour éviter des divergences d’interprétation entre
les Occitans et les Bretons.
La
première des controverses de ces dernières années concerne la
féminisation des noms de métiers. En 1998, une circulaire de Lionel
Jospin a demandé aux administrations et aux établissements publics de
l’Etat de l’appliquer – ce texte reprenait une circulaire de Laurent
Fabius de 1986 restée lettre morte. Le mouvement est lent, mais on a le
sentiment que les choses changent. C’est votre avis ?
Si
les noms de métiers sont longtemps restés masculins, c’est tout
simplement parce qu’ils étaient occupés, depuis le Moyen Age, par des
hommes. Aujourd’hui, les choses ont changé : il faut donc inventer de
nouvelles formes. Le lexique, c’est la partie visible de l’iceberg – et
la partie la plus facile à changer !
Les
Québécois, qui sont les plus hardis, féminisent les noms de métiers
sans problème : là-bas, la réforme a parfaitement réussi. En France,
chaque fois que la morphologie du français permet une forme féminine, il
faut l’utiliser – dire, par exemple, une avocate, une députée ou une
ministre. J’ai toujours intégré ces nouvelles formes dans les
dictionnaires Robert.
Il
y a cependant des difficultés. Parfois, les formes féminisées ont déjà
été employées à d’autres fins – pour les femmes qui exercent le métier
de plombier, il faut sans doute trouver autre chose que plombière. Il y a
en outre des femmes qui refusent que l’on féminise leur fonction :
c’est le cas d’Hélène Carrère d’Encausse, qui veut absolument être « le
» secrétaire « perpétuel » de l’Académie française. Enfin, certains des
mots qui ont été féminisés ces dernières années constituent, aux yeux
des linguistes, des barbarismes : le féminin logique de docteur et
auteur, c’est doctoresse et autrice, mais c’est « docteure » et «
auteure » qui sont entrées dans les mœurs.
Les métiers, toute une affaire
En
1986, afin que l’égalité entre les hommes et les femmes trouve « sa
traduction dans le vocabulaire », une circulaire du premier ministre,
Laurent Fabius, encourage la féminisation des noms de métiers dans les
textes réglementaires et les documents officiels. Le mouvement est
cependant si lent que, en 1998, le premier ministre, Lionel Jospin, doit
publier une seconde circulaire demandant aux administrations de «
recourir aux appellations féminines pour les noms de métier, de
fonction, de grade ou de titre ». Le mouvement s’impose peu à peu malgré
la vigoureuse opposition de l’Académie française. Dans un texte publié
en 2014, elle proteste contre un « esprit de système qui tend à imposer,
parfois contre le vœu des intéressées, des formes telles que
professeure, recteure, sapeuse-pompière, auteure, ingénieure,
procureure, etc., pour ne rien dire de chercheure, qui sont contraires
aux règles ordinaires de dérivation et constituent de véritables
barbarismes ».
Cela
fait sans doute de la peine aux professeurs de français et aux agrégés
de grammaire mais tant pis : c’est l’usage qui prime, c’est lui qui a
raison ! Le système signifiant qu’est la langue doit être en accord avec
le système auquel il renvoie. Si la réalité sociale évolue, il faut
changer le système de représentation qu’est la langue – et ce quoi qu’en
dise l’Académie française, qui est violemment opposée à la féminisation
des noms de métiers.
C’est
peut-être malheureux, mais il n’y a plus de place pour une organisation
de ce type dans le monde contemporain. Les Etats sont impuissants à
modifier la langue, on ne voit pas très bien comment une assemblée,
aussi valeureuse qu’elle soit, pourrait y parvenir. C’est une trace du
passé.
La langue conserve-t-elle d’autres traces de la domination masculine ?
Le
fait que 99 femmes et un homme deviennent « ils » au pluriel, c’est
évidemment scandaleux. Cette situation est aggravée par le fait que la
langue française a la malchance de ne pas avoir de neutre : l’accord au
masculin est clairement antiféministe.
Le
latin, en revanche, a un neutre, et il a aussi, ce qui est une bonne
chose, deux mots pour désigner l’homme : le mot « homo », qui désigne
toute l’espèce, et le mot « vir », qui désigne uniquement l’espèce au
masculin. En français, on confond les deux mots et, finalement, l’idée
du mâle qu’exprime le mot « vir » prend toute la place – ce qui permet à
Simone de Beauvoir de dire que la moitié des hommes sont des femmes…
Accords et désaccords
Le 7 novembre 2017, 314 enseignants déclarent, dans une pétition publiée sur Slate.fr,
qu’ils ont cessé d’enseigner la règle de grammaire qui prévoit que « le
masculin l’emporte sur le féminin ». Ils lui préfèrent la règle de
proximité, qui accorde l’adjectif avec le nom le plus proche. Présente
en grec ancien et en latin, cette règle était appliquée, en France,
jusqu’au XVIIIe siècle : le grammairien Claude Favre de Vaugelas
(1585-1650) recommandait ainsi, dans ses Remarques sur la langue française,d’écrire
« le cœur et la bouche ouverte » ou « des travaux et des chaleurs
excessives ». Si le masculin a fini par l’emporter sur le féminin, c’est
parce qu’à cette époque la supériorité masculine allait de soi. «
Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble
l’emporte », affirme le père Bouhours en 1675 en analysant cette règl. «
Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la
supériorité du mâle sur la femelle », précise en 1767 le grammairien
Nicolas Beauzée.
Dans
le système des pronoms, la première et la deuxième personne, « je » et «
tu », sont parfaitement inclusives : elles peuvent désigner
indifféremment un homme ou une femme. Mais avec la troisième personne, «
il » et « elle », cela ne marche plus : si on voulait y remédier, il
faudrait avoir recours à une invention bizarroïde, comme « iel », qui
voudrait dire à la fois « il » et « elle ». Une inclusion forcée de ce
type est cependant vouée à l’échec.
Certaines
féministes proposent de revenir à l’accord de proximité, qui était
utilisé jusqu’au XVIIe siècle : il permet d’accorder l’adjectif avec le
dernier nom (comme dans « les hommes et les femmes sont belles »). Qu’en
pensez-vous ?
On
cite toujours, à l’appui de cette réforme, un ver d’Athalie où Racine
écrit « ces trois jours et ces trois nuits entières ». Dans ce cas,
l’accord de proximité est élégant, car Racine parle de choses : le
féminin et le masculin sont donc très arbitraires – la nuit n’est pas
plus féminine que le jour ! Quand on parle du règne humain, c’est une
autre affaire. C’est donc une réforme qu’il faut envisager calmement, en
faisant des expérimentations dans des classes afin de voir si ce
système d’accord est plus naturel que celui d’aujourd’hui.
La
dernière réforme est la plus controversée : c’est le projet de point
médian, qui permet de rendre visible la présence des femmes en écrivant,
par exemple, les agricult·eurs·rices. Cela vous paraît-il justifié ?
Cette
réforme est beaucoup moins dramatique qu’on ne le dit, car elle se
réduit à un jeu d’écriture : elle n’est pas oralisable. Elle peut en
outre coexister avec d’autres formes de féminisation : chacun a le choix
entre le fameux point médian ou la répétition des deux formes – «
Françaises, Français », comme disait Valéry Giscard d’Estaing.
Mais
je suis réservé, car cette réforme est inutilement compliquée. Il faut
en outre être prudent : les enfants ont déjà du mal à apprendre
l’orthographe française, qui est souvent très arbitraire, ce n’est
peut-être pas une priorité de passer à l’écriture inclusive ! Cette
réforme est un peu une tempête dans un verre d’eau.
Point de discorde
A
la rentrée, les éditions Hatier ont publié un manuel scolaire incluant
pour la première fois des signes graphiques qui permettent de visualiser
la présence des femmes. Destiné au cours élémentaire (CE2), l’ouvrage
Questionner le monde écrit ainsi les « député·e·s », les «
agricult·eurs·rices » et les « savant·e·s ». Le philosophe Raphaël
Enthoven a dénoncé une « agression de la syntaxe par l’égalitarisme » et
l’Académie française a estimé qu’avec cette « aberration » la langue
française se trouvait désormais « en péril mortel ». « La
démultiplication des marques orthographiques et syntaxiques qu’elle
induit aboutit à une langue désunie, disparate dans son expression,
créant une confusion qui confine à l’illisibilité. On voit mal quel est
l’objectif poursuivi et comment il pourrait surmonter les obstacles
pratiques d’écriture, de lecture – visuelle ou à voix haute – et de
prononciation. Cela alourdirait la tâche des pédagogues. Cela
compliquerait plus encore celle des lecteurs. »
N’est-il pas difficile, au fond, de bousculer la langue ?
Faire
changer une langue, c’est un sacré travail ! Il est malaisé de modifier
la langue par décret, car l’usage est doté d’une force incroyable. De
même qu’on ne pourra pas remettre en usage l’imparfait du subjonctif, il
sera difficile de dépasser les règles d’accord, même si elles
comportent une bonne part d’arbitraire et d’idéologie, car beaucoup s’y
opposeront par paresse, par ignorance ou par refus. Regardez l’espéranto
: c’est une bonne idée, c’est idéologiquement sympathique, cela
pourrait remplacer ce qu’était le latin au Moyen Age, et, pourtant, cela
ne marche pas.
*
Les contradictions de la circulaire sur l’écriture inclusive
Présentée
comme « bannissant l’écriture inclusive des textes officiels », cette
circulaire du premier ministre interdit le point médian, mais appelle à
féminiser les fonctions.
Par Mathilde Damgé — Le Monde
Publié Le 22.11.2017 à 12h18
Le
premier ministre a annoncé, mardi 21 novembre, l’interdiction de l’«
écriture inclusive » aux membres du gouvernement. Par ce terme, la circulaire publiée le lendemain au Journal officiel
entend viser « une graphie faisant ressortir l’existence d’une forme
féminine », tout en continuant à promouvoir l’égalité hommes-femmes.
Mais si elle a été souvent comprise comme étant destinée à « bannir »
l’usage de l’écriture inclusive, cette circulaire la met en réalité en
place à plusieurs égards.
Que dit la circulaire ?
- Le masculin reste « une forme neutre » ;
- les noms de fonctions doivent être féminisés : « l’auteure », « la ministre », « la secrétaire générale »… ;
- les formules inclusives sont à privilégier : par exemple, « le candidat ou la candidate » ;
- le point médian (« candidat.e.s ») est à bannir.
Comment définit-on l’écriture inclusive ?
Certains
l’ont remarqué rapidement, la circulaire d’Edouard Philippe met en
réalité en place… une des règles de l’écriture inclusive : la double
flexion quand il s’agit d’un groupe de personnes. Dire par exemple « le
candidat ou la candidate », ou « les Françaises et les Français », c’est
déjà écrire en inclusif.
la suite après cette publicité
Le
Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes (HCE), instance
consultative sous l’autorité du premier ministre, a formalisé
l’écriture inclusive dans son Guide pratique pour une communication sans stéréotype de sexe. Elle reposerait sur quatre principes :
l’utilisation
à la fois du féminin et du masculin quand on parle d’un groupe de
personnes ; soit par l’utilisation de la double flexion, soit par le
recours au point milieu – « les candidat·e·s » –, soit enfin par une
reformulation épicène – « les personnes candidates » ;
le fait d’accorder en fonction du genre les métiers, fonctions, grades et titres : on parlera ainsi d’ambassadrice, de chercheuse… ;
la
limitation du recours aux termes « femme » et « homme » avec une
majuscule de prestige, et une préférence pour des termes plus neutres,
comme « droits humains » plutôt que « droits de l’homme » ;
l’utilisation de l’ordre alphabétique dans les énumérations (« égalité femmes-hommes »).
Comme
le rappellent Danielle Bousquet, présidente du HCE, et Françoise
Vouillot, enseignante-chercheuse, présidente de la commission lutte
contre les stéréotypes du HCE :
«
User de l’écriture ou du langage inclusifs consiste, simplement, à user
du féminin et du masculin, lorsque l’on s’adresse oralement à des
femmes et à des hommes, ou lorsque l’on rédige un texte qui traite des
femmes et des hommes. C’est par exemple le fait de s’adresser “aux
Françaises et aux Français”, comme le fait le président Emmanuel Macron.
»
Le masculin n’est pas une forme « neutre »
La
circulaire affirme que « dans les textes réglementaires, le masculin
est une forme neutre, qu’il convient d’utiliser pour les termes
susceptibles de s’appliquer aussi bien aux femmes qu’aux hommes ». C’est
faux : le masculin est l’un des deux genres qui composent la langue
française, laquelle ne connaît pas le neutre, contrairement à
l’allemand, par exemple.
«
L’une des contraintes propres à la langue française est qu’elle n’a que
deux genres : pour désigner les qualités communes aux deux sexes, il a
donc fallu qu’à l’un des deux genres soit conférée une valeur générique
afin qu’il puisse neutraliser la différence entre les sexes », expliquait l’Académie française dans une mise au point sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions.
C’est
la même logique qui préside à l’accord où le masculin l’emporte, une
règle contre laquelle se sont élevés plus de 300 enseignants, jugeant
que « la répétition de cette formule aux enfants à partir de l’âge de 7
ans […] induit des représentations mentales qui conduisent femmes et
hommes à accepter la domination d’un sexe sur l’autre, de même que
toutes les formes de minorisation sociale et politique des femmes ». sur
le même sujet Après l’écriture, la grammaire « inclusive »
Ils
lui préfèrent l’accord de proximité – qui consiste à accorder
l’adjectif avec le sujet le plus proche, par exemple « Louis et Louise
sont belles ». Une règle que tous les latinistes connaissent et qui a
longtemps été d’usage en français. Elle a été abandonnée à partir du
XVIIIe siècle, pour des raisons qui n’ont rien de linguistique : il
fallait asseoir la supériorité masculine dans la langue, comme
l’indiquait Claude Favre de Vaugelas (1585-1650), membre de l’Académie
française à l’époque, rappelaient Mmes Bousquet et Vouillot dans une
tribune au Monde le 20 novembre 2017.
la suite après cette publicité sur le même sujet L’écriture inclusive : « N’ayons pas peur d’une mesure de progrès »
Plusieurs autorités publiques utilisent déjà l’inclusif
Pour
justifier la remise au pas des ministères, des sources à Matignon ont
fait état d’une « dérive des administrations » observée ces dernières
semaines, « avec des sites Internet ou des fiches de postes rédigés de
cette manière ». « Le premier ministre a été alerté par les services de
Matignon, ainsi que par Jean-Michel Blanquer, de la multiplication
anarchique d’expressions de l’administration en écriture inclusive »,
précisait l’entourage d’Edouard Philippe. sur le même sujet Ecriture inclusive : la position du gouvernement n’est-elle que symbolique ?
Outre
le Haut Conseil à l’égalité entre les hommes et les femmes, qui utilise
l’écriture inclusive dans toutes ses communications (et parle même «
du.de la premièr.e ministre »), la secrétaire d’Etat chargée de
l’égalité entre les femmes et les hommes a pris position et s’est
déclarée « favorable à féminiser le langage, à ne pas invisibiliser les
femmes dans le langage », tout en disant ne pas être « pour l’obligation
d’enseigner l’écriture inclusive à l’école ».
.@MarleneSchiappa
: "Je suis favorable à féminiser le langage, à ne pas invisibiliser les
femmes dans le langage. M… https://t.co/8D46FLwP0D — Matins
FranceCulture (@Lesmatinsfcult) 09.11.2017 À 07h54
Le code électoral lui-même stipule que « sont électeurs les Françaises et Français âgés de dix-huit ans accomplis ».
Une autorité indépendante aurait-elle pu trancher ? Peut-être, mais la seule connue, le Comité d’orientation pour la simplification du langage administratif (COSLA), créé pour trois ans (2001-2003), a depuis disparu.
Le masculin l'emporte sur le féminin : Edouard Philippe dit non à l'écriture inclusive
21/11/2017
L'écriture inclusive divise une nouvelle fois. Suite aux recommandations du Premier Ministre Edouard Philippe qui demande aux agents de l'Etat de renoncer à ces nouvelles normes, retour sur l'histoire du débat.
Un timbre • Crédits : Misstic
L'administration condamnée à une grammaire sexiste ? Le Premier ministre Edouard Philippe vient en tous cas de dénoncer ce mardi 21 novembre la dissémination de l'écriture inclusive dans les documents officiels. Cette écriture, qui vise à rétablir la parité dans la langue française, commençait à se propager, mais dans une circulaire à paraître demain, mercredi 22 novembre 2017, Edouard Philippe stipule :
"Je vous invite, en particulier pour les textes destinés à être publiés au Journal officiel de la République française, à ne pas faire usage de l'écriture dite inclusive".
Le Premier ministre, qui se veut en revanche favorable à la féminisation des noms de métier, justifie ainsi sa décision dans cette même circulaire :
Outre le respect du formalisme propre aux actes de nature juridique, les administrations relevant de l’Etat doivent se conformer aux règles grammaticales et syntaxiques, notamment pour des raisons d’intelligibilité et de clarté de la norme.
Et c'est bien la question du choix de la norme qui est en jeu dans cette polémique. En septembre 2017, à l'occasion de la parution par les éditions Hatier du premier manuel scolaire rédigé avec l'écriture inclusive, nous revenions sur la définition de l'écriture inclusive, de l'utilisation du point médian jusqu'à la règle de proximité. Eliane Viennot, historienne de la littérature française et auteure de l'ouvrage Non, le masculin ne l'emporte pas sur le féminin, retraçait alors l'histoire de ce débat sur la place du féminin dans l'écriture, expliquant que la langue française n'est pas inégalitaire par essence. Pour l'historienne, ce sont concrètement les actions menées par des hommes contre l'égalité des sexes depuis le XVIIe siècle, qui ont mené progressivement à l'invisibilisation des femmes.
à lire Ecriture inclusive : le féminin pour que les femmes cessent d'être invisibles
A la sortie de ce manuel scolaire, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Education, avait déjà signifié sa désapprobation de l'écriture inclusive. Mais quelques semaines plus tard, 300 enseignants défiaient leur ministre en publiant dans Slate une tribunepar laquelle ils annonçaient cesser d’enseigner la règle de grammaire résumée par la formule “Le masculin l’emporte sur le féminin” au bénéfice de la règle de l’accord de proximité.
De son côté, dans un communiqué daté du 26 octobre 2017, l'Académie française s'est fermement opposée à cette réforme évoquant un "péril mortel" pour la langue française. A cette occasion, Dominique Bona, l'une des quatre académiciennes, expliquait sur franceculture.fr qu'elle considérait que "l'écriture inclusive porte atteinte à la langue elle-même" :
Nous sommes quatre académiciennes, et toutes les quatre, nous pensons que la liberté et l’égalité des femmes ne passent pas par le massacre de la langue française. Ce n’est pas en la compliquant, en la rendant pour le moins illisible, qu’on obtiendra un progrès de la condition féminine. La condition féminine n’a rien à voir avec tout ça, et je crois que c’est une mauvaise idée. Je crois que la langue française est belle par la clarté, par la limpidité, donc c’est vraiment tout à fait dommage de penser à la compliquer. L’Académie française a été tout à fait unanime là-dessus.
à lire Dominique Bona, de l'Académie française : "L'écriture inclusive porte atteinte à la langue elle-même"
Au cœur de nombreuses polémiques touchant aux réformes grammaticales et orthographiques de la langue française, le rôle de l'Académie Française, garante de la langue française depuis 1635, n'est pourtant plus tout à fait le même qu'à l'origine de sa création. Aujourd'hui, c'est essentiellement la Direction générale de la langue française et des langues de France (DGLFLG), dépendant du ministère de la Culture, qui est responsable de la normalisation de la langue. L'influence de l'Académie Française est donc essentiellement médiatique, comme l'expliquait Maria Candea, Maîtresse de Conférences en littérature française à l'Université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle dans notre article "L'Accadémie française est-elle encore utile ?" :
L’Académie a encore une espèce d’aura qui fait que les gens pensent qu’elle a un rôle à jouer. A cause de cela, il y a un déficit de légitimité pour réformer l’orthographe, ce qui est gravissime pour une langue.
**********************************
Claude Hagège : « Ce n’est pas la langue qui est sexiste, mais les comportements sociaux »
Le linguiste, professeur honoraire au Collège de France, prend position, dans une tribune au « Monde, sur l’écriture inclusive.
LE MONDE | 26.12.2017 à 06h44 • Mis à jour le 26.12.2017 à 16h26 | Par Claude Hagège (Professeur honoraire au Collège de France, chaire de théorie linguistique)
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Tribune. Ici et là, on accuse la langue d’être « sexiste », et on préconise, pour guérir cette grave maladie, deux remèdes : l’écriture inclusive, c’est-à-dire le point médian, comme dans « les député.e.s », et pour la grammaire, l’accord de proximité, comme dans « les hommes et les femmes sont belles ».
Joyeux amalgame de deux faits distincts, l’un purement (ortho)graphique, l’autre syntaxique ! Un manifeste du 7 novembre 2017, signé par 314 enseignants de tous les niveaux, revendique l’abrogation de la règle selon laquelle le masculin l’emporte sur le féminin, en assurant que la lutte pour l’égalité des sexes passe par la grammaire.
En 2015, une pétition, adressée à la ministre de l’éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem par la Ligue de l’enseignement et l’association L’égalité, c’est pas sorcier !, soulignait que l’accord par proximité était courant avant le XVIIe siècle et remonte au latin et au grec ancien. Il n’empêche qu’une circulaire du premier ministre parue le 22 novembre au Journal officiel exclut, dans les textes officiels, tout autant l’écriture inclusive que l’accord de proximité.
Lire aussi : Ecriture inclusive : malaise à l’Académie française
En fait, au XVIIe siècle même, cet accord était loin d’être ignoré des grammairiens français, dont Claude Favre de Vaugelas, qui conseillait de dire « le cœur et la bouche ouverte ». Mais il se raidit dans ses Remarques sur la langue française en 1647 : il est alors devenu membre de l’Académie française, fondée en 1635, et qui fait prévaloir une conception clairement codifiée de la grammaire, en harmonie avec la conception absolue de la monarchie.
La position de Vaugelas se retrouve en 1676 chez le père Dominique Bouhours, qui décrète : « Lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l’emporte » ; et un auteur encore moins obnubilé par la défense de l’égalité des sexes, Nicolas Beauzée, justifiera cette position, dans l’article « Langue » de L’Encyclopédie (1767), par la fameuse « supériorité du mâle sur la femelle ». Ainsi, la confusion du genre grammatical avec le sexe a de vieilles et solides assises.
Les citoyennes de 1792 montent au front
Moins de trente ans plus tard, l’explosion des exigences révolutionnaires trouve une expression dans ce domaine aussi : en mai 1792, des citoyennes (qui, comme par hasard, sont aussi celles qui réclament le droit de vote pour les femmes !) déposent à la tribune de l’Assemblée nationale législative un projet de décret, aux termes duquel « le genre masculin ne sera plus regardé, même dans la grammaire, comme le genre le plus noble, attendu que tous les genres, tous les sexes et tous les êtres doivent être et sont également nobles ».
EN 1882 AVEC LES LOIS JULES FERRY, L’ETAT IMPOSE LA RÈGLE QUI FAIT DOMINER LE MASCULIN
Cependant, moins d’un siècle plus tard, par un parallélisme du politique et de l’orthographe exactement semblable à celui qu’avait fait prévaloir la monarchie, la IIIe République illustre clairement le penchant bien français pour l’harmonisation entre les dispositions légales et la promotion des normes classiques : en effet, dans le sillage de l’obligation de l’instruction publique, qu’il institue en 1882 avec les lois Jules Ferry, l’Etat impose la règle qui fait dominer le masculin.
Pourtant, dans la pratique, cette règle semble bien ne s’appliquer que lorsqu’elle ne produit pas de rapprochement discordant d’un masculin et d’un féminin, conjuré par la règle de proximité, qu’appliquent donc souvent Marcel Proust ou Jean Giraudoux, lequel écrit (Littérature, 1941) : « Dans les mouvements et les habitudes les plus journalières. » Qu’en est-il dans les usages oraux ? On constate une certaine diversité. Une partie des usagers, en France, applique l’accord par proximité, et une autre l’accord au masculin dominant.
Va-t-on réduire les inégalités d’accession aux emplois ?
Quant à l’écriture inclusive, certains des enseignants qui veulent la faire acquérir à leurs élèves la pratiquent dans leurs classes. Mais il faut souligner que son enseignement généralisé rendrait difficile, aux enfants puis aux adultes, la lecture des textes qui précèdent son apparition, c’est-à-dire de tout ce qui a été écrit jusqu’ici ! Cet argument paraît encore plus dirimant que celui, souvent produit, qui fait valoir la difficulté du déchiffrement des textes inclusifs.
CETTE INTERVENTION SUR LA LANGUE VA-T-ELLE INDUIRE UN CHANGEMENT SOCIAL ?
Ainsi, puisque la position des usagers est variable, à l’écrit comme à l’oral, quant à l’accord des adjectifs après « être » précédé d’un nom masculin et d’un nom féminin, et puisque l’écriture inclusive n’est pas facile à imposer, est-il vraiment judicieux de vouloir réformer l’usage dans ces deux domaines ?
La volonté de réforme se fonde sur l’idée que l’on doit favoriser l’égalité des sexes en modifiant l’orthographe et la syntaxe. Mais cette intervention sur la langue va-t-elle induire un changement social ? De même, en féminisant les noms de métiers, débat récurrent, va-t-on réduire les inégalités d’accession aux emplois ?
Lire aussi : Raphaël Haddad : « Combattre les inégalités par le langage »
Si « proviseur » n’est pas féminisable, cela n’empêche nullement que des femmes dirigent des lycées, et n’est dû qu’au fait que la morphologie du français ne permet pas la suite « -sr- » de « provisrice », alors qu’il n’y a nulle raison de ne pas dire « facteure » (courant au Québec, à défaut de l’être à Liège ou à Lausanne), « auteure » (et « autrice »), « monteuse », etc. ; et « médecine » n’est difficile à imposer que parce que le terme s’emploie déjà en un autre sens ; quant aux noms de fonctions en « -e », ils ne posent aucun problème : « le » ou « la » secrétaire, etc.
Le masculin peut être considéré comme une forme neutre
Les luttes légitimes qui sont conduites depuis la Révolution pour abolir l’inégalité entre les sexes sont d’ordres social et politique. Elles ont produit des résultats certains, même s’il est vrai qu’il reste beaucoup à faire, comme le montre un combat voisin, omniprésent dans les débats actuels, celui des femmes contre la violence et les agressions sexuelles commises par des hommes assurés de leur pouvoir.
Mais aucune intervention sur la langue n’a produit de résultats sur la relation entre les sexes, ainsi que le font apparaître les histoires de l’arabe, du mandarin, du russe, etc. Certes, la langue porte des marques de la domination masculine. Mais ce n’est pas langue elle-même qui est sexiste. Ceux qui le sont, ce sont les hommes.
En outre, on peut considérer le masculin, quand il commande l’accord, non comme un masculin réel, mais comme une forme neutre (les linguistes disent « non marquée »), c’est-à-dire associant les deux genres.
Par suite, la volonté de modifier les usages, actuellement exprimée dans divers milieux et typique de ce trait bien français qu’est la politisation de la langue, renverse l’ordre naturel des choses. Ce n’est pas l’intervention sur la langue qui transformera les comportements sociaux. C’est l’évolution des comportements sociaux qui s’inscrira dans la langue. Cela s’est toujours produit pour la plupart des idiomes, le suédois et l’hébreu étant des exemples, pour ne citer qu’eux.
De même, ce sont les habitudes acquises par les locuteurs qui modifient les règles linguistiques et font que la faute d’aujourd’hui devient la norme de demain : par exemple, « les paroles qu’il a dit » ou « on ne s’en rappelle pas » tendent à supplanter, aujourd’hui, « les paroles qu’il a dites » et « on ne se le rappelle pas ».
C’est une illusion que de vouloir extirper de la langue les traces de la domination masculine. En revanche, c’est un combat sain et nécessaire que de s’en prendre au sexisme dans la société.
En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/12/26/claude-hagege-ce-n-est-pas-la-langue-qui-est-sexiste_5234408_3232.html#HXvQIYcdJfWt7OFg.99
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Le Monde, 28 Février 2019
L’Académie française se résout à la féminisation des noms de métiers
L’institution a tranché un sujet longtemps tabou, estimant qu’il n’existait « aucun obstacle de principe » à la féminisation des métiers.
Raphaëlle Rérolle
Enfin ! Jeudi 28 février, l’Académie française s’est prononcée en faveur d’une ouverture à la féminisation des noms de métiers, de fonctions, de titres et de grades. Approuvé à une très large majorité (seules deux voix se sont élevées contre), le rapport émanait d’une commission d’étude composée de Gabriel de Broglie, Michael Edwards, Danièle Sallenave et Dominique Bona. Quoique très prudent et fort diplomatique, il n’en représente pas moins une sorte de révolution sous la Coupole. C’est la toute première fois que l’institution, créée en 1634, va aussi loin dans la reconnaissance du féminin des mots, renouant en cela avec une pratique courante au Moyen Age.
Pas question de légiférer, rappelle le rapport, l’Académie se contente d’être la gardienne du « bon usage ». « Nous voulions rouvrir ce dossier, pour montrer que l’Académie est sensible au fait que des femmes s’interrogent sur la définition de leur métier », indique l’écrivaine Dominique Bona, qui milite depuis longtemps pour cette avancée. Il ne s’agit pas d’avaliser toutes les nouveautés, ni de les freiner d’ailleurs, mais « d’étudier quelles évolutions pratiques il serait souhaitable de recommander » en dégageant, parmi les usages, « ceux qui attestent une formation correcte et sont durablement établis ».
Pour autant, ses préconisations sont assez claires. Dans le domaine des métiers et des professions, d’abord, « il n’existe aucun obstacle de principe à la féminisation des noms ». La plupart des métiers manuels le sont déjà et depuis longtemps. Le rapport constate à ce propos que « la langue française a tendance à féminiser faiblement ou pas les noms de métiers (et de fonctions) placés au sommet de l’échelle sociale ». Cette résistance augmente à mesure que l’on s’élève dans la hiérarchie professionnelle.
Les mots terminés par un « e » muet (« architecte ») ou un « o » (« impresario ») sont les plus faciles et, sauf quelques cas particuliers (« médecin »), les noms masculins terminés par une consonne se féminisent aisément en ajoutant un « e ». Idem pour les noms en « eur », qui peuvent se féminiser grâce au « e » (« docteure »), sauf lorsqu’un verbe correspond au mot (« chercheur-euse »).
« Chef », « chèfe », « cheffesse », « cheftaine » ou « chève »
Restent les noms qui posent problème. A commencer par « chef », qui a donné lieu à la création de formes féminines très diverses : « la chef », « chèfe », « cheffesse », « cheftaine » ou même « chève » (comme brève). Quoique n’appartenant pas de manière évidente au « bon usage », concluent les académiciens, c’est pourtant le mot « cheffe » qui l’emporte, car il est le plus employé.
Mais les mots sur lesquels les académiciens achoppent le plus et depuis longtemps sont ceux qui les concernent de plus près : écrivain et auteur. Pour le premier, l’affaire est si sensible que le rapport expédie en deux lignes la forme « écrivaine » – laquelle se contente pourtant d’ajouter un « e » à un mot se terminant par une consonne, selon la règle préconisée plus haut. « Cette forme, lit-on, se répand dans l’usage sans pour autant s’imposer. »
En réalité, beaucoup d’académiciens continuent de trouver ce mot laid, ou dissonant. Ils entendent « vaine », là où ils ne remarquent pas du tout « vain » quand le mot est au masculin. Qu’importe ! Le 21 février, dans son discours de réception de Patrick Grainville à l’Académie Française, Dominique Bona n’a pas hésité à formuler le mot « écrivaine » en parlant de Marguerite Duras, juste pour le plaisir de le faire résonner sous la coupole
« Autrice »
En ce qui concerne « auteur », faut-il simplement ajouter un « e » ou préférer « autrice », un peu plus élitiste ? Interrogé sur cette forme en 2017, Alain Finkielkraut la jugeait « horrible ! » Autre solution : considérer, comme le suggère le rapport, que « la notion, qui enveloppe une grande part d’abstraction, peut justifier le maintien de la forme masculine, comme c’est le cas pour poète, voire pour médecin ». Le débat reste ouvert – et enrobé d’une certaine ambiguïté, puisqu’il semble attester que l’abstraction demeure l’apanage du masculin.
Enfin, pour les fonctions, les Immortels rappellent que « contrairement au métier, une fonction est distincte de son titulaire et indifférente à son sexe – elle est impersonnelle car elle ne renvoie pas à une identité singulière, mais à un rôle social, temporaire et amissible, auquel tout individu peut, en droit, accéder (…). On n’est pas sa fonction, on l’occupe. » Idem pour les grades.
Toutefois, note le rapport, cette distance ne constitue pas un obstacle à la féminisation, même s’il faut éviter de forcer des évolutions linguistiques. Par ailleurs, la dénomination des fonctions, titres et grades doit demeurer invariante dans les textes juridiques.Lire aussi
En ce qui concerne « auteur », faut-il simplement ajouter un « e » ou préférer « autrice », un peu plus élitiste ? Interrogé sur cette forme en 2017, Alain Finkielkraut la jugeait « horrible ! » Autre solution : considérer, comme le suggère le rapport, que « la notion, qui enveloppe une grande part d’abstraction, peut justifier le maintien de la forme masculine, comme c’est le cas pour poète, voire pour médecin ». Le débat reste ouvert – et enrobé d’une certaine ambiguïté, puisqu’il semble attester que l’abstraction demeure l’apanage du masculin.
Enfin, pour les fonctions, les Immortels rappellent que « contrairement au métier, une fonction est distincte de son titulaire et indifférente à son sexe – elle est impersonnelle car elle ne renvoie pas à une identité singulière, mais à un rôle social, temporaire et amissible, auquel tout individu peut, en droit, accéder (…). On n’est pas sa fonction, on l’occupe. » Idem pour les grades.
Toutefois, note le rapport, cette distance ne constitue pas un obstacle à la féminisation, même s’il faut éviter de forcer des évolutions linguistiques. Par ailleurs, la dénomination des fonctions, titres et grades doit demeurer invariante dans les textes juridiques.Lire aussi
Quiz : savez-vous féminiser les noms (et autres questions de genre) ?
Pas de problème, donc, pour dire « inspectrice générale des finances », même si l’usage ne suit pas encore, mais « maître des requêtes » ne se féminise toujours pas et « conseillère maître », seulement à moitié. Le monde de l’armée, lui, a largement féminisé la plupart des grades. On peut dire « lieutenante-colonelle » ou « adjudante »,mais le mot chef, toujours lui, continue de poser problème lorsqu’il est composé. On préférera « sergente-chef », indiquent les académiciens, dans la mesure où le mot est pris comme adverbe.
Enfin, si la France avait de nouveau une femme à la tête de son gouvernement, elle s’appellerait sans doute « première ministre », et « présidente » si elle occupait la plus haute fonction. Pour ce qui est de « chef d’Etat », en revanche, il est à craindre que le féminin tarde encore à vaincre ce bastion de la virilité.
Raphaëlle Rérolle
Pas de problème, donc, pour dire « inspectrice générale des finances », même si l’usage ne suit pas encore, mais « maître des requêtes » ne se féminise toujours pas et « conseillère maître », seulement à moitié. Le monde de l’armée, lui, a largement féminisé la plupart des grades. On peut dire « lieutenante-colonelle » ou « adjudante »,mais le mot chef, toujours lui, continue de poser problème lorsqu’il est composé. On préférera « sergente-chef », indiquent les académiciens, dans la mesure où le mot est pris comme adverbe.
Enfin, si la France avait de nouveau une femme à la tête de son gouvernement, elle s’appellerait sans doute « première ministre », et « présidente » si elle occupait la plus haute fonction. Pour ce qui est de « chef d’Etat », en revanche, il est à craindre que le féminin tarde encore à vaincre ce bastion de la virilité.
Raphaëlle Rérolle

